Échiquier de Machiavel ou si tu avances pendant qu’Hercule, comment veux-tu, comment veux-tu ... ?

Si elle n’implose pas, contrairement à certaines prédictions, l’UMP traverse une crise dont il n’est pas sûr qu’elle sorte indemne. L’ancien parti majoritaire, présentement dans l’opposition, semble avoir bien du mal à trouver sa place sur un échiquier politique en perpétuelle évolution.

Si elle n’implose pas, contrairement à certaines prédictions, l’UMP traverse une crise dont il n’est pas sûr qu’elle sorte indemne. L’ancien parti majoritaire, présentement dans l’opposition, semble avoir bien du mal à trouver sa place sur un échiquier politique en perpétuelle évolution. S’il apparaît clairement que les ténors de l’ancienne majorité intègrent leur nouvelle position, dans l’opposition, en s’opposant, il est moins évident de voir à qui, voire à quoi, ils s’opposent. Il faut reconnaître que de leur nouvelle posture d’opposants, la lecture de l’actualité politique s’avère extrêmement compliquée.

En effet, entre une traditionnelle opposition à la gauche et une démarcation d’avec l’extrême droite, un choix cornélien reste à faire. Écartons tout de suite la remarque qui consisterait à dire que l’un n’empêche pas l’autre. Un tel choix reviendrait, pour les leaders de l’UMP à considérablement réduire leur champ de manœuvre idéologique. D’une part parce que, comme je l’ai écrit plus haut, l’ensemble de l’échiquier politique évolue. Il est aujourd’hui permis de constater qu’un net glissement de l’ensemble de l’échiquier vers la droite s’est produit. Ainsi, à gauche, certains gardent la barre à gauche, tandis que d’autres se situent désormais plutôt entre un centre timidement à gauche et une droite bourgeoise, voire libérale. Tandis qu’à droite, une partie de la « droite républicaine » s’est tellement déportée, si j’ose dire, vers l’extrême droite, qu’elle la dépasse parfois. En clair, l’extrême gauche n’a, aujourd’hui, plus grand chose d’extrême, mais reste indéniablement à gauche[i]. Le PS a glissé vers la droite pour, d’un côté, se rapprocher, presque à le remplacer, du Modem[ii], de l’autre, buter contre l’UMP. Le Modem a quasiment disparu de l’échiquier. L’UMP, quant à elle, a élargi son champ d’intervention pour, à un extrême, jouxter le PS[iii], à l’autre, chevaucher le FN[iv]. Le FN, de par son avantage de départ, reste à sa place, même s’il est moins isolé qu’auparavant.

Il n’est donc pas simple, pour les nouveaux opposants et sur un échiquier aussi glissant, de savoir à qui et à quoi s’opposer. Faut-il, au nom de l’Histoire et quels qu’en soient les risques, s’opposer au PS ? Ne vaudrait-il mieux pas, au nom de la construction d’un « Front républicain »[v] et quitte à décevoir une partie de son électorat, s’opposer à un FN puissant ? La campagne pour l’élection du président de l’UMP, les ralliements et, surtout, les dérapages xénophobes de l’un des candidats montrent à quel point cette question n’est pas tranchée. Sa dernière saillie sur le pain au chocolat d’un jeune, arraché par des voyous pendant le ramadan, comme les réactions qu’elle a engendrées montrent qu’elle n’est pas prêt de l’être. Et puis quelle crédibilité accorder à un prétendant qui contesterait, voire dénoncerait, les positions, si extrêmes soient-elles, du parti dont il copie, voire dépasse, les outrances. Dans le même sens, pour l’UMP, s’opposer aujourd’hui à ce que le PS, alors dans l’opposition, contestait, lorsqu’elle-même, dans la majorité d’alors le mettait en place, risquerait de laisser penser à son électorat que la politique n’est, finalement, qu’un tour sur soi-même avant de reprendre sa place de départ. Ce qui ne serait pas, pour autant, la révolution[vi]. Que le PS ne se soit pas gêné pour faire le contraire, c’est à dire poursuivre, une fois au pouvoir, ce qu’il contestait hier, alors dans l’opposition, n’est pas une raison. Le PS est aujourd’hui au pouvoir et c’est ça qui compte. Fermez le ban !

D’un glissement global de l’ensemble de l’échiquier politique à une redistribution des rôles, il est difficile d’indiquer avec certitude la frontière entre la droite et la gauche. Il est, aujourd’hui, presque impossible de séparer ce qui relève de la parole de droite, de celle de gauche. Trop d’événements attendus de la gauche se sont réalisés sous la droite et réciproquement, pour se garder d’émettre un avis sur la question. Au contraire, la plus grande prudence est de mise. Surtout que, pour un peu, on pourrait presque croire que ce qui sépare l’UMP du PS, c’est le FN[vii]. Étonnant, non ?

 


[i] C’est le cas du Front de Gauche.

[ii] Cf. les différentes tentatives de rapprochement entre ces deux partis, lors des élections de 2007 puis de 2012. Le PS est sans doute, dans sa majorité, plus proche du Modem que du PC ou du Front de Gauche.

[iii] Plusieurs points de division sont indéniablement partagés par ces deux partis : les expulsions de Roms, le traité constitutionnel européen, le cumul des mandats...

[iv] Cf. les nombreux dérapages verbaux des ténors de ce parti, tels : Sarkozy, Guéant, Hortefeux, Copé...

[v] Certains, à l’occasion des dernières législatives, en avaient parlé, en cas de triangulaire. D’autres prônaient plutôt un front contre la gauche. Choisis ton camp camarade !!!

[vi] Même si, il faut le reconnaître, c’est une révolution. Héhéhé !!

[vii] À ma connaissance, aucun élu, éléphant ou baron du PS ne s’est permis de dérapage xénophobe comme en ont commis certains barons de l’UMP. J’admets, cependant, que Manuel Valls, à plusieurs reprises, notamment à propos des Roms, a largement mis le pied en touche.

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