Bure ou la dictature nucléaire

À Bure, mercredi 20 juin 2018, les arrestations, perquisitions, fouilles, garde à vue de militants et même d’un avocat, s’ajoutent certes à des années de violences symboliques et réelles contre les opposants à la poubelle nucléaire que le pouvoir veut imposer par tous les moyens.

Mais l’arrestation de l’avocat des militants est un symbole dont la vérité est plus grave qu’un accroissement de la passion sécuritaire. Le pouvoir veut signifier que, en matière nucléaire, il est au-dessus des lois. À ses yeux, un avocat, lumière vigilante des droits de la défense, n’est qu’un complice des malfaiteurs dont le seul crime consiste à résister au pouvoir nucléaire et à sa criminalité intrinsèque.

Tout est exceptionnel dans le nucléaire : puissance de destruction extrême des bombes atomiques, agression quasi éternelle des radionucléides (Plutonium etc.) chaque jour par les centrales nucléaires et les catastrophes, contre tous les vivants, irresponsabilité systématique et légalisée des industriels et des États, absence d’assurance contre le dommage nucléaire (Price Anderson Act 1957), organisation officielle de l’ignorance volontaire (OMS 1958), partout le nucléaire, sous ses deux formes artificiellement distinctes, civil et militaire, a été imposé par la force et la violence (la recherche historique a bien établi ce point). L’exception nucléaire cache une illégalité systématique.

L’État nucléaire, par les bombes atomiques et les centrales nucléaires aux risques colossaux, est nécessairement une dictature parce qu’il viole le principe fondamental de l’État : l’obligation inconditionnelle d’assurer la conservation des êtres humains. Le contrat social est signé pour un État dont la fonction est de protéger la vie des ressortissants et de garantir les conditions d’une vie « normale ». Avec le nucléaire, chaque État peut assassiner son peuple et celui des autres ; chaque État nucléaire fait vivre les vivants dans un environnement chaque jour plus contaminé. Chaque État nucléaire est un assassin en acte, pas seulement en puissance.

L’État nucléaire, fondamentalement criminel, ne peut éviter de virer en dictature. La puissance de mort atomique et l’agression nucléaire contre les vivants, lisible dans l’augmentation permanente des cancers, agression qui est actuelle, qui est un fait indéniable (par les essais nucléaires qui sont de véritables explosions, les pollutions légales de toutes les Installations Nucléaires de Base et les catastrophes toujours en cours), tout cela implique que le peuple soit abandonné, jeté dans cette chambre à gaz radioactifs immense qu’est devenue la planète tout entière, c’est-à-dire que le démos (le peuple-citoyen) soit sacrifié, transformé en masses d’êtres destructibles. La mise en concurrence – dans une compétition de destruction – des êtres humains et des machines absurdement qualifiées d’intelligentes est la traduction capitaliste de cette donnée politique qui produit la déshumanisation radicale du démos.

Ainsi, les juges, procureurs, gendarmes, policiers, qui arrêtent les anti-Cigéo au nom de la justice et de la loi protègent les vrais criminels, c’est-à-dire les chefs d’État qui ont imposé à tous les autres le destin nucléaire.

Le combat contre la politique nucléaire-atomique est une action de légitime défense. L’impératif de protection de la société n’est ni de droite, ni de gauche, ni technophobe, ni rétrograde, ni libéral, ni socialiste : il est vital et universel. Il faut détruire les machines nucléaires qui nous tuent et congédier les chefs d’État qui nous trahissent. Comme dirait Günther Anders : « Contaminés de tous les pays, unissez-vous ! »

 

Signataires :

Annie Thebaud-Mony, Directrice de recherche honoraire à l’INSERM, auteur de : La Science asservie. Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs, La découverte, 2014, et L’industrie nucléaire. Sous-traitance et servitude, Inserm/EDK, 2000

Paulette & Didier Anger, militants du CRILAN et du collectif antinucléaire Ouest

Gilles Barthe, représentant d'Alter Alsace Energies à la CLIS de Fessenheim

Jean-Jacques Delfour, philosophe, auteur de La condition nucléaire, 2014.

Pierre Fetet, blog de Fukushima http://www.fukushima-blog.com/

Kolin Kobayashi, journaliste, écrivain.

Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire

Pierre Peguin, Dr es-sciences

Wladimir Tchertkoff, documentariste, co-fondateur de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus (ETB), auteur de Le Crime de Tchernobyl, le Goulag Nucléaire, Actes Sud, 2006.

Gabriel Weisser, riverain de Fessenheim

 

Cedra

Cellule Cigéout

La Fédé-Grand-Est

Coordination Stop-Nucléaire

Décroissance IdF

Collectif « Technologos »

 

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