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Billet de blog 9 mai 2015

L'URSS dans la 2e Guerre Mondiale

Jean HUCK
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un peu étonné, quand même, sur ce qui reste de la mémoire collective en ce qui concerne la 2e guerre Mondiale, je me permets d'apporter quelques vues .

L’histoire de cette guerre, telle qu’on la présente à l’Ouest, est fortement entachée d’irréalité.

Nous avons l’habitude de parler de la Libération de 1944 par les Anglo-Saxons sans nous apercevoir que ceux-ci sont au mieux des seconds rôles lorsqu’on compare les effectifs et les batailles engagées. Certes, le Second Front a mobilisé de très importants effectifs et moyens allemands, mais ils pâlissent devant ceux engagés à l’Est de l’Europe.

De plus dire de la Guerre du Pacifique qu’elle fait partie intégrante du conflit en Europe est très inapproprié. Les USA ont mené DEUX guerres simultanément mais les deux conflits n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Pour comprendre le conflit à l’Est, il importe de brosser un tableau rapide du monde de l’époque.

Il y a trois idéologies dominantes à la veille de la Seconde Guerre mondiale :

-         Des dictatures révolutionnaires classées arbitrairement à gauche ou à droite par les démocrates. Les fascismes ont de curieux traits très « socialistes » et les communistes, bien qu’internationalistes, ne dédaignent pas un brin de fierté nationaliste.

-         Des démocraties essentiellement bourgeoises et capitalistes disposant TOUTES d’empires coloniaux où les indigènes sont peu ou prou considérés comme des untermenschen.

-         Des Etats autoritaires et conservateurs, partisans de l’Ordre Moral cher au Général Marquis de Gallifet, le fusilleur de la Commune, et au Président-Maréchal Duc de Mac Mahon. Ils sont la MAJORITE en Europe et vacilleront avec le vent, plus gênants comme amis que comme ennemis. Deux figures de proue : Franco et un peu plus tard Pétain.

Les révolutionnaires veulent instaurer un Ordre Nouveau, créer un Homme Nouveau, et balayer les vieilles ganaches.

Les démocrates veulent conserver leurs places et leurs rentes, pour le maintien du monde tel qu’il est. La Guerre Froide ne sera pas si surprenante que ça : il faut que le bon peuple ait peur du grand méchant loup.

Les conservateurs, eux, aspirent à balayer cette racaille révolutionnaire, mais aussi bourgeoise (ils vomissent la démocratie) et veulent rétablir « l’ordre naturel », le retour des Rois, chose que seul Franco réussira.

2 – La suprématie européenne est sur le déclin.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, le Monde a connu la première mondialisation, la « mondialisation heureuse » du moins pour les fortunés, car pour les autres… misère as usual.

Cette mondialisation n’a profité qu’aux Européens et à leurs cousins d’Amérique du Nord, d’Australie, d’Afrique du
Sud et de Nouvelle Zélande. Le reste de l’humanité ne comptait pas, pas du tout.

Les Puissances, comme on disait alors, régnaient sans partage. On appelait ça « la civilisation occidentale » sensée dispenser ses bienfaits aux populaces de second ordre délirantes de reconnaissance.

Survient Août 14. Ces « Danube de la pensée » qui soi-disant gouvernaient l’Europe avec une intelligence supérieure n’arrivent pas à résoudre diplomatiquement un incident survenu dans un trou perdu des Balkans. Poussés au cul par des militaires impatients d’utiliser leurs jouets, ils signent l’arrêt de mort de cette fameuse « civilisation occidentale ».

Aucun pays d’Europe ne se remettra jamais de 14-18. Cette guerre est littéralement une catastrophe démographique et économique. A titre d’exemple : le volume des échanges internationaux ne retrouvera son niveau de 1913 qu’en .. 1973. En Septembre 1939, la France mobilisera 300 000 hommes de moins qu’en 1914 les « fils » non nés d’une partie des tués, malgré un baby boom des années 20.

Hitler sera le premier à bouger et pendant quatre ans il ira de succès en succès : de la réoccupation de la Rhénanie en 1936 à l’Armistice de 1940 avec la France.

Mais il n’envahit pas l’Angleterre ce qui est une faute grave, enfin pour lui, pas pour nous. Il a beaucoup de sympathisants dans le monde, et en Angleterre même. Sa victoire en France, le fait que la minuscule Armée Britannique ait laissé tout son matériel en France, l’incitent à penser que « la raison » prévaudra à Londres.

Pas de chance, à la place de Lord Halifax qui eût peut-être cédé à la tentation, le roi a appelé Winston S. Churchill pour qui la reddition est inconcevable. De plus sa chère Kriegsmarine a souffert pendant l’affaire norvégienne, et elle crie « danger » à l’idée de traverser la Manche. Et .. il n’existe AUCUN plan pour l’invasion ! Pas prévue !

L’OKW en tire une conclusion simple, mais fallacieuse : il suffit d’affamer le Royaume Uni par la guerre sous-marine. Et de faire la conquête de l’Est européen, de conquérir le Lebensraum, l’espace vital déjà évoqué dans Mein Kampf.

Un but de guerre irréaliste.

Le Lebensraum envisagé englobe l’Europe Centrale et de l’Est jusqu’à une ligne allant approximativement depuis Arkhangelsk au Nord jusqu’au Caucase, et bordant la Mer Caspienne à Astrakhan.

Ce sera une colonie allemande, avec comme « indigènes » les populations slaves. Ainsi dotée de richesses fabuleuses, la « race aryenne » pourra enfin déployer ses ailes jusque-là enserrées dans les filets du judaïsme capitaliste et de son pendant, le judéo-bolchevisme.

Visiblement, l’inspiration de ce plan grandiose vient de l’exemple britannique, fort admiré par le Führer. En particulier, avec quelques milliers d’hommes, Londres mène à la baguette des centaines de millions d’Indous….

 Il y a quand même une « légère » différence : les empires coloniaux ont été conquis par le canon et le fusil sur des peuples qui n’en avaient pas, et qu’on a maintenus loin des armes, hormis quelques auxiliaires indigènes.

Les « slaves », eux, ont des fusils et des canons. Ils n’ont aucune intention de rester passifs devant une invasion, et ils le démontreront en Pologne, en Tchécoslovaquie et surtout en Yougoslavie.

Pour réaliser une occupation de l’espace envisagé, à vue de nez, il faudrait que l’Allemagne mobilise tous les hommes en âge de porter les armes des pays déjà occupés. La population allemande, même augmentée par celle des Volksdeutschen n’y suffira pas.

Et de fait, les territoires conquis n’ont jamais été pacifiés complètement tant à l’Ouest qu’à l’Est.

A cela ajoutons la politique de la plus extrême et de la plus imbécile cruauté que Berlin appliquera. On ne refait pas l’Histoire, mais SI la Wehrmacht, et pas seulement les SS, ne s’était pas comportée comme elle l’a fait, un grand nombre de ces civils auraient collaboré : les purges et l’industrialisation avaient laissé d’amers souvenirs.

Enfin, la raison essentielle de l’attaque du 22 Juin 1941 réside dans le fait que le Führer a une peur bleue de l’Union Soviétique. « L’attaquer avant qu’elle m’attaque » est son obsession.

La Wehrmacht est-elle prête ?

Pas du tout. L’OKH, le Haut Commandement de l’Armée avait tablé sur une guerre majeure « pas avant 1943 » quand elle serait enfin entièrement équipée de matériels modernes et fiables, et entrainée.

Il faut en moyenne un an pour qu’un Régiment soit apte au combat avec de nouveaux matériels, deux ans pour une Division. Et cela avec des soldats eux-mêmes entrainés, ce qui demande au minimum six mois.

Il faut six mois pour devenir familier d’une nouvelle tactique ou d’une réorganisation des unités.

On parle beaucoup de blitzkrieg en visualisant des nuées de chars et d’avions et des vitesses de progression foudroyantes. C’est une bonne excuse pour les généraux Alliés battus à plate couture.

On est loin de la réalité : la Wehrmacht de 1941 n’est mécanisée qu’à 20% au mieux. C’est déjà mieux qu’en 1940 où elle n’était qu’à 10%. Et quelques unités mécanisées recevront des chars français, comme en 39, où elles étaient dotées de chars tchèques !

Plus grave encore que le petit nombre de chars, et même mortel : le manque de camions performants. L’industrie allemande n’a jamais pu produire un modèle efficace. On verra des camions de livraison ou de transport routier raflés dans toute l’Europe rendre l’âme en Russie, tout comme d’ailleurs leurs « frères » germaniques pur-sang.

L’Infanterie et une partie de l’Artillerie iront à pied ou à cheval comme la Grande Armée de Napoléon 130 ans plus tôt !

Si le pari n’était pas perdu d’avance à la veille du 22 Juin, du moins ses bases étaient branlantes.

La Guerre. « L’ouverture de 1941 » (Beethoven, si tu m’entends..)

Tout comme pour le Japon, les six premiers mois de la guerre contre l’URSS voient des victoires stupéfiantes. Une avance foudroyante, des centaines de milliers de prisonniers et les tours du Kremlin à portée de jumelles en Novembre. Mais comme pour le Japon ce sont des victoires à la Pyrrhus.

Comment expliquer le désastre subi par l’URSS à l’été 41 ?

Deux raisons majeures :

Staline ne croit pas à l’imminence de l’attaque, c’est certain. Il dispose d’un formidable réseau d’espionnage dans le monde, et est certainement au courant de la fameuse « guerre majeure pas avant 1943 » prônée par les généraux professionnels allemands.

De plus, après la victoire sur la France, Hitler a démobilisé une dizaine de Divisions et quasiment stoppé la production de guerre. Il n’a jamais consenti jusque-là à mettre l’industrie sur le pied de guerre : le peuple allemand ne doit pas « souffrir » de la guerre.

La production de matériels chars, avions canons etc… est au ralenti ; seule la production de sous-marins est intensifiée. La production de bombes est même stoppée un temps….

Et la production de biens de consommation : frigidaires, radios, automobiles est maintenue…

Tout cela, Staline le sait. Comme il est peu probable qu’un adversaire « désarme » ou ne s’arme pas jusqu’aux dents avant de vous attaquer, son raisonnement est logique.

Deuxièmement, l’Armée Rouge est plongée dans une profonde réorganisation. C’est un doux euphémisme : la purge de 1937 a quasiment anéanti le corps des officiers.

Une des raisons de cette purge est une querelle venimeuse entre les « Sibériens » regroupés autour de Toukhachevsky et les « Européens »  autour de Boudienny.

Boudienny est une ganache, partisan de la cavalerie ; il ne croit guère aux blindés, ni à l’aviation.

Toukhachevsky, lui, est le Guderian soviétique. C’est en grande partie sur les doctrines élaborées par son équipe que l’Armée Rouge remportera ses victoires à partir du début de 1943.

L’art de la guerre consiste à faire avancer ensemble des unités qui n’ont pas la même vitesse, et à déterminer la taille optimum d’un type d’unité : trop peu, elle ne sera pas assez puissante, trop nombreuse elle sera difficile à manier.

Et en 1941, après le fiasco de la Guerre d’Hiver en Finlande, l’Armée Rouge n’a tout simplement pas de doctrine. A la Stavka on hésite sur la taille des unités, notamment blindées, sur leur affectation : première ligne ou réserve, sur le type de manœuvre face à l’ennemi.

En fait, à part quelques rescapés, c’est une armée de recrues à peine entrainées que cette Armée Rouge qui terrifie Berlin. Ils n’ont tout simplement pas eu le temps d’apprendre, notamment à être sous le feu ennemi. Car ça aussi, ça s’apprend sur le champ de manœuvre : résister à la panique, surmonter une peur tout à fait naturelle. Rambo sans peur n’a jamais existé, ou alors il est mort si rapidement qu’on n’a même pas su son nom.

La guerre. L’arrêt puis la défaite.

Les historiens à l’Ouest, pour faire moins mauvaise figure, datent de la défaite de Stalingrad le tournant de la guerre à l’Est. C’est pour l’aligner avec celle d’El Alamein, la dernière victoire de l’Empire Britannique (avec malgré tout un grand coup de main US: 600 chars !)

Plus près de la réalité, le tournant de la guerre à l’Est se situe en Décembre 1941 avec l’échec de la Wehrmacht devant Moscou, et la contre-offensive soviétique.

La Wehrmacht a échoué devant Moscou à cause de ses seigneurs de la guerre.

Moscou DEVAIT être l’objectif principal, non pas parce qu’elle était la capitale de l’Union Soviétique, mais parce que comme Paris elle est LE nœud ferroviaire du pays. Qui tient Moscou tient les lignes de chemin de fer.

Et plus encore qu’en 14-18, le train est l’instrument de la victoire sur terre.

Le char d’assaut DOIT voyager par train s’il doit parcourir plus de 100 km. Les approvisionnements, les armes, les munitions, l’essence voyagent plus vite par train et en plus grandes quantités que par tout autre moyen.

-         La tactique gagne les batailles

-         La stratégie gagne les campagnes

-         Mais c’est la logistique qui gagne les guerres. Et le train, sur de grandes distances, est l’instrument logistique par excellence.

L’URSS libre ne verra que sporadiquement son trafic ferroviaire perturbé (des trains ravitailleront même Leningrad en roulant l’hiver sur le Lac Ladoga gelé, et une ligne sera jetée à travers la Steppe des Kalmouks pour les troupes du Nord-Caucase). Alors que la Wehrmacht sera constamment en manque de tout à cause des coupures de voies par les Partisans, recrutés en masse par.. elle-même avec ses exactions.

Donc, au beau milieu de l’été 41, les Allemands se querellent pour savoir où doit se faire l’effort principal.

Ils ont un problème ; les marais du Pripet qui séparent le Front Nord, devant Leningrad, des deux autres fronts. Faire « glisser » des troupes d’un front à l’autre nécessite des délais énormes.

Une partie veut prendre Moscou, mais au Sud, les Maréchaux piaillent qu’il faut s’emparer de l’Ukraine.

Nous pouvons à juste titre soupçonner que ces messieurs aspirent à la gloire personnelle de la « victoire décisive ».

Joignons à cela la nécessaire révision et réparation des matériels roulants, et c’est une pause de près de trois semaines en Août. Les opérations ne reprendront qu’au début Septembre … pour s’engluer dans la Raspoutitsa, la boue générée par les pluies d’Automne.

Enfin, enfin, le Haut Commandement allemand n’a tout simplement pas préparé les fournitures d’hiver !

Incroyable, mais vrai : les Ländser  attaqueront en tenue d’été en pleine tourmente de neige ! Les pertes par le gel sont effroyables. Côté matériels les tanks, les armes, qui n’ont pas la bonne huile pour les lubrifier, se bloquent.

Et l’URSS, rassurée du côté du Japon, rameute des Divisions de Sibérie pour lesquelles le froid est un mode de vie normal.

La contre-offensive soviétique ne se limite pas d’ailleurs à Moscou : cet hiver-là, pas moins de DIX offensives majeures sont déclenchées entre Moscou et Kharkov. Les Allemands reculent ; de 20 km parfois mais jusqu’à 100 km.

Ils y perdent des centaines de milliers d’hommes, mais aussi les deux tiers des chars d’assaut et environ la moitié des canons de tout le front de l’Est.

La Wehrmacht de 1941 avait lancé trois offensives majeures. Celle de 1942 n’aura les moyens que pour UNE SEULE et celle-ci se terminera sur les bords de la Volga par une défaite retentissante : Stalingrad.

Côté allemand Stalingrad est une faute majeure.

Le Plan bleu, l’offensive d’été 1942, désigne clairement les champs de pétrole du Nord Caucase comme l’objectif. Dans ce plan, la Wehrmacht doit « masquer » Stalingrad, l’investir mais pas la prendre.

La VIe Armée qui est la plus puissante de tout le Front de l’Est doit barrer la route à toute contre-offensive soviétique venant du Nord qui attaquerait dans les forces opérant au Sud. L’objectif c’est Maïkop et Bakou : sans le pétrole soviétique, l’Allemagne perdra la guerre.

Mais l’offensive dans le Caucase est un échec et pour cacher cet échec, Hitler décide de prendre la ville qui porte le nom de l’ennemi exécré : Stalingrad.

Cette bataille révèle la relative faiblesse de la Wehrmacht. La VIe Armée encerclée, une opération est montée pour la dégager. Auparavant, c’était de la routine ; mais là, les Panzers échouent parce qu’ils manquent de puissance de choc, et que les soviétiques résistent magnifiquement.

Stalingrad marque cependant un vrai tournant dans la conduite des opérations côté soviétique, tout comme d’ailleurs côté allemand.

Intéressante inversion des courbes : Staline comme Hitler se méfie de ses Généraux ; l’exemple de Hindenburg « héros » de 14-18 devenu Président de la République est très présent dans leur esprit.

 A Stalingrad, Staline s’aperçoit qu’il a DES généraux loyaux et commence à leur faire confiance pour conduire les opérations (il se réserve la direction générale de la guerre et le CHOIX des opérations).

A l’inverse, Hitler perd toute confiance dans les siens et dirigera la guerre, ET LES OPERATIONS lui-même. Il en résultera maintes catastrophes pour la Wehrmacht jusqu’à la défaite finale.

Autre différence : dès l’été 1941 la Stavka a réuni une Etat-Major spécialisé dans l’étude des opérations et chargé de suggérer des solutions pour améliorer les performances de l’Armée Rouge.

Cet Etat-Major a fait du bon travail. Il analyse TOUS les rapports et fournit début 1942  des suggestions qui assureront la victoire :

-         Le calcul de la profondeur des percées en fonction des unités et de la logistique disponible. En gros, un char en panne d’essence ou d’obus, un soldat sans cartouches ne sont guère utiles.

-         Une organisation réaliste des grandes unités et de l’efficacité de la chaîne de commandement. Un chef doit s’occuper de cinq, au maximum sept subordonnés. Au-delà, il perd le contact.

-         Un choix pragmatique des matériels à produire. Peu de modèles, mais  satisfaisants, sans plus, et en grandes quantités.

Les Allemands, à l’inverse, chercheront jusqu’au bout le « matériel parfait », produisant des dizaines de modèles en trop petites quantités, ce qui conduit à un cauchemar logistique. Le meilleur exemple est le  « Maus » un char de 100 tonnes, qui ne pouvait pas faire dix mètres sur n’importe quel terrain sans s’enfoncer jusqu’aux essieux. Ou le Ferdinand, un automoteur anti-char même pas doté d’une mitrailleuse pour le défendre contre un simple fantassin armé d’une grenade.

-         Enfin une doctrine d’emploi réaliste de l’aviation. Elle a été le parent pauvre, avec des appareils peu performants et une organisation défaillante. A partir de Stalingrad, l’aviation soviétique deviendra aussi le cauchemar des soldats allemands.

Ce sont les clés de la victoire de 1945.

Conclusion partielle.

Nous peuples de l’Europe de l’Ouest devons notre liberté à l’Armée Rouge, que cela plaise ou non. Le peuple soviétique est celui qui, sans doute a le plus souffert dans cette guerre.

La « palme » si j’ose ainsi m’exprimer, revient sans conteste à l’Ukraine, tant en nombre absolu qu’en pourcentage, suivie de près par la Biélorussie. Ce furent les deux principaux théâtres où se déroulèrent les batailles décisives.

Non, je n’oublie pas Leningrad et ses horreurs d’un siège de 900 jours. Je n’oublie pas non plus les non-combattants ces héros qui creusèrent les lignes de défense, ou qui travaillaient dans l’Oural dans des usines encore en construction EN PLEIN HIVER.

La quasi-unanimité du peuple soviétique (il y eut comme partout des collaborateurs, mais en relativement petit nombre) contraste douloureusement avec la passivité démontrée trop souvent à l’Ouest de l’Europe.

Quoiqu’on puisse penser du régime stalinien, qui était très dur, l’amateur Staline s’est avéré très supérieur à l’amateur Hitler. Et il a montré une qualité manœuvrière supérieure face aux professionnels Roosevelt et Churchill, ce qu’a très bien compris Charles De Gaulle.

Avec des pertes de près de 16 millions de soldats, et de près de 20 millions de civils, la défunte URSS dans ce cadre précis des opérations militaires, mérite tout notre respect.

En 1945, certains ont dû se souvenir de la prédiction du très réactionnaire Tocqueville qui avançait un siècle auparavant qu’il n’y aurait que deux « grandes puissances » dans le monde dans l’avenir : les USA et la Russie.

Le rôle de l’URSS dans la 2e Guerre Mondiale

Lorsqu’Adolf Hitler commet la folie d’attaquer l’URSS le 22 Juin 1941, ce n’est pas a priori une très bonne nouvelle pour Londres.

Tout le monde se souvient, ça date de dix huit mois à peinne, de la désastreuse Guerre d’Hiver avec la Finlande, dans laquelle l’Armée Rouge a pris une raclée mémorable. La France n’a tenu que trois semaines, et les plus indulgents envers Moscou prédisent une victoire totale du IIIe Reich en trois mois. Hitler, lui, table sur une campagne de quatre à six mois au terme de laquelle sera établie une ligne de front allant d’Arkhangelsk à Astrakhan.

S’il réussit son pari, le IIIe Reich devient quasi-invulnérable : disposant des fabuleuses richesses en minerais et matières premières de la Russie d’Europe et de l’Ukraine, des pétroles du nord Caucase, l’incomparable, à l’époque car nous sommes en 1941 et les USA ne sont pas en guerre, il est tout à fait improbable que l’Angleterre puisse le vaincre.

Elle est à l’agonie : en état de banqueroute, le Trésor Britannique ne survit que grâce aux subsides US que Roosevelt a le plus grand mal à faire accepter à un congrès farouchement isolationniste. Elle a laissé la majeure partie de son armement lourd sur les plages de Dunkerque, et ce que lui fournit son industrie, à l’exception de l’aviation est de piètre qualité militaire. Enfin elle est aux prises avec la guerre sous-marine qui lui a déjà coûté la bagatelle de 4.000.000 tonnes de navires. (tableau 1)

Sur le papier, donc, Hitler a gagné. Et les six premiers mois semblent confirmer ce sombre pronostic : avancées foudroyantes, prisonniers par centaines de milliers. A l’automne, la Wehrmacht recense plus de trois millions de prisonniers soviétiques….

Et puis, le 5 Décembre 1941 (tiens! deux jours avant Pearl Harbor !) la Stavka déclenche la série de contre-offensives, dont la plus connue est celle menée par Georgui Joukov devant Moscou, qui scellent le sort de la Wehrmacht à l’Est. Jamais plus l’Allemagne ne disposera de la supériorité dont elle a joui en cet été 1941.

Berlin est acculé à une guerre sur deux fronts, le cauchemar de tout Etat-Major, car Hitler, dans la foulée de Pearl Harbor a déclaré la guerre aux USA. Et la nouvelle Alliance, la Grande Alliance selon la phraséologie Churchillienne, entre les USA et le Royaume Uni réalise l’utilité incontestable de l’URSS dans cette guerre qui est loin d’être gagnée.

Pour les Alliés à l’Ouest, le rôle de l’URSS est clair : elle va casser du Boche.

Jusqu’à la fin de la guerre, la Wehrmacht restera un adversaire redoutable et redouté. Elle commence la guerre en 1939 avec un peu plus de     2 millions de soldats ; à la fin de la guerre, il y en aura 6.100.000 ! (tableau 2)

Les Alliés de l’Ouest ne peuvent éventuellement ne faire qu’une chose : débarquer quelque part en Europe, si évidemment ils veulent vaincre l’Allemagne Nazie comme ils le proclament. Et c’est là qu’intervient l’art opérationnel de la guerre : débarquement veut dire bateaux, qui ne pourront transporter à la fois qu’une quantité relativement restreinte de combattants et de matériels. Il est donc essentiel pour eux que la Wehrmacht soit « rabotée » à l’Est.

Ce que va faire avec opiniâtreté l’Armée Rouge QUARANTE SIX MOIS durant ! Il est important de se rendre compte de ce que cela représente. La campagne de Pologne a duré un mois, celle de France trois semaines. Et puis il y a eu l’occupation, certes, avec son lot de misères et d’horreurs, mais peu de batailles, à part les bombardements alliés. En Biélorussie, en Russie d’Europe, en Ukraine, les combats n’ont pratiquement jamais cessé.

Les Alliés de l’Ouest vont donc proposer à Moscou de lui fournir une aide matérielle pour compenser les pertes subies à l’été 1941. Mais ce ne sera pas majoritairement des armes. Un exploit magnifique, ignoré ou mentionné seulement en passant, a eu lieu pendant ce terrible été 1941. Les Soviétiques, au milieu de ce qu’il faut bien appeler une déroute, ont déménagé 1.500 usines de Russie d’Europe et les ont réassemblées dans l’Oural, hors de portée des bombardiers allemands. C’est un fait d’armes inégalé dans l’Histoire.

L’URSS produira donc ses propres armements, qui s’avèreront avec le temps au moins égaux aux armes allemandes. Elle a essentiellement besoin de deux choses : des moyens de transport et de quoi vêtir et nourrir ses soldats. Et c’est ce que vont lui fournir les USA, en majeure partie à travers l’Iran où le « patron » de la mission US est le Général Schwarzkopff, le père du seigneur de la Guerre du Golfe. (tableau 3)

Et elle remplira et au-delà son « contrat » à partir de Stalingrad.

Les cimetières ne mentent pas, le tableau   donne les pertes (estimées) des combattants de la guerre en Europe. Il n’y a littéralement pas photo : le plus gros effort a été fourni par l’URSS, et les trois quarts des pertes allemandes ont eu lieu sur le Front de l’Est. (tableau 4)

 Les tableaux suivants sont tirés de l’ouvrage de Norman DAVIES « Europe at War »

Tableau 1

Pertes de navires alliés 1939-1941 dans la « Bataille de l’Atlantique » exprimées en tonnes

1939       299.000                                                                                                                                                                  

1940    1.861.000

1941    2.556.000

Tableau 2

Effectifs des armées en présence

Septembre 1939

Grande Bretagne                        402.000

France                                           900.000

Allemagne                                 2.730.000

Avril 1945

Grande Bretagne (Europe)     2.000.000

USA (Europe)                             3.467.000

URSS                                          12.000.000

Allemagne                                   6.100.000

 Tableau 3

Fournitures « Prêt-Bail » à l’URSS 1943-45

Avions                                                14.795

Tanks                                                    7.056

Jeeps                                                  51.503

Camions                                           375.883

Motos                                                  35.170

Tracteurs                                             8..071

Canons                                                  8.218

Mitrailleuses                                     131.633

Explosifs                                             345.735 tonnes

Wagons de marchandises                 11.155

Locomotives                                           1.981

Navires de transport                                   90

Moteurs pour navires                           7.784

Pneus                                                3.786.000

Nourriture                                        4.478.000 tonnes

Coton                                            106.893.000 tonnes

Bottes militaires                            15.417.000

 Tableau 4

Pertes militaires en Europe 1939-1945 (estimées)

URSS                                          11.000.000

Allemagne                                   3.500.000

Roumanie                                       519.000

Yougoslavie                                    300.000

Italie                                                226.000

Grande Bretagne                           144.000

USA                                                  143.000

Hongrie                                           136.000

Pologne                                           120.000

France                                                92.000

Finlande                                             90.000

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Journal — France
Didier Raoult éreinté par son propre maître à penser
Didier Raoult défend un traitement inefficace et dangereux contre la tuberculose prescrit sans autorisation au sein de son institut, depuis au moins 2017. Le professeur Jacques Grosset, qu’il considère comme son « maître et numéro un mondial du traitement de la tuberculose », désapprouve lui-même ce traitement qui va « à l’encontre de l’éthique et de la morale médicale ». Interviewé par Mediapart, Jacques Grosset estime qu’il est « intolérable de traiter ainsi des patients ».
par Pascale Pascariello
Journal — International
Variant Omicron : l’urgence de lever les brevets sur les vaccins
L’émergence du variant Omicron devrait réveiller les pays riches : sans un accès aux vaccins contre le Covid-19 dans le monde entier, la pandémie est amenée à durer. Or Omicron a au contraire servi d’excuse pour repousser la discussion à l’OMC sur la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI
Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl
Billet de blog
Les communautés masculinistes (1/12)
Cet article présente un dossier de recherche sur le masculinisme. Pendant 6 mois, je me suis plongé dans les écrits de la manosphère (MGTOW, Incels, Zemmour, Soral etc.), pour analyser les complémentarités et les divergences idéologiques. Alors que l'antiféminisme gagne en puissance tout en se radicalisant, il est indispensable de montrer sa dangerosité pour faire cesser le déni.
par Marcuss
Billet de blog
Pas de paix sans avoir gagné la guerre
« Être victime de », ce n’est pas égal à « être une victime » au sens ontologique. Ce n’est pas une question d’essence. C’est une question d’existence. C’est un accident dans une vie. On est victime de quelque chose et on espère qu'on pourra, dans l’immense majorité des cas, tourner la page. Certaines s’en relèvent, toutes espèrent pouvoir le faire, d’autres ne s’en relèvent jamais.
par eth-85