Etre ministre femme et noire en Europe en 2013

Lors de l’exposition de L’Olympia de Manet, tableau réalisé en 1863, des passionnés d’art ont tenté de spolier le visage de la femme noire offrant le bouquet de fleurs, par amour de l’art ont-ils clamé.

Lors de l’exposition de L’Olympia de Manet, tableau réalisé en 1863, des passionnés d’art ont tenté de spolier le visage de la femme noire offrant le bouquet de fleurs, par amour de l’art ont-ils clamé. C’est aujourd’hui par amour de la patrie qu’une candidate aux municipales écrit, après avoir effectué un photo-montage insérant la photo d’un singe avec celle de la garde des Seaux Christiane Taubira : « Je préfère la voir accrochée aux branches d’un arbre qu’au gouvernement…, c’est une sauvage.. »

Faut-il le rappeler L’Olympia de Manet s’inspire de la Venere di Urbino, Vénus d’’Urbin(1538) du Titien en Italie, patrie où la ministre Cécile Kyenge est à son tour comparée à un orang-outan par le sénateur du parti anti-immigrés de la Ligue du Nord ? « Quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m’empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outan, même si je ne dis pas qu’elle en soit un ».

Ces propos proviennent d’une femme en France et d’un homme en Italie. Le racisme est de tous les sexes. Toutes les solidarités antérieures font naufrage. Haïr l’autre au nom de sa couleur de peau  est assurément une non-pensée. Le racisme en Europe n’est aucunement un accident de l’Histoire, ni une structure subalterne. Il est le fait de la société globale, un produit irrémédiable. Si le mépris du raciste envers la Noire, le Noir parvient à  l’impressionner à un tel point qu’il se saisit lui-même comme un être méprisable, c’est dans la mesure où la société au sein de laquelle ils se rencontrent est une société définie par un système de complaisance raciste : « Ce n’est pas ce qu’il (elle) a voulu dire, il ne faut pas l’interpréter ainsi. »

Finalement le raciste (femme, homme) ne se préoccupera plus uniquement d’obtenir  la justification des procédés rhétoriques qu’il emploie et la résistance de la victime visera primordialement à faire la preuve qu’elle n’est pas cette chose pantelante à laquelle on s’efforce de la réduire. Mais le raciste poursuit un but inaccessible, car il lui faudrait se convaincre que sa victime est absolument lâche et qu’en elle une sorte d’animalité ( singe , orang-outan) autorise à son égard les traitements les plus inhumains. Or cette conviction lui est précisément refusée dès le départ de son entreprise. Il ne saurait en effet se mettre à la place de sa victime pour apprécier le courage qu’elle lui oppose. D’autre part, il ne peut pas  ignorer le caractère artificiel de sa propre intervention en vue de créer cet état de déchéance dont la seule constitution préalable aurait pu justifier son attitude.

Entreprendre de réduire autrui, c’est reconnaître implicitement qu’il y a en lui quelque chose à réduire.

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