Un député turc relance les allégations d’une implication de la Turquie dans l’attaque chimique en Syrie

Par Gülten Üstüntağ. Article publié dans Cihan, le 20 octobre 2015 : CHP deputy revives claim of Turkey's hand in Syria's chemical attack

İstanbul

Des accusations ont refait surface selon lesquelles le gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan étant alors Premier ministre, était derrière l’attaque chimique en Syrie, en août 2013, qui a fait plus de 1300 victimes. Ces allégations, portées par le député de l’opposition Eren Erdem, soutiennent que le gaz sarin a été obtenu en Turquie et qu’il a été livré à des groupes extrémistes en Syrie.

Le député d’Istanbul, Eren Erdem, du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (PRP), a affirmé durant une conférence de presse que la Turquie était impliquée dans les attaques chimiques mortelles contre des civils à Ghouta, ainsi que dans d’autres faubourgs près de la capitale syrienne de Damas.

S’exprimant dans l’édition de ce jour de Zaman on Tuesday, il a déclaré : « Une enquête sur l’attaque chimique contre des civils en Syrie est actuellement menée par un tribunal turc. J’ai eu accès à tous les documents de la Cour, à l’acte d’accusation et même aux enregistrements audio de conversations téléphoniques qui ont révélé que certains hommes d’affaires en Turquie ont joué un rôle essentiel pour obtenir le sarin et livrer ces armes chimiques à des groupes extrémistes en Syrie, tels que l’EIIL [l’Etat Islamique en Irak et au Levant]. Certaines de ces personnalités du monde des affaires ont été arrêtées et détenues pendant trois mois, en raison des charges pesant contre elles, mais elles ont été ensuite libérées. »

Erdem a affirmé que l’EIIL et des groupes qui lui sont affiliés, avec la coopération de fonctionnaires turcs, a mené l’attaque de 2013 au gaz sarin, ajoutant, « Il y a actuellement une enquête visant la Turquie à la Cour Pénale Internationale (CPI) pour son rôle présumé dans son soutien à des groupes terroristes en Syrie. »

Erdem tiendra une conférence de presse dans les jours à venir pour rendre publics les documents auxquels il a eu accès et exposer le rôle d’Ankara dans l’attaque chimique.

Interrogé sur les buts de la présumée implication d’Ankara dans un tel plan qui fait planer sur la Turquie la menace de se retrouver dans une situation extrêmement difficile face à la loi internationale, Erdem a dit, « L’objectif est le même que le transfert illégal d’armes à ces mêmes groupes d’opposition par l’intermédiaire du MIT [l’organisme national turc de renseignements] : renverser le régime de Bachar el-Assad. »

Mettant en relief les précédentes affirmations soutenant que la Turquie avait offert son aide à l’EIIL, Erdem a affirmé que c’était l’EIIL qui avait utilisé le gaz sarin, ajoutant, « il apparaît que le gaz sarin qu’il a utilisé a été fabriqué en Turquie, et plusieurs documents le confirmant seront présentés la semaine prochaine ».

Erdem a également affirmé que l’EIIL possède des armes chimiques, ajoutant, « L’ONU a ouvert une enquête concernant l’utilisation de gaz sarin en Syrie. Elle fournira très bientôt les preuves que ces armes chimiques, dont l’utilisation est qualifiée de crime de guerre et de crime contre l’humanité, ont été transférées à ces éléments terroristes [en Syrie] en parfaite connaissance de responsables du gouvernement et de corps de l’Etat. »

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, a annoncé fin août qu’une enquête avait été ouverte sur les attaques au gaz [sarin], qui auraient été perpétuées à la fois par le régime syrien d’Assad et des groupes rebelles combattant en Syrie depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011.

Toutefois, Erdem n’est pas la seule personnalité à avoir accusé la Turquie d’être possiblement impliquée dans cette attaque au gaz, puisque le journaliste, lauréat du prix Pulitzer, Seymour M. Hersh, a soutenu dans un article publié en 2014 que le MIT [les services secrets turcs] était impliqué avec ces groupes extrémistes syriens qui combattent le régime d’Assad.

Dans son article, Hersh disait qu’Assad n’était pas derrière cette attaque comme le prétendaient les Etats-Unis et l’Europe, mais que la collaboration turco-syrienne essayait de provoquer une intervention américaine en Syrie afin de faire tomber le régime d’Assad.

Se basant sur des sources anonymes, Hersh a souligné que cette attaque était une opération « sous fausse bannière » pour inciter les USA à envahir la Syrie afin de se débarrasser d’Assad, une priorité numéro un pour les décideurs turcs en matière d’affaires étrangères, à un moment où le Président US Barack Obama avait déjà déclaré que le franchissement de certaines lignes rouges par Assad aurait pour conséquence une intervention en Syrie.

Selon Hersh, l’utilisation de ce gaz a détourné l’attention du rôle joué par les groupes extrémistes dans cette attaque et a également contribué à ce que l’Administration Obama a failli envahir la Syrie. Il a également cité un ancien responsable des services secrets qui a dit qu’ils pensaient que « c’était [cette attaque] un plan fomenté par les hommes d’Erdogan pour pousser Obama à franchir la ligne rouge ».

Les faubourgs dans les environs de Damas furent frappés en août 2013 par des missiles contenant le gaz sarin toxique. 

L’agence de presse Anadolu fut la première à faire circuler les images de l’attaque.

Avec l’implication présumée de la Turquie dans cet incident mortel qui reste un sujet de débat passionné, le rôle clé de l’agence de presse d’Etat Anadolu qui a fait circuler les premières images de l’attaque auprès des médias du monde entier contribue aux soupçons concernant le rôle d’Ankara dans cette attaque.

Cela soulève des questions quant à savoir comment l’agence de presse Anadolu a reçu de tels rapports détaillés sur cette attaque, leurs auteurs ou même la « liste des attaquants », alors que l’entrée dans les zones contrôlées par Assad était interdite aux reporters de l’agence, pour avoir écrit des quantités de papiers contre le régime d’Assad, en ligne avec la vision d’Erdogan visant à renverser le tristement célèbre dirigeant syrien et son régime autoritaire.

Selon l’ONU, la guerre en Syrie qui dure depuis quatre ans a fait plus de 250.000 morts et vu des millions de personnes déplacées, tandis que 5 millions de Syriens supplémentaires ont fui le pays. (Cihan/Today's Zaman)

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