Jean-Jacob BICEP
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Billet de blog 10 mai 2013

Esclavage : commémorer la fin d'un crime c'est bien, reconnaître ses victimes, c'est mieux

« Nous sommes aujourd'hui le 10 mai, et depuis la Loi Taubira de 2001, c'est aujourd'hui l'occasion pour la France de commémorer l'abolition de l'esclavage. Par cette loi, unique en son genre, la République a reconnu, il y a maintenant 14 ans, la traite négrière et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité, engageant avec son passé colonial et ses legs persistants, un dialogue qui ne pourrait s'arrêter là.

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« Nous sommes aujourd'hui le 10 mai, et depuis la Loi Taubira de 2001, c'est aujourd'hui l'occasion pour la France de commémorer l'abolition de l'esclavage. Par cette loi, unique en son genre, la République a reconnu, il y a maintenant 14 ans, la traite négrière et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité, engageant avec son passé colonial et ses legs persistants, un dialogue qui ne pourrait s'arrêter là.

Il ne peut pas s'arrêter là d'abord parce que, bien que la France, dont certaines colonies sont aujourd'hui des départements, ait une place particulière dans l'histoire coloniale du continent, l'histoire de l'esclavage et de la colonisation est une histoire mondiale. C'est l'histoire d'un système sur lequel se sont fondés les déséquilibres macroéconomiques globaux, l'histoire d'un système qui, en enrichissant les colons et en appauvrissant les colonies, a creusé des rapports internationaux durablement néfastes.

On ne peut pas s'arrêter là ensuite, parce que si la reconnaissance est la première des guérisons, elle ne peut que mener à la réparation. L'aveu d'un crime contre l'humanité ne peut mourir dans le grand tourbillon de l'histoire, il doit au contraire faire l'histoire, s'en emparer et l'orienter. La question des réparations, débat que nous devons mener avec sérénité, devra nécessairement être abordée.

On ne peut s'arrêter là enfin, parce que pour dire la vérité, l'esclavage n'a pas été aboli. Des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants sont encore, aujourd'hui, à travers le monde, réduits en esclavage sous ces formes les plus brutales et les plus destructrices. Le crime contre l'Humanité continue. Je ne peux donc m'empêcher, lorsque je pense à l'histoire de l'Europe et lorsque je vois, aux Antilles, en Afrique, en Amérique, dans l'Océan Indien, l'héritage colonial perdurer, façonner chaque jour les inégalités et les discriminations de demain, de penser au Sahel, à l'Inde, où des victimes des mêmes horreurs sont en vie.

Je ne suis pas un rancunier, je ne suis pas un passéiste et je ne pense pas non plus que ce soit le devoir des politiques d'écrire l'Histoire. Je ne suis donc partisan de regarder les horreurs du passé et de se lamenter sur leur insoutenable tragédie par pur principe. Bien au contraire. Je vis dans le présent, et je sais qu'aujourd'hui, la lutte n'est pas finie.

C'est pourquoi j'ai lancé, au Parlement européen, avec Eva Joly et 10 autres députés européens de différents pays et groupes politiques, une déclaration écrite qui demande l'instauration d'une journée européenne de reconnaissance des victimes de l'esclavage et de la colonisation européenne. C'est un tout premier pas: que les représentants du peuple européen disent haut et fort la vérité sur ces crimes, non pour commémorer leur fin, mais pour reconnaître leurs victimes et faire la lumière sur leurs conséquences actuelles. C'est le premier pas européen sur le chemin de la justice envers toutes ces victimes.

Alors dès la semaine prochaine, je me lance dans cette aventure un peu folle: organiser, au Parlement européen, une semaine de la reconnaissance de l'esclavage, de la colonisation européenne et pour les réparations. Du 13 au 17 mai, à travers des tables rondes, un colonial tour au coeur de Bruxelles, une marche de la reconnaissance dans la ville, à travers un forum réunissant les associations engagées sur ces questions, des spectacles et des expositions, je veux que mes collègues prennent la mesure de cette réalité. Je veux que les députés européens, de tout bord politique et de toute nationalité, puissent regarder sereinement l'Histoire, ses retombées et prendre, en conséquence, les mesures appropriées. »

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