Pour une VIème République en France, oui! Mais décentralisée et au sein d'une Europe fédérale!

La gravité de la crise politique que nous traversons n'a échappé à personne, à aucun citoyen, à aucun responsable politique, à aucun militant, ni de droite ni de gauche.

Cette gravité tient non seulement aux faits, mais à leurs conséquences pour la solidité de notre contrat social. Car c'est là une vérité politique indétrônable, infatigable et incontestable: un système politique vit tant qu'il est légitime, un contrat social perdure tant que ses parties croient qu'il sera respecté. Que cette croyance soit érodée, et c'est ce qui nous tient en société qui vole en éclat.

L'erreur serait cependant de penser qu'un saupoudrage de réformettes, alibi de bonnes volontés, pourrait nous sortir de cette crise, ou qu'un virage, pourvu que ce soit un virage et pourvu qu'il soit brutal, serait par nature une voie de recours.

Ces deux options doivent être écartées, la frilosité et la crispation d'un côté, la fuite en avant, le "tous pourris" de l'autre.

Il nous faut un grand virage, oui, mais il doit aller dans la bonne direction. Et c'est aujourd'hui le seul message qui m'importe : cette bonne direction, c'est celle d'une République parlementaire et décentralisée, au sein d'une Europe fédérale et post-nationale.

Ce projet n'est pas nouveau et il n'est pas une réaction à la crise que nous traversons. C'est le projet des écologistes de longue date, le projet d'un changement radical de notre cadre institutionnel pour le rendre plus démocratique, plus efficace, plus juste, plus en phase avec la diversité de nos territoires et notre attachement au projet européen.

Nous n'avons pas attendu l'affaire Cahuzac pour tirer la sonnette d'alarme, pour dire que le pouvoir est trop concentré en France, pour dire que la transparence n'est pas assez bien assurée, et pour dire aussi que nous payons le prix d'une centralisation trop forte dans une Europe trop faible.

Par ailleurs, notre VIème République ne se contente pas de répondre aux problématiques liées à la concentration des pouvoirs, au manque de transparence dans la vie politique et aux conflits d'intérêt, mais elle le fait entre autre.

Elle le fait parce qu'elle s'oppose au cumul des mandats et à leur renouvellement abusif. Elle le fait parce qu'elle transforme le Conseil Constitutionnel en véritable Cour constitutionnelle impartiale et parce qu'elle rénove les institutions judiciaires en garantissant leur pleine indépendance. Se faisant, elle déconcentre les lieux de pouvoirs et renouvelle les responsables politiques, elle met fin aux connivences qui peuvent résulter d'un système institutionnel où le personnel politique est trop figé.

Mais notre VIème République est aussi plus démocratique parce qu'elle est parlementaire et paritaire. En renforçant les pouvoirs du Parlement et sa représentativité, en généralisant la proportionnelle à toutes les élections, en faisant du Premier Ministre, issu des urnes, la figure de l'exécutif, elle garantit la légitimité politique des décisions publique et prévient les abus de pouvoirs.

Et la VIème République des écologistes c'est aussi celle de la diversité des territoires au sein d'une société française mieux représentée. Avec un Sénat transformé en véritable chambre basse, représentative de la diversité des territoires, des langues minoritaires protégées, l'autonomie, y compris normative, des collectivités locales acceptée, la VIème République que nous défendons ne fait pas le choix entre l'unité de la société française et la diversité de ses citoyens. Au contraire, elle fait de la défense de ces deux réalités le fondement de sa légitimité. C'est le respect des différences, fussent-elles régionales, politiques, religieuses qui doit fonder notre unité. 

Enfin, la VIème République des écologistes ne se construit que parce qu'elle est profondément ancrée dans une Europe fédérale et post-nationale. Nous avons pris, depuis longtemps, la mesure des mutations des sociétés contemporaines. L'Etat-nation n'est plus le cœur de l'exercice de la démocratie, il en est une des différentes composantes. Il n'est plus, non plus, le cœur du pouvoir, le monde est trop interconnecté, les problèmes trop globaux pour cela. Ce n'est pas une bonne ou une mauvaise nouvelle, c'est une réalité. Et c'est dans cette réalité que nous évoluons.

L'avenir de notre VIème République est européen. Et notre avenir européen est un avenir fédéral, au sein d'une Union politique parlementaire, bicamérale et post-nationale. Ce projet d'Europe fédérale parlementaire, qui consiste au fond, à rendre le pouvoir au peuple, doit être issu d'une Assemblée Constituante européenne.

L'établissement d'un véritable budget fédéral, sans quoi aucune politique publique d'envergure européenne n'est possible, un pilotage politique de la banque centrale européenne, un parlement détenteur du droit d'initiative législative, un Conseil transformé en véritable Sénat européen, ces mesures en faveur d'un saut démocratique à l'échelle européenne sont une garantie d'une véritable société politique européenne.

Cette Europe, dotée de pouvoirs et de légitimité, devra dès lors s'attaquer aux paradis fiscaux et légiférer durement contre l'évasion fiscale. Elle devra combattre les conflits d'intérêts, la concentration des pouvoirs et le manque de transparence comme nous devons le faire en France. Ne l'oublions pas, notre incapacité politique collective au sein d'une Europe intergouvernementale est aussi responsable de la fraude fiscale.

Je veux ici le répéter : ceux qui prétendent défendre la démocratie nationale en s'opposant à l'Europe oublient que c'est en fait la démocratie européenne qu'ils sont en train de menacer. Et en menaçant la démocratie européenne, en niant aux peuples européens le droit de se fédérer au sein d'une Europe qui garantirait elle aussi, l'unité politique de ses citoyens et la diversité de ses peuples, ils condamnent notre projet commun: un avenir pleinement démocratique pour tout un continent.

Les vociférations ne profiteront qu'à nos véritables adversaires, ceux qui sont prêts à sacrifier le pluralisme et la démocratie au profit du pouvoir. Le nationalisme, quelle que soit sa couleur politique, sera toujours notre ennemi.

Dans ce contexte, si je comprends l'indignation et le désir de la faire entendre, je ne peux me reconnaître dans aucun des projets défendus dans la rue le 5 mai prochain.

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