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Billet de blog 13 oct. 2021

MERCI PATRON ! MERCI MACRON !

Pour ma part, j'avais perdu le goût du rire, la saveur de la dérision, des pitreries et des bouffonneries entre amis. Mais depuis quelques jours, je dois bien avouer que personnellement je me déride franchement. Je me suis même surpris à enchaîner plusieurs fous rires dans une même journée. Cela faisait tellement longtemps.

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Nous vivons une période où décidément le paradoxe est roi. Pendant dix-huit mois nous avons été confinés, contrôlés, frustrés, déprimés, cachés derrière le masque de la distanciation, de la peur de l'autre et cela n'est pas totalement terminé. A plus ou moins grande échelle nous avons traversé cette étrange parenthèse avec appréhension, avec effroi, sans entrevoir objectivement le bout de ce long tunnel. Pour certains d'entre nous, ce fut le temps de la pause, de l'introspection, du sens à "re"donner à sa vie face à une soudaine prise de conscience des périls qui bouleverseront inéluctablement la trajectoire de l'humanité. En plus de çà, comme si cela ne suffisait pas à entamer notre moral, Macron et le Medef  ressuscitaient le projet de la retraite à 65 peut-être même à 67 ans, le retour de l'austérité pour payer l'ardoise du "quoi qu'il en coûte".  Le temps de la déprime quoi.... Pour ma part, j'avais perdu le goût du rire, la saveur de la dérision, des pitreries et des bouffonneries entre amis. Mais depuis quelques jours, je dois bien avouer que personnellement je me déride franchement. Je me suis même surpris à enchaîner plusieurs fous rires dans une même journée. Cela faisait tellement longtemps. Cela a commencé la semaine dernière lorsque certains journalistes "bien pensants" des médias mainstream, comme on dit aujourd'hui astucieusement, préféraient mettre en avant la fraude aux prestations sociales (RSA, allocation chômage, allocations familiales, assurance maladie) organisée bien évidemment par les chômeurs et les "étrangers" et passer sous silence les petites combines ourdies par quelques milliardaires "patriotes" pour planquer leur pognon dans les paradis fiscaux. Cet écran de fumée fallacieux, cette instrumentalisation coupable entretenus par les gardiens de la macronie et du capitalisme, me sont apparus tellement absurdes, abjectes qu'ils ont dépassé ma raison et réveillé mon affection pour la raillerie. Sérieux, comment peut-on continuer à se laisser posséder par les ensorceleurs installés par le pouvoir et qui hantent nos écrans depuis si longtemps ?  Oui, j'ai piqué un fou rire quand j'ai observé sur le site "d'alternatives économiques" qu'en France la fraude aux prestations sociales était estimée à environ 1 milliard par an, contre "seulement" 80 à 100 milliards pour la fraude fiscale. Oui, mon fou-rire a redoublé lorsque je me suis rappelé du long débat qui a animé le projet de loi "sur le séparatisme". Loi validée par le Conseil Constitutionnelle le 24 août dernier faisant suite aux polémiques politiques sur l'islam, le port du voile en sortie scolaire, les réunions non mixtes ou l'éternel burkini. Cette nouvelle "arme" fabriquée afin de conforter le respect des principes de la République épargne et soustrait semble t-il de ses réquisitions la petite communauté des rentiers du capitalisme français. Et dire que tous les matins sur France Inter, Dominique Seux, dans sa chronique humoristique, nous certifie que les inégalités en France n'ont jamais été aussi réduites... Je me vois encore pouffer de rire au volant de mon auto sur le chemin du boulot. Il est vraiment incorrigible. Mais je dois dire que là où j'ai senti approcher l'extase suprême, une double érection de la glotte et de la luette, c'est quand j'ai entendu l'interview de madame la Ministre de l'industrie, Agnès Pannier-Runacher, qui célébrait la magie de l'entreprise : “J’aime l’industrie parce que c’est l’un des rares endroits au XXIe siècle où l’on trouve encore de la magie. La magie de l’atelier où l’on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier, on ne distingue pas l’apprenti de celui qui a trente ans d’expérience, où l’on ne distingue pas celui qui est né en France il y a quarante ans et celui qui est arrivé par l’accident d’une vie il y a quelques jours”. Et d’ajouter: “La fierté de travailler dans l’entreprise, la fierté de travailler dans l’usine, pour qu’on dise que lorsque tu vas sur une ligne de production, c’est pas une punition, c’est pour ton pays, c’est pour la magie et c’est ça que vous pouvez rendre possible”. Chapeau l'artiste ! D'ailleurs le gouvernement et le patronat sont tellement généreux et bienveillants avec les salariés qu'ils veulent bien leur concéder une prolongation de ce "privilège" jusqu'à 67 ans peut-être, mais pas plus, faut pas exagérer ! Les négociations sont en cours...

Cette pitrerie qui nous prouve au passage combien les principaux dirigeants politiques de notre pays sont complètement hors-sol et déconnectés, m'a ramené à un temps que les moins de 50 ans n'ont pas connu, le temps révolu où l'on moquait sans complexe le patronat et ses excès paternalistes, le temps où les facétieux "Charlots" chantaient "Merci patron !". D'ailleurs je me demande si Madame la Ministre de l'industrie ne s'est pas inspirée de ces gais lurons pour préparer son intervention à la radio. Elle ne renierait sûrement pas leur sens aigü de la déférence envers le patron et leur exaltation du travail à l'usine. Ainsi ils disaient :

Quand on arrive à l'usine, la gaité nous illumine
L'idée de faire nos huit heures, nous remplit tous de bonheur
(Ah, ah, ah, ah, ah, oui)
D'humeur égale et joyeuse, nous courons vers la pointeuse
Le temps d'enfiler nos bleus et nous voilà tous heureux

Merci patron (merci patron), merci patron (merci patron)
Quel plaisir de travailler pour vous
On est heureux comme des fous
Merci patron (merci patron), merci patron (merci patron)
Ce que vous faites ici bas
Un jour Dieu vous le rendra

Quand on pense à tout l'argent, qu'au fin de mois on vous prend
Nous avons tous un peu honte d'être aussi près de nos comptes
(Ah, ah, ah, ah, ah, oui)
Tout le monde à la maison, vous adore avec passion
Vous êtes notre bon ange et nous chantons vos louanges

Merci patron (merci patron), merci patron (merci patron)
Quel plaisir de travailler pour vous
On est heureux comme des fous
Merci patron (merci patron), merci patron (merci patron)
Ce que vous faites ici bas
Un jour Dieu vous le rendra

Mais en attendant ce jour pour vous prouver notre amour
Nous voulons tous vous offrir un peu de notre plaisir
(Ah, ah, ah, ah, ah, oui)
Nous allons changer de rôle, vous irez limer la tôle
Et nous nous occuperons de vos ennuis de patron

Nous serons patron (nous serons patron), nous serons patron (nous serons patron)
À vous le plaisir de travailler pour nous
Vous serez heureux comme un fou
Nous serons patron (nous serons patron), nous serons patron (nous serons patron)
Ce que vous avez fait pour nous
Nous le referons pour vous

Vous aussi vous êtes frappés par l'analogie des propos  n'est-ce pas ? Merci Madame la Ministre pour ce fou rire. En espérant vous écouter plus souvent à la radio.

Jean-Guy Trintignac

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