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Le Club de Mediapart sam. 27 août 2016 27/8/2016 Dernière édition

Les sanctions d’Obama contre la Russie sont vouées à l’échec

Par M.K. Bhadrakumar. Article paru dans Indian Punchline le 31 juillet 2014:  Why Obama’s Russia sanctions are doomed (traduction: JFG-QuestionsCritiques).

 

Une nouvelle Guerre Froide était bien la dernière chose qu’Obama avait encore à l’esprit lorsque la nuit tombait sur le campus universitaire de l’université Lynn, en Floride, le 22 octobre 2012. C’était la nuit des longs couteaux, celle du fameux débat de politique étrangère de la campagne présidentielle, durant lequel Obama a vertement mouché son opposant républicain, Mitt Romney, en ridiculisant son assertion selon laquelle la Russie constituait la plus grande menace géopolitique pour les Etats-Unis au 21ème siècle.

Voici comment Obama administra sa fameuse rebuffade à Romney : « Monsieur le gouverneur, je suis content que vous reconnaissiez qu’al-Qaïda est une menace, car lorsque que l’on vous demandait, il y a quelques mois, quelle était la plus grande menace pour les Etats-Unis, vous avez répondu la Russie – et non pas al-Qaïda – vous avez dit la Russie. Et les années 1980 n’appellent pas au retour de leur politique étrangère parce que, savez-vous, la Guerre Froide est terminée depuis plus de 20 ans. Mais, Monsieur le gouverneur, lorsqu’il s’agit de politique étrangère, vous semblez vouloir importer la politique étrangère des années 1980 ».

Tout au long de sa campagne de réélection, Obama a mis en avant la « réinitialisation » des relations entre les Etats-Unis et la Russie comme la réalisation de politique étrangère la plus brillante de son premier mandat dans le Bureau Ovale. Il a fièrement vanté l’accord START sur le désarmement avec la Russie, l’aide précieuse de la Russie dans la création du réseau de voies de transit, connu sous le nom de Northern Distribution Network (réseau de distribution septentrional), et dans d’autres domaines en relation avec la guerre en Afghanistan, ainsi que la limitation des ventes militaires à l’Iran et sa bonne volonté pour collaborer sur les sanctions américaines contre l’Iran, etc., comme des gains substantiels de sa politique étrangère.

On ne sait pas quand exactement Obama a changé d’avis et décidé de devenir un partisan de Romney. Obama attribue entièrement sa métamorphose aux développements en Ukraine, c’est-à-dire une affaire vieille de quatre mois à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie. Mais dans cette courte période, Obama est passé d’un extrême à l’autre, comme en témoignent ses remarques sur les dernières sanctions, prises mardi dernier contre la Russie. Il prend un malin plaisir d’avoir « fait revenir en arrière des décennies de véritable progrès » en Russie et d’avoir « rendu une faible économie russe encore plus faible ».

Obama exulte que « les projections de la croissance économique russe se rapprochent de zéro ». Cela trahit une rancœur et un esprit mesquin qui souille l’image des USA dans la communauté internationale. Ne vous y trompez pas, il y a tout un monde au-delà de l’Amérique du Nord et de l’Europe de l’Ouest, et celui-ci voit la volte-face caractéristique d’Obama avec incrédulité et un sentiment d’exaspération !

Cette volumineuse partie de la communauté internationale, la majorité silencieuse, aimerait bien savoir plusieurs choses sur Obama. Pour commencer, comment peut-il s’arroger la prérogative d’interpréter la loi internationale de la façon qui lui convient sur tout sujet donné ? Comment explique-t-il l’agression des USA contre l’Irak et la Libye qui a eu pour conséquence la destruction de ces pays – ou son ingérence manifeste en Syrie ? Qui est réellement responsable d’avoir déclenché le chaos en Ukraine à la fin de l’année dernière ?

Hélas, Obama ne réalise pas qu'il se la joue perso et qu’il sape la crédibilité de la politique américaine, et que cela a un étrange effet.

Prenez, par exemple, la rhétorique séduisante du Secrétaire d’Etat John Kerry, lundi dernier, espérant donner le ton juste à sa visite imminente à Delhi deux jours plus tard. Mais en Inde, celle-ci est tombée dans l'oreille d'un sourd.

En fait, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Delhi s’est fait fort, mercredi, de confirmer que le ministre indien espère surtout parler à John Kerry des révélations sidérantes d’Edward Snowden concernant les activités d’espionnage de la NSA en Inde. Il a déclaré, « Vous êtes également conscient qu’il y a une inquiétude considérable en Inde à propos des autorisations données par les agences américaines quant au viol de la vie privée des particuliers, des personnes morales et du gouvernement de l’Inde. Donc, il y a de toute évidence une inquiétude considérable, et ces questions devraient être à l’ordre du jour sans que je n’entre plus dans les détails. »

Les journaux indiens ont généralement décrit la mission de Kerry comme un instinct philistin crasse – destinée à vendre plus d’armes à l’Inde et à voir comment lever les obstacles à l’exportation de réacteurs nucléaires américains sur le marché indien. On a fait ressembler Kerry à un représentant moite dans une pièce d’Arthur Miller. Pourquoi de telles choses se produisent-elles ? L’Inde est un pays qui est tombé éperdument amoureux du prédécesseur d’Obama, George W. Bush. Mais, d’une façon ou d’une autre, il s’est formé dans la conscience indienne l’impression désormais difficile à effacer qu’Obama est un cynique et un opportuniste égocentrique qui est singulièrement dépourvu de toute conviction profonde, et qu’il est par conséquent très susceptible aux volte-face.

C’est là où les dernières tournures de sa politique vis-à-vis de la Russie nuiront aux intérêts des Etats-Unis. Inutile de dire que l’Inde ne se mêlera pour rien au monde de la stratégie de rééquilibrage vers l’Asie des USA.

Obama ne comprend pas que le monde n’est pas intéressé à isoler la Russie ou à démolir l’économie russe à un moment où l’économie mondiale a un besoin pressant de centres de croissance, en particulier à l’extérieur du monde occidental.

Donc, si l’Europe veut seulement le gaz russe et bannir le pétrole russe, c’est parfait pour les économies à croissance rapide comme l’Inde et la Chine ou le Vietnam. Si l’Europe ne veut plus acheter d’armes russes, pas de problèmes pour l’Inde, l’Irak, l’Egypte, le Venezuela, le Brésil, etc., qui ont toujours des accords d’armement avec la Russie. Il est tout à fait certain que les BRICS et l’Organisation de la Coopération de Shanghai [1] ne vont pas disparaître.

Ce qu’Obama néglige est le fait que les instruments de la Guerre Froide sont périmés et ont perdu leur utilité. C’est de la pure arrogance de sa part que de croire qu’il serait un Joueur de Flûte magique et que le reste du monde le suit tout simplement. Pourquoi le monde devrait-il se joindre à la guerre que mènent les USA pour sauver le statut immaculé du dollar américain afin de préserver l’hégémonie mondiale des Etats-Unis – en dépit du fait que ce pays connaît un inexorable déclin ?

La banque des BRICS, qui est destinée à rivaliser avec la Banque Mondiale et le FMI – signifiant « la fin de la domination occidentale sur l’ordre financier et économique mondial », pour citer un expert stratégique indien de premier plan qui est à la tête de Comité consultatif à la sécurité nationale – est déjà un fait immuable de la vie. L’Inde, le Brésil et la Chine ne vont pas s’effrayer des restrictions occidentales imposées aux banques russes.

______ 

Note du traducteur:

[1] Nombre de pseudo géopolitologues et autres « experts » français ne semblent pas connaître l’OCS, l’Organisation de la Coopération de Shanghai, ou du moins en mesurer l'importance. Celle-ci, créée en juin 2001, à l’initiative de la Russie et de la Chine, se veut une sorte de pendant de l’OTAN en Asie Centrale. Elle regroupe la Russie, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan. L’Iran, l’Afghanistan, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. La Biélorussie, la Turquie et le Sri Lanka sont des partenaires privilégiés du dialogue.

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Ceux qui suivent l'actualité ont appris et compris que la Russie ne considère pas, avec raison, l'Occident comme le nombril du monde. Ses contacts commerciaux s'établissent avec les BRICS, l'Iran, l'UNASUR. 

La Russie se consacre à l'Asie. 

On peut même dire que c'est l'Occident qui perd des parts de marché. Cet hiver, on verra si le froid va toujours stimuler les Européens.

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L'auteur

Jean-François Goulon

Auteur, traducteur, éditeur

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