Tout se passe comme si l'extension de la fameuse horizontalité n'avait été qu'une revendication, et jamais une affirmation. Notre horizon Plus d'affirmation plus d'enchantement aura vu le négatif se substituer au nominal "davantage". Exit l'essaimage dans nos quartiers désenchantés: Nuit Debout peut aller se coucher!... S'il en est ainsi et avant qu'un profond sommeil revendicatif ne saisisse le vif, finissons la nuit, debout, par un dernier exercice spirituel: la légalisation et la nationalisation de toutes les drogues comme "test d'affirmation" dans les quartiers populaires.
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Ce 58 mars encore, nous ne serons jamais en peine d'essaimer et d'enchanter les habitants de nos quartiers populaires, si les problématiques propres à ces territoires perdus (va pour la langue techno) sont réellement prises en compte, et pas simplement en considération. Prenons pour exemple affirmatif ... "la légalisation et la nationalisation de toutes les drogues" dont il convient d'appeler a minima pour entrevoir ses conditions de possibilité. Car de toutes les affirmations fâcheuses, la légalisation-nationalisation des drogues est sûrement la plus impudente et la plus imprudente.
Essayons d'y voir un peu clair, dans cette nuit neocons et ce brouillard neolib. Pour un néo-conservateur, la légalisation de toutes les drogues ressortit à la pensée magique - une prohibition "éclairée" serait le seul mode opératoire à même de contenir un phénomène... toujours en expansion. Parallèlement, le néolibéral favorable à une légalisation libertarienne voit en horreur la nationalisation de la production et de la prévention des drogues: une très méchante étatisation! OK pour des Colorado partout, si (et seulement si) le marché est libre et l'Etat minimal. Voilà pour le monde comme il va ou voudrait être.
Nous devons comprendre que l'affirmation d'une telle nationalisation nous renvoie à une création ex nihilo qui fait exploser tous les schématismes de l'imagination établie. Car que faut-il affirmer pour enchanter les habitants de nos quartiers populaires? La création d'emplois par dizaines de milliers... de fonctionnaires produisant toutes les drogues imaginables et prévenant leur usage: débitants, chimistes, douaniers, éducateurs, etc. - tous emplois réservés, par discrimination positive, aux habitants des quartiers populaires urbains, péri-urbains ou ruraux, ainsi qu'aux agents suspendus de leurs fonctions répressives (policiers, pénitentiaires, magistrats). Mais soyons réalistes: pour réaliser une telle politique publique, notre horizontalité doit composer au plus vite avec la verticalité honnie. Seule une Nation assez forte pourrait affirmer notre politique... à la face du monde!
Voyons bien à quel empire protéiforme notre Nation devrait tenir tête. Sous bénéfice d'inventaire: aux "lois" onusiennes, au complexe sécuritaire et pénitentiaire des USA, aux commissaires européens chargés du "dumping addictif ", à la moraline du Vatican, à notre propre complexe "prohibitif" (l'administration policière et pénitentiaire, l'Académie des sciences, la haute magistrature), aux gros dealers, etc. Si la France nationalisait la production et la prévention de toutes les drogues, quelle nation ne serait pas obligée de s'aligner sur notre politique ou de lui faire la guerre? Et sommes-nous prêts à mourir pour "ça"?...
S'il est vrai que les USA obligent la France à une "vraie fausse" prohibition, le voile du cynisme et de l'hypocrisie commence à se déchirer... Déjà, le neocons peine à argumenter sereinement: son gros algorithme académique "si accessibilité à toutes les drogues, alors explosion de la consommation" n'est validé par aucune étude scientifique sérieuse. Trop malin, il veut bien admettre que la prohibition a échoué en termes de santé publique, mais pour déclarer en bon expert comptable que la légalisation coûterait plus cher encore... Oui, nous voyons bien à qui ça coûterait (au complexe "prohibitif ") et à qui ça profiterait (au complexe "préventif "). Soit une métrétique assez juste, puisque la prévention peut s'autoriser d'une thèse validée: l'interdit éducatif infiniment plus efficace que l'interdit légal. Précisons que cette thèse ne vaut que si la prévention des drogues proactives est affirmée et la consommation des drogues festives valorisée! Et là, nous sommes bien loin des obsessions neocons qui pointent la légalisation des drogues comme "porte ouverte" à une vie sans frustration, faite d'évitement de "la réalité" et de victimisation hallucinée.
Maintenant, convenons que le fameux "produit-réponse-à-tout" honni des neocons n'est jamais que la drogue proactive... chère aux néolibéraux. C'est la drogue idéale en régime entrepreneurial: elle responsabilise la vie du travailleur en la sortant du contexte, et lui fait anticiper des "réponses" aux problèmes à venir! Mais faut-il s'étonner de l'irresponsabilité du monde comme il va?... Tout autre l'usage festif des drogues: une coutume qui enchante le genre humain depuis la nuit des temps - usage dont les néolibéraux se méfient "à juste titre", et que les neocons blâment bêtement.
Nous n'avons donc que faire des expériences de légalisation des drogues qui (au dire des néocons) auraient toutes échoué. Quand il y va d'une politique globale, la limite n'est plus "tel produit, tel lieu, tel usage" mais le rapport de force entre nations, classes sociales et tribus. Pour l'heure, Nuit Debout s'affirme comme une tribu horizontale en mal de verticalité... Notre seule force est d'agir ici et maintenant pour enchanter nos quartiers populaires. Oui, nous allons prendre pied sur les dalles tenues par les petits dealers et les institutionnels de la répression/prévention, et nous le ferons avec toutes les bonnes volontés verticales: du dealer intéressé à sa reconversion fonctionnelle... au barbu voué à sa vie ascétique!
Demain 59 mars, nous croiserons les verticaux des syndicats non couchés. Notre politique publique de légalisation et de nationalisation des drogues devrait les intéresser.