L’alternance politique au néolibéralisme sera collective et fédérative ou ne sera pas

Face à l’enjeu d’une reconduction du macronisme aux prochaines présidentielles quelle stratégie politique reste-t-il aux forces de progrès social. Quel mouvement politique peut prétendre d’ici deux ans concentrer seul sur son candidat une majorité du corps électoral ?

Le tour de passe passe opéré par l’oligarchie consistant à transférer les politiques gouvernementales, issus de la souveraineté nationale, vers une  gouvernance technocratique européenne est en train de parachever la déconstruction de l’État social. 

Les directives européennes, servilement appliquées par les gouvernements nationaux européens, illustrent dorénavant clairement le projet que la construction de L’UE était censée servir dès l’origine, en finir avec l’état social et la délibération collective. 

L’effondrement des appareils et des représentations politiques traditionnelles est un champ de ruine qu’il semble difficile de reconstruire dans les délais de l’échéance présidentielle de 2022.
Les alternatives politiques au néo libéralisme sont dans état de fractionnement rarement atteint, et pourtant, le paysage de la contestation sociale et écologique est plus vivant que jamais. C’est le paradoxe auquel nous sommes confrontés

Les partis de la gauche de progrès social ont sombré, selon des mécanismes et pour des raisons différentes, dans un purgatoire souvent mérité compte tenu de leur trahison effective aux causes sociales et des flottements ou ils se sont illustrés sur des causes essentielles comme la question européenne ou celle de la souveraineté politique.
Aucune formation politique ne peut prétendre à l’heure actuelle relever seule le défi qui vient et fédérer l’électorat sur les principales questions urgentes : la désobéissance aux traités européens antidémocratique et le défi climatique, avec le corolaire incontournable de la sortie des logiques néolibérale et du libre échangisme. 

Cependant il semble urgent, dans la situation actuelle et face à la menace, non pas d’une victoire du « Rassemblement national », mais d’une reconduite du régime Macroniste et de sa politique aux ordres de L’union européenne, il parait donc urgent de construire un arc de résistance qui nous garantisse le retour à une véritable politique de progrès social, anti libérale et écologique, démocratique et républicaine.

Le constat est fait, malgré les vœux pieux d’une gauche réformiste, qu’aucune alternative politique et économique ne pourra être réalisée sans une restauration de la primauté du droit national sur le droit européen. La subsidiarité des droits nationaux vis-à-vis du droit européen est le cadre juridique qui rend impossible toute restauration d’une véritable politique sociale, écologique et solidaire émancipée de la dictature du marché.
Cet espace juridique ordolibéral européen est au service des marchés et non des peuples. Toute émancipation commence par sa dénonciation.                                   

La constitution d’un parlement des oppositions d’où devrait émerger une candidature unique qui soit le produit, non d’une primaire, mais d’un processus de désignation renouvelé par un mécanisme à définir collectivement, sera peut être la seule voie possible pour apporter une réponse aux échéances électorales à venir.   

Il ne s’agit pas de trouver le nouvel homme ou la nouvelle femme providentiel.le, ni de refaire l’union de la gauche introuvable, mais de s’entendre sur des enjeux partagés qui seront portés par une voix collectivement désignée.  
Une candidature unique devra émerger de ce processus collectif pour  la présidentielle 2022 afin de faire « barrage » au néolibéralisme sur un pacte commun.

En l’absence nous prenons collectivement le risque d’une reconduite du bloc élitaire et de sa politique néolibérale à la prochaine présidentielle.
Ce pacte devrait être un serment démocratique, absolument engageant et non renégociable.

De nombreux porteurs de projets alternatifs existent en France, des structures associatives, des structures militantes critiques de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie, des acteurs de terrain aux pratiques inscrites dans le réel, et de nombreuses formes d’organisations pour la défense du climat sans oublier les porte parola des mouvements sociaux qui ont émergé cette dernière année. Différents cercles de réflexions économiques hétérodoxes, des rapprochements intellectuels non partidaires nombreux contribuent à nourrir également la critique de la dérive néolibérale et européiste actuelle et du carcan austéritaire et de l’absence de mesures concrètes sur le plan écologique . Les formations politiques traditionnelles de progrès social devront s’inscrire dans ce processus sauf à finir dans les étiages les plus récents.

Enfin une multitude de nouveaux médias, lieux d’élaboration d’un discours critique, ont émergé ces dernières années et il semble nécessaire qu’ils soient associés à ce processus parce que la bataille des médias sera une course au handicape que seuls ces ralliements, sans aucun doute, permettront de rééquilibrer la doxa dominante.

Tous ensemble, représentants de la société civile, mouvements associatifs, acteurs de terrain, relais médiatiques engagés, militants politiques anti libéraux et écologiques, peuvent renverser le mouvement de cette histoire en marche arrière et prononcer le serment du jeu de Paume dont nous avons besoins pour sortir collectivement des dictats européens, liberticides, antidémocratiques et écocidaires .

Nous, citoyens, devons en appeler à la responsabilité historique l’ensemble de ces acteurs pour construire une plate-forme unitaire, à l’image du CNR qui sut au lendemain de la guerre et au-delà des divergences, bâtir un programme dont nous continuons tous de reconnaitre la dimension fondatrice du pacte social de ces 70 dernières années. 

La bataille contre le néolibéralisme et les institutions européennes dans le cadre des prochaines élections présidentielles ne pourra être remportée qu’à cette seule condition. 

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