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Billet de blog 25 mars 2014

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Le paradoxe du vote démocratique

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Le paradoxe démocratique.

Quand je devrais expliquer à mes petits enfants 2014 et certains choix de mes compatriotes européens je prévoirais de l’aspirine. Il faudra que je leurs expliquent que la plupart des droits sociaux sont nés après la seconde guerre mondiale et le plus souvent s de hautes luttes. La semaine de 40 heures se justifiait pas celle de 35 ? L’assurance chômage était un progrès, pas l’assurance maternité ? Je devrais certainement leurs expliquer qu’à l’époque il y avait une majorité des gens qui croyaient sérieusement que l’on pouvait faire un pas, un progrès, quelqu’il soit, sans prix à payer, sans revers de la médaille. Des médicaments sans effets secondaires, des guerres sans morts ou des riches sans pauvres.  Mes contemporains voulaient voir le monde en noir et blanc, juste ou faux, bien ou mal. Donc certaines choses sont présentée comme bien, juste, alors que d’autres sont forcément mauvaise, injuste.  À y regarder de plus prêt, même l’assurance vieillesse à un revers. Allongement du nombre de générations et séparations de certaines d’entre elles. Le troisième âge reçoit de quoi survivre et l’on construit à tours de bras des mouroirs qui font honte à notre civilisation. Mais bon, personne ne remet en cause la nécessité d’avoir une rente lorsque l’on est plus actif. On s’écharpe pour savoir si la somme doit être constituée par capitalisation ou répartition. Les lois économiques font qu’un peu partout un mix des deux s’impose mais le clivage perdure.

C’est là que se situe le paradoxe démocratique. Sur cent personnes qui votent actuellement, 40 sont des citoyens qui ont bénéficié d’un train de vie artificiellement augmenté par la dette qui aurait du être payée par les enfants de leurs enfants. Dès qu’ils doivent rembourser l’argent qu’ils ont dépensés, le bulletin de vote leurs permet de dire non. Ils ne veulent pas limiter leurs rentes actuelles sous prétexte de maintenir un niveau de vie totalement artificiel. Aidé par 30 citoyens sans expériences qui trouvent que c’est ringard de voter ces deux groupes, aux intérêts totalement divergents s’entendent parfaitement. Même si les moins de 30 ans auraient tout avantage à faire payer un maximum de la dette aux 40 qui ont bénéficiés de cette manne céleste, ils n’en font rien. Sur mon groupe de 100 il en reste 30 qui votent pour des convictions, des opinions, des points de vue divergents. Paradoxalement, cette minorité qui exprime une opinion n’a aucune chance de gagner la moindre élection et donc aucune chance que son point de vue soit simplement entendu. Ils travaillent, paient des impôts, consomment, mal mais ils consomment, mais n’ont aucun poids réel sur le cours des événements.

Si le groupe des jeunes qui ne vote pas ne s’y met pas, si le vote ne devient pas nécessaire, vital, impératif et branché, la minorité des anciens, des heureux, des bénéficiaires des largesses d’un système n’a aucun soucis à se faire car rien ne changera durant le laps de temps qui les séparent de la tombe. En fait la situation européenne, qui ne voit pas se profiler une guerre à l’horizon, n’a aucune chance de voir le moindre changement tant que le poids de ceux qui ne votent que pour conserver leurs privilèges acquis sera à des hauteurs pareilles.  D’ici 20 ans il sera possible de faire passer des réductions massives de dettes avec les économies qui en découlent. Puisque les européens ne comprennent pas que l’argent qu’ils envoient aux impôts revient immédiatement tout les mois sur leurs salaires et dans les services qui les entourent il n’y aura aucuns changements.  Aucun homme politique ne sera élu sur un programme qui serait « travaillez plus et plus longtemps pour gagnez très nettement moins ». Comme en 2014 l’on arrive à se faire élire en disant juste que l’on va baisser les impôts sans avoir à expliquer comment les médecins et policiers seront payés rien ne changera. Personne n’éclatte de rire en voyant dans certains cortège parisiens des panneaux sur lesquels sont écrits « moins d’impôts plus de policiers »

La leçon politique que l’on peut tirer du paradoxe électoral est qu’il ne faut pas dire ce que l’on fait et ne pas faire ce que l’on dit. En s’appuyant sur les 40 qui votent puis en flattant les 30 qui ne votent jamais justement pour éviter qu’ils ne votent, l’on a un consensus immuable et monolithique.

Je sais déjà que je n’aurais absolument pas besoin de parler de l’ascenseur social à mes petits enfants car ce concept sera inopérant depuis des années.

Au moins je pourrais dire à mes petits enfants que la grande part de responsabilité de la situation actuelle est sur les épaules de ma fille, leurs parents, ceux qui ne votaient jamais. Comme il sera impossible de cracher sur un membre des 40 qui seront morts depuis longtemps il ne leurs restera que leurs parents à qui faire payer leurs mal être et leurs situations figées depuis des lustres et pour des sciècles.

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