jean-guy trintignac
directeur d'école
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 mai 2021

Une gauche qui ne résiste pas à la tentation de l'extrême.

En participant à cette manifestation des policiers ce mercredi 19 mai, des représentants de la gauche historique (PCF et PS) ainsi que d'EELV, changent radicalement de paradigme sur cette question de la place de la Police Nationale dans notre République et succombent à la figure imposée par le RN et la droite extrême du tout sécuritaire.

jean-guy trintignac
directeur d'école
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce matin du 19 mai 2021, je ne peux m'empêcher de me poster devant mon clavier et mon écran d'ordinateur pour libérer ces quelques mots afin d'expulser une colère sourde qui me ronge depuis quelques semaines. Cette colère, mâtinée de désillusion et d'incompréhension, a débordé hier lorsque j'ai appris la capitulation de nombreux représentants de l'ancienne gauche plurielle, du PS, d'EELV, du PCF, devant la surenchère sécuritaire qui s'installe dans notre République depuis trop longtemps.

Comme si les préoccupations des citoyens devaient être figées mordicus sur cette question de l'insécurité. Au diable l'insécurité sociale, professionnelle, sanitaire, environnementale !

En décidant de prendre part à cette manifestation de soutien aux policiers devant l'Assemblée Nationale ce mercredi 19 mai, aux côtés de représentants du RN, du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, les Fabien Roussel (PCF), Olivier Faure (PS), Yannick Jadot (EELV), et d’autres membres de ces organisations politiques, succombent à la tentation de l'extrémisme en s'associant aux obsessions de leurs adversaires.

Je ne veux pas ici minimiser et esquiver le malaise qui enfle au sein des fonctionnaires de la Police Nationale, mais comment peut-on tomber dans ce piège aussi grossier tendu par la droite extrême et l'extrême droite qui laisse accroire que ce sentiment de violence, de désordre, largement instrumentalisé par une hystérie politico-médiatique bien excessive, peut trouver une réponse raisonnable dans une surenchère sécuritaire sans fin ?

Ainsi Fabien Roussel, en faisant de ce thème imposé la cause principale de sa campagne pour la présidentielle, en annonçant notamment la création de 30 000 postes de fonctionnaires de police s'il est élu, sombre lamentablement dans cet abîme mortifère. On aurait pu penser qu'il préconise avec enthousiasme le recrutement de 30 000 éducateurs de rue, de 30 000 médiateurs de quartier, de milliers de postes d’animateurs culturels, sportifs, une politique ambitieuse contre la ghettoïsation…

Bref, la première réponse qu’il veut apporter à cette névrose sécuritaire, s’inspire des mêmes remèdes simplistes inaugurés par le parti Lepéniste. Avec ses petits camarades du PS, Yannick Jadot et certains membres d'EELV, il accorde sa caution politique à toujours plus de répression, à Darmanin et au RN, à des syndicats de police ultra radicalisés qui dans leur grande majorité campent dans le déni des violences policières, du racisme profond qui s’est enraciné dans les rangs des « gardiens de la paix ». Oups !, c’était avant, aujourd’hui on dit « forces de l’ordre ».

Ce calcul qui risque d'être contre-productif est très dangereux et surtout d'un grand cynisme. Cette politique de manipulation de l'électorat est tout ce qu'on déteste et qu’une partie non négligeable de l’électorat rejette vivement. L’irrésistible ascension de l’abstention en est une manifestation concrète. Il faut le courage d'aller à contre-courant de la pensée dominante du jour et de proposer des perspectives sociales, économiques et politiques novatrices pour le plus grand nombre. 

Que Gérald Darmanin piétine sa fonction et s’adonne à une nouvelle pitrerie de circonstance, ce n’est pas ici son premier faux-pas et ce ne sera pas le dernier, mais que les principaux dirigeants des deux forces historiques de la gauche, le PCF et le PS, lui emboîtent le pas et ne trouvent visiblement rien à redire à cette pression policière sur le pouvoir législatif ne peut que sensiblement nous interpeler, nous affecter.

Pourtant, ces derniers mois, ces dernières semaines, plusieurs signes distinctifs pouvaient nous alerter sur ce changement de cap. Dans un passé récent, ces mêmes représentants avaient trouvé mille prétextes pour ne pas manifester dans l’unité contre les discriminations, l’islamophobie ou les violences policières. Ils ont pris leurs distances avec ceux qui dénonçaient les dérives de la loi « contre le séparatisme », l’amendement Unef (adopté au Sénat et permettant la dissolution des associations organisant des réunions non-mixtes), et le week-end dernier ils ont boudé les manifestations de soutien au peuple palestinien… Comment donc ces partis dits de gauche peuvent-ils prétendre représenter les espoirs démocratiques, sociaux, écologistes, féministes, qui traversent le pays et mobilisent sa jeunesse, alors même qu’ils ne sont jamais au rendez-vous de ces urgences immédiates ? Pour de sombres arrière-pensées électoralistes, ils sont prêts à écraser, à ravaler leurs valeurs historiques. Comme le pouvoir en place, ils défendent une police « privatisée » qui n’est plus au service des citoyens mais des gouvernants, des intérêts particuliers qu’ils protègent. Une force répressive garante de leur survie face aux contestations, comme l’a clairement illustrée la répression du mouvement des gilets jaunes. Pourquoi un tel empressement ? Pourquoi tenter l’absurde et se résigner à la tentation de l’extrême ? Ils sont impardonnables…

Jean-Guy Trintignac

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le jugement consacre la liberté d’informer
Dans un jugement du 6 juillet 2022, le tribunal de Nanterre a condamné l’État pour sa tentative de perquisition des locaux de Mediapart du 4 février 2019, la jugeant « ni nécessaire dans une société démocratique ni proportionnée à l’objectif poursuivi ». Le jugement, très sévère pour le parquet de Paris, consacre aussi la protection des sources.
par Edwy Plenel
Journal — Exécutif
À l’Assemblée, Élisabeth Borne invente le « compromis » sans concession
La première ministre a prononcé, mercredi 6 juillet, sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale. Face aux députés, elle a tenté de tracer les contours d’un quinquennat du « compromis », sans rien céder sur le fond du programme d’Emmanuel Macron.
par Romaric Godin et Ilyes Ramdani
Journal
Face à la première ministre, LFI et le RN divergent sur la stratégie
Les deux forces d'opposition ont fait vivre une séance mouvementée à Élisabeth Borne qui prononçait, mercredi 6 juillet, son discours de politique générale. La gauche a déposé une motion de censure. La droite et l’extrême droite ont annoncé qu’elles ne la voteront pas.
par Pauline Graulle et Christophe Gueugneau
Journal — Santé
Au ministère de la santé, un urgentiste qui rêvait de politique
La nomination de François Braun au chevet d’un système de santé aux multiples défaillances est plus qu’un symbole. Ce médecin de terrain, formé dans les déserts médicaux, est aguerri aux crises sanitaires. Mais il laisse, à Metz, un service d’urgences en grandes difficultés.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Un ministère au double intitulé et à la double tutelle pour un double jeu ?
Carole Grandjean vient d'être nommée ministre déléguée en charge de l'Enseignement et de la formation professionnels auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse mais aussi du ministre du Travail. Cet intitulé et cette double tutelle n'ont pas de précédent. Serait-ce propice à un double jeu ?
par claude lelièvre
Billet de blog
Sous Macron, l'écologie chute en 10ème place mais l'homophobie se classe en 1ère
Au dernier remaniement, plusieurs homophobes rentrent définitivement au gouvernement. Le plus notable, Christophe Béchu, maire d'Angers, devient Ministre de la transition écologique, domaine où il n'a aucune compétence. Le rang protocolaire du Ministère de l’Ecologie, lui, passe du 5ème au 10ème rang.
par misterjbl
Billet de blog
Boone : « La pauvreté est contenue »
Quand l’économiste Laurence Boone considérait que « l’argent est très bien redistribué vers les pauvres » et quand le chef de l’État fustige les « profiteurs de guerre ». Petit retour également sur les Gilets jaunes d’avant les Gilets jaunes.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
Est-ce la fin du Bac Pro ?
Carole Grandjean vient d'être nommée ministre déléguée à l'enseignement professionnel. Dans un tweet daté du 17 mars, elle expliquait vouloir "une réforme du lycée professionnel sur le modèle de l'apprentissage" laissant présager d’un bouleversement de l’éducation nationale.
par Germain Filo