Témoignage d'une salariée d'Amazon, dans une démarche de respect de la vérité.

Dans notre société, si l'on veut faire évoluer les choses, il faut exprimer honnêtement ses ressentis, tant possiblement à charge qu'à décharge. C'est la raison pour laquelle, à sa demande, je joins ici le témoignage de mon épouse.

 Amazon, ce géant de la vente qui impressionne et fait tellement parler! Et pourtant...

Pour situer le contexte, je suis une jeune femme de 31 ans, je travaille chez Amazon BVA1 (Boves/Amiens) depuis 2 ans. J'ai commencé ma carrière en étant agent logistique, chargée de ranger en chariot les produits dans les racks, puis j'ai rapidement eu la chance d'évoluer vers un poste qui me convient mieux, je suis actuellement "sweep"; je suis chargée de la résolution informatique des anomalies concernant les produits entrants sur le site.

A l'heure où les médias se lancent dans un matraquage médiatique d'Amazon, considérant que les employés y sont en danger, non protégés des risques directs du coronavirus, je souhaite, de façon individuelle et personnelle, apporter mon témoignage à décharge pour la société qui fait vivre quelque dix mille personnes en France.

 

Alors que l'entreprise mondialement connue fait beaucoup parler d'elle en France, je vous apporte mon témoignage personnel en temps réel.

En effet, après une absence d'un mois, j'ai repris le travail, non sans craintes ce dimanche 5 avril. Après avoir lu beaucoup d'articles tous plus perturbants les uns que les autres durant mon absence, je dois avouer que j'étais plutôt inquiète à l'idée de reprendre le travail dans de mauvaises conditions et de risquer ma vie ainsi que celle de ma famille.

Et quel étonnement, je dirai même, quelle surprise, lorsque je suis arrivée sur mon lieu de travail ce dimanche 5 avril à 21h!! Tout a commencé sur le parking, où un circuit a été mis en place jusque la porte d'entrée afin que les employés entrants ne croisent pas ceux sortants et que les distances de sécurité de 2 mètres soient respectées. Des bandes jaunes au sol tous les 2 mètres, des affiches aux murs, des personnels à l'extérieur qui rappellent les règles, je me sentais étonnée mais rassurée. Je me demandais si tout était organisé de la même manière à l'intérieur, et je n'allais pas tarder à le savoir!

Après avoir franchi la porte d'entrée, où un employé portant un masque et placé derrière une guérite en plexiglas a pris ma température et après avoir salué mon manager qui accueillait ses employés, je me suis retrouvée perdue face à un Amazon que je ne connaissais pas. Tout avait totalement changé. Vestiaires fermés, possibilité d'entrer sur le site avec nos affaires personnelles, lignes jaunes au sol tous les 2 mètres, parcours fléchés, affichage aux murs... Quelques mètres  puis j'arrive à un bureau fermé par un plexiglas où on me propose un masque chirurgical (avec panneau explicatif sur l'utilisation du masque).

J'entre enfin à proprement parler sur le site, je suis mes collègues, tous à 2 mètres les uns des autres, je badge, puis je m'arrête au bureau du RH qui m'explique les changements mis en place pour faire face au coronavirus, notamment les 5 minutes supplémentaires de pause payées, les 2 euros brut de plus par heure travaillée,...

Me voici arrivée dans l'entrepôt, il faut que je prenne mes marques mais tout est bien expliqué et compréhensible au premier regard, reste à s'y habituer... Toutes les voies piétonnes et chariots sont en sens unique afin de garantir les fameux 2 mètres de distance.

Je vois des flacons de gel hydroalcoolique partout, des bouteilles d'eau à disposition des salariés (les fontaines à eau sont condamnées), des paquets de lingettes désinfectantes sont disponibles pour tous dans tout l'entrepôt.

Tous les postes de travail ont été espacés afin de garantir les 2 mètres de sécurité. Je vais chercher ma "cow" (tablette sur roues sur laquelle se trouve mon ordinateur et mon imprimante), des lingettes y sont disposées avec une fiche sur laquelle nous devons indiquer la date et l'heure à laquelle nous avons désinfecté notre espace de travail.

Je croise alors des collègues avec des gilets bleus, et j'apprends que ce sont des "safety angels", la plupart, de jeunes intérimaires qui sont missionnés pour rappeler à leurs collègues les règles de distanciation sociale avec beaucoup de bienveillance. Leur rôle n'est pas de dénoncer ni même de "réprimander" mais bel et bien d'aider et de protéger leurs collègues.

Je me rends alors dans les espaces où sont amenées les cages pleines d'articles prêtes à être mises sur les chariots, un collègue les attend avec des lingettes et désinfecte chaque poignée de cage... En réalité, tout ce qui est touché par quelqu'un est directement désinfecté, y compris les stylos, les chaises, les claviers d'ordinateurs... Beaucoup de mes collègues portent des masques que l'on peut changer après la pause.

Vient l'heure de la pause, j'arrive dans notre grand réfectoire, habituellement plein de personnes y sont attablées ou discutent autours des distributeurs, encore une fois, tout a changé, les distributeurs sont maintenant condamnés, sur chacune des tables devenues individuelles se trouvent un sachet de lingettes désinfectantes, un flacon de gel hydroalcoolique et une affiche demandant de désinfecter son espace avant et après chaque passage.

Depuis 2 nuits, j'aide le service "safety" dans l'organisation des règles de sécurité, nous collons des affiches, nous créons une signalétique tant pour les piétons que pour les chariots, nous mettons tout en place pour notre sécurité et celle de nos collègues. Faire participer les employés à la mise en place de ces barrières contre le coronavirus permet d'avoir une réelle cohésion d'équipe et une implication quasi naturelle de tous... Nous nous sentons impliqués dans notre propre sécurité!

Je souhaitais simplement vous apporter mon témoignage; il me semble qu'il est important de témoigner également lorsque les choses sont positives et non uniquement lorsque l'on veut exprimer un mécontentement! J'ai conscience que j'ai de la chance de travailler pour Amazon Boves qui semble t-il est à la pointe au niveau de la safety et qui lutte véritablement pour limiter les risques liés au coronavirus. J'ai conscience que certains sites Amazon en France ne sont peut-être pas encore au même niveau d'adaptation que BVA1, c'est pourquoi je précise bien que mon témoignage concerne bel et bien mon expérience sur le site de Boves.

Si je témoigne, c'est juste par esprit de justice, je n'ai aucun avantage à le faire, si ce n'est à contrebalancer un peu les choses.

Sophie DONY

 

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