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Billet de blog 18 janv. 2022

Pour les milliardaires, l'argent coule à flots.

C'est un secret de polichinelle, que le gouvernement tente d'évacuer en installant durablement dans le débat de la présidentielle le Covid et les thèmes chers à l'extrême droite, mais les chiffres sont têtus et ne peuvent travestir une insupportable réalité : « Pour les milliardaires, la pandémie a été une aubaine ».

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C'est un secret de polichinelle, que le gouvernement tente d'évacuer en installant durablement dans le débat de la présidentielle le Covid et les thèmes chers à l'extrême droite, mais les chiffres sont têtus et ne peuvent travestir une insupportable réalité : « Pour les milliardaires, la pandémie a été une aubaine ». Les grands médias traditionnels ne font guère état de cet accablant constat, comme si cela allait de soi, comme si cela faisait partie de la nature des choses ou plutôt, plus sournoisement, comme si cela servait aussi et surtout les intérêts de leurs « éminents propriétaires ». Mais comment rester insensible à une telle perversion, à une telle oppression ?

C'est un fait, l'argent ruisselle, parfois même déborde et dépasse les rives du raisonnable, il n'y a qu'à observer les records accumulés du CAC 40, mais n'en déplaise à notre impérieux président qui veut se délester de l'image de « président des riches », ce flot est largement détourné vers le portefeuille d'une infime minorité de tout puissants, un cercle de grands patrons dont l'influence égale leur colossal capital. Le ruissellement n'arrose pas les derniers de corvée, comme c'est étrange… Mieux vaut être nanti pour obtenir le soutien de l’Etat français que besogneux.

Un récent rapport publié par l'ONG Oxfam vient attester cette odieuse entourloupe.  « Si les milliardaires se sont enrichis, ce n’est pas grâce à des choix stratégiques brillants, mais principalement en raison de l’argent public versé sans condition ». D'après cette ONG, la fortune des milliardaires français a augmenté plus rapidement en dix-neuf mois de pandémie qu’en plus de dix ans. De mars 2020 à octobre 2021, les richesses des grandes fortunes françaises ont bondi de 86 %, soit un gain de 236 milliards d’euros. Avec ces 236 milliards supplémentaires engrangés, on pourrait quadrupler le budget de l’hôpital public ou distribuer un chèque de 3 500 euros à chaque Français.  Rien que ça ! Désormais, les cinq plus grosses fortunes du pays possèdent autant que les 40 % les plus pauvres en France. 

 Si ces annonces donnent le vertige, elles ne peuvent que conforter notre vision d'une société, d'un système, de plus en plus déshumanisés, désaxés, en proie à tous les excès, à l'insatiable voracité de crésus impitoyables. Le fameux « quoi qu'il en coûte » vendu par le gouvernement, une forme de socialisation de l'économie principalement au profit des entreprises, a assuré le maintien des bénéfices des grands groupes et des actionnaires souverains. Ce qui n'était pas envisageable, avant la pandémie, pour soutenir les services publics (école, santé, justice…), consolider le système des retraites par répartition, renforcer les dispositifs de solidarités, est apparu indiscutable pour sauver les entreprises et ceci sans aucune contrepartie, avec une formule irréfutable brandie comme étendard « la sauvegarde de l'emploi ». Près de 300 milliards ont ainsi ruisselé vers les caisses des grandes entreprises qui ont pu protéger le train de vie de leurs patrons et de leurs actionnaires.

 Certes, la majorité des emplois ont pour l'instant été sauvés. Mais face à une telle catastrophe sanitaire aux effets économiques et sociaux dévastateurs, pouvait on attendre moins de la part d'un gouvernement un tant soit peu responsable ? Contrairement à ce qui était annoncé par la majorité des économistes, l'explosion du chômage ne s'est pas produite. Pour autant, les chiffres officiels claironnant le retour au plein emploi, cachent une réalité bien différente. Eh oui il faut bien que ces centaines de milliards aient servi à quelque chose de rationnel, qu'ils viennent au secours « des plus démunis ». Le chômage de longue durée est tout aussi élevé qu'au début de la pandémie. Les chômeurs de catégorie A (n'exerçant aucune activité) sont moins nombreux mais viennent grossir les rangs des catégories B et C (exerçant une activité partielle), confirmant l'explosion de la précarité. Combien d'entre eux sont aussi sortis des radars de pôle emploi ou placés arbitrairement en formation afin d'embellir artificiellement une situation épineuse, à quelques mois de l'échéance des élections présidentielles ?

 Cette générosité de façade vers les plus fragiles sert déjà de point d'appui pour une politique d'austérité dont on perçoit les premiers contours… Les cadeaux aux entreprises, au nom du maintien de l'emploi (chômage partiel, baisse des charges sociales, garantie des prêts des entreprises par l’État…) devront à terme être financés en grande partie par l'ensemble des salariés du pays. Si l'Etat s'est « ruiné » à sauvegarder les emplois pendant cette crise sanitaire, il faudra bien renflouer sa trésorerie afin de satisfaire les privilèges des principaux rentiers de ce pays.

Non contents d'avoir tiré un large bénéfice de cet épisode inédit, les gardiens de la finance et du capitalisme vont pouvoir s'accaparer à bas coût des dernières reliques de ce que l'on appelait fièrement « les services publics »

 Finies les « largesses gouvernementales », place à la diète, à la rigueur budgétaire. Gel des salaires, réduction des financements et des emplois des services publics, hausse des taxes à la consommation (l'Etat s'accommode fort bien de l'explosion des prix de l'énergie, empochant au passage des taxes de plus en plus abondantes), abandon de la retraite par répartition et installation d'une retraite par capitalisation, extinction du régime solidaire de la sécurité sociale, incitation à l'ubérisation du salariat. L'addition risque d'être salée pour bon nombre de travailleurs(se)s.

 Peut-il en être autrement ? Oui si nous le voulons et l'imposons collectivement. Il ne faut pas se mentir, les Bernard Arnault, François Pinault, Françoise Bettencourt et consorts ne sont que les symptômes d'une société qui accepte et rend possible une telle accumulation de richesses. Si l 'Etat français et plus particulièrement tous les gouvernements qui se sont succédé ont permis à toutes ces « grandes familles » de faire de bonnes affaires, toujours au détriment de l'intérêt général, c'est à nous de renverser ce qui semble être de l'ordre des choses. L'écart entre les plus riches et les plus pauvres n'a jamais été aussi important depuis la seconde guerre mondiale. Preuve donc que le libéralisme, qui a amplifié son emprise au tournant des années 80, incite plus à l'accumulation qu'à la répartition, à l'individualisme plus qu'à la solidarité. Pourtant toute cette manne financière qui irrigue notre « Trésor Public », le fruit de nos impôts, les taxes diverses et variées, elle est à nous et c'est à nous de décider ce que nous voulons en faire collectivement. Quoi de plus insupportable que d'observer que notre argent est détourné, confisqué au profit d'une oligarchie richissime qui s'affranchit de toutes les règles morales, servie par des représentants que nous élisons « démocratiquement » ? Nous nous enlisons dans une position de plus en plus schizophrène. Cet accaparement de nos richesses défie la raison. La campagne pour la présidentielle qui s’amorce doit être l’occasion de mettre en exergue cette injustice insensée et délirante. 


Jean-Guy Trintignac

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