Faites vos jeux...

L’UMP, pour ses 10 ans et, sans doute, dans la foulée des « primaires du PS », a voulu, à son tour, donner aux électeurs, les siens comme les autres, à la classe politique dans son ensemble, aux citoyens, à la nation et au monde entier, une leçon de transparence et d’intégrité politique. Ce parti fondé pour rassembler la pensée politique de la « droite républicaine », a voulu se poser comme modèle démocratique. Il faut bien reconnaître qu’il aurait été dommage de rater une aussi belle occasion, ce pour plusieurs raisons.

D’abord, le PS, après avoir emporté un succès médiatique et s’être attiré les sympathies de la population, de par la façon dont les « primaires » se sont déroulées, une fois au pouvoir, semble bien renouer avec des pratiques bien plus opaques dans la nomination de ses dirigeants. L’intronisation d’Harlem Désir comme premier secrétaire du PS en constitue un exemple et ne représente certainement pas une consécration. Ensuite, le président de la République comme son gouvernement baissent vertigineusement dans les sondages. Gaffes, bévues, boulettes, renoncements, revirements et trahisons émaillent ce début de quinquennat. Cumul des mandats, mariage « pour tous », « pigeons », aéroport de Notre Dame des Landes, expulsions musclées de Roms… donnent le la de ces six premiers mois de quinquennat.

Malgré une conjoncture extrêmement favorable, de par l’élan démocratique dans la foulée des élections présidentielles et législatives, surtout suite à la défaite, et, de par l’occasion de prendre une revanche média métrique sur l’actuelle majorité présidentielle, qui avait beaucoup fait parler d’elle pendant ses propres, on peut le dire, « primaires », ce qui devait constituer une fête mémorable devient l’un des, si ce n’est le, plus grand fiasco politico-médiatique de toute l’histoire politique de France. Comment l’ancien parti présidentiel, dont la principale mission est de reconquérir un pouvoir, à ses yeux, accidentellement perdu, a-t-il pu tomber aussi bas ?

De prime abord, il apparaît qu’aucune raison, dans le double sens de motif et de pensée du terme, ne puisse arrêter l’un des deux candidats en lice. Ni Jean-François Copé, ni François Fillon ne comptent renoncer aussi près du but. L’écart, bien plus fin que certains de leurs échanges, qui les sépare n’arrange rien à la guerre que se livrent ces deux chefs potentiels. A l’évidence que nient avec un bel ensemble mais des airs tous plus gênés les uns que les autres les lieutenants de l’un comme de l’autre, ce « combat des chefs »[i] risque davantage de finir, à l’instar des fameux camps retranchés romains après la bataille, dans le chaos le plus total qu’autour d’un grand banquet. Picasso[ii] comme Caran d’Ache[iii] se seraient probablement régalés à crobarder les scènes de débats entre ces deux parangons de la discipline et de la morale. Ainsi, il est très probable que chacun des deux clans en présence éprouve le plus grand mal à oublier, sinon à pardonner, les insinuations, soupçons puis accusations formulés par l’autre.

Bien pire, comme la campagne de ces primaires l’a montré, malgré les dénégations des supporters de l’un ou de l’autre, l’UMP, hier dévouée à son champion, apparaît aujourd’hui comme une hydre à deux têtes désolidarisées l’une de l’autre. Des « excès » xénophobes de Jean-François Copé au positionnement plus « centre de Gaulle » de François Fillon, il est difficile d’entendre que les deux se réclament d’un même héritage. Pourtant, le premier suit scrupuleusement les traces de son mentor, Nicolas Sarkozy, tandis que le second, n’arrête pas de rappeler qu’il en fût le plus proche, si j’ose dire, « collaborateur ». L’un jure, et on est prié de le croire, qu’il ne se présentera pas en 2017, si l’ancien président « y allait ». L’autre reste de marbre sur cette question. Alors que, le premier multiplie les provocations « toxiques et [dangereuses]»[iv], le second n’y voit rien de « choquant »[v]. L’ensemble des dirigeants de l’UMP, vieille garde comme jeunes loups, souhaite de tous ses vœux une sortie de crise dans les meilleurs délais. Tout devrait permettre à ces deux candidats, hier frères d’armes, de se réconcilier, derrière la bannière de leur engagement au service du pays.

Nonobstant, cette étonnante guerre fratricide ne semble toujours pas prête de se terminer. Il semble, même, que la situation ne fasse que s’envenimer. Certaines amabilités de seconds couteaux pour le camp d’en face interdisent, en l’état, toute tentative de résolution à l’amiable. En plus, cette « primaire », il faut bien l’avouer, révèle de nouvelles passions. D’une part, comme cela n’aura échappé à personne, l’égo et l’ambition démesurés de Jean-François Copé l’empêchent de percevoir l’outrance des réactions de son camp. D’autre part, même si c’est plus discret, François Fillon compte enfin saisir sa chance de prendre une revanche bien méritée, après avoir passé cinq ans à encaisser les humiliations et vexations d’un pouvoir présidentiel autocratique. Pouvoir dont la personnalisation abusive aura échappé de peu à une déroute promise par des sondages quasi-quotidiens.

Nicolas Sarkozy, en entretenant les querelles et divisions au sein de son parti, a protégé son règne sans partage. Il a également renvoyé les questions d’idéal sociétal et de valeurs à l’arrière plan. Ce faisant, il a autorisé les divisions à se transformer en fractures puis en ruptures. Aujourd’hui décapitée et dans l’opposition, l’UMP, se retrouve coupée en deux, victime d’un caprice à deux, caprice d’odieux et des explosions internes qui la secouent. Le départ de Nicolas Sarkozy, suite à cette défaite à laquelle il a toujours refusé de croire, libère une place extrêmement convoitée. Nombreux sont ceux, déclarés ou non, hier seconds ou troisièmes couteaux, apparemment fidèles mais bridés, aujourd’hui courtisans, qui s’y voient déjà…

L’avenir de « la droite la plus bête du monde », de bleu, même « marine », devient plus incertain que rose. Aujourd’hui, nul prophète ou analyste, ne saurait dire qui, parmi les trop nombreux impétrants à la tête du parti, l’emportera. La stratégie de division de l’ancien chef de l’Etat a, manifestement, tellement fonctionné, que même son retour programmé comme sauveur, pour « l’échéance de 2017 », semble bien compromis. D’une part, l’UMP risque de sortir, si elle s’en sort, de la crise qu’elle traverse, plus rebattue qu’un jeu de cartes en début de partie. D’autre part, les appétits aiguisés des uns décuplés par des années d’engorgement d’un pouvoir autoritariste incitent à penser que la génération montante, aussi près du but, ne laissera aucune nouvelle chance à un aîné de revenir.

…Rien ne va plus ??

Primaires à l'UMP, par Caran d'Ache puis Picasso :

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[i] Gosciny R et Uderzo A (1966), « Astérix et le Combat des chefs », Dargaud.

[ii] P. Picasso (1937), « Guernica ». Tableau sur le thème duquel P. Desproges a beaucoup joué en 1986, dans son Almanach.

[iii] Caran d’Ache (1898), « L’affaire Dreyfus… ils en ont parlé », Le Figaro, 14 février 1898.

[iv] François Baroin.

[v] François Fillon.

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