Gilets Jaunes, Une conscience collective en marche...

GILETS JAUNES… UNE CONSCIENCE COLLECTIVE EN MARCHE… Une lanterne jaune pour éclairer. Manifester, ce peut être TÉMOIGNER … Témoigner afin de prévenir, d'alerter, de faire part d'un ressenti, d'une inquiétude… D'une souffrance. C'est une énergie contenue depuis longtemps, qui finit par s'extérioriser. C'est souvent une démarche gratuite, réalisée pour le bien de tous.

Les premiers témoins sont ceux qui ont les yeux ouverts, parce qu'ils doivent rester éveillés afin de pouvoir survivre chaque jour.  Ceux qui souffrent ont les sens aiguisés, ils ne peuvent se permettre les faux-semblants, ils doivent en permanence veiller.

C'est une question de survie.

Mais, témoigner de quoi… ?

Tout d'abord de la peur ! Peur de ne pas pouvoir "y arriver", peur du lendemain, peur de ceux qui vous fragilisent encore plus alors que vous êtes déjà faibles…

Peur des difficultés très souvent économiques, qui vous submergent sans cesse… Peur de ceux qui ne vous comprennent pas, ou ne veulent pas vous comprendre parce qu'ils ne veulent imaginer qu'un jour ils pourraient être à votre place…

Peur de craquer à force de s'enfoncer dans les difficultés et ne pas avoir de porte de sortie, peur de ne plus être visible par les autres… Et ainsi n'être plus rien !

Témoigner ensuite d'un ressenti, de celui que cette précarité a pour conséquence de faire émerger !

Qui peut s'exprimer comme suit…

Le sentiment que quelque chose ne va pas dans notre société.

Que celle-ci prend un mauvais chemin !

Le sentiment que ceux qui ont suffisamment pour vivre, sont devenus aveugles, et se droguent en consommant toujours plus, pour finalement se déshumaniser, et perdre tout Sens ! Vivre, c'est maintenant consommer, ce n'est plus Être…

C'est perdre la joie initiale que tout humain porte naturellement en lui.

C'est remplacer cette joie, au final, par des antidépresseurs !

Les pauvres peuvent être des veilleurs, ils sont de par leurs fragilités, placés aux premières lignes face aux dangers dont ils prennent immédiatement conscience, et un de ces dangers, sans doute le plus important, est la déshumanisation profonde de nos sociétés, au profit d'un matérialisme qui rend idiot et dépendant.

À tel point que lorsque qu'ils crient dans la rue depuis des mois, on ne les écoute pas… On ne va pas à leur rencontre ! 

Au contraire, on met en place des stratégies d'évitement.

Les pauvres, les Gilets Jaunes, sont devenus des entités économiques indésirables…

On ne veut pas les comprendre, on veut les effacer, on souhaite même les présenter comme dangereux aux yeux de tous, ce qui pourrait être facilité par le fait que le découragement ou l'exaspération finit par pousser certains à devenir violents. Et cet état de fait est dommageable pour tout le monde.

Alors qu'au début des manifestations, c'était une histoire simple… Ils tendaient la main, il suffisait de la saisir et de parler avec eux, il suffisait de les reconnaître, comme des êtres humains qui ont des difficultés…

Comme des frères ! N'oublions pas notre devise Française : " Liberté, Égalité, Fraternité " Il suffisait de leur parler, directement, entre gens de bon aloi, entre gens de bonne volonté. D'échanger sur des choses simples, sur leurs difficultés de chaque jour, d'en faire la liste, et de tenter avec eux de les résoudre.

Efficacement, Rapidement et Durablement.

C'était d'autant plus simple que la capacité de légiférer rapidement est actuellement potentiellement au maximum !

C'est une question de volonté.

Et puis, il y a eu ces très nombreux blessés, chez les manifestants comme chez les policiers et les gendarmes.

Des Français, se frappent entre eux, se mutilent gravement, se font du mal. Des pères de famille honorables, sont obligés de taper sur d'autres pères et mères de famille également honorables.

Seulement parce que la volonté politique n'est pas là pour assumer !

C'est très grave, c'est totalement et profondément déshumanisant, c'est traumatisant, c'est un contre-exemple absolu pour notre jeunesse.

À presque 70 ans, je me fais un devoir de témoigner.

Pour dire que ce qui se passe actuellement en France, je ne l'ai jamais vécu !

J'ai connu le Général de Gaulle, c'était un grand homme, un homme d'honneur.

Je me souviens de lui, et de sa façon d'être !

Et je ne pense pas me tromper en disant que dès la première manifestation des gilets jaunes, ou dès les premières personnes blessées gravement, il aurait immédiatement réagi.

Certes, il aurait fait un discours ! Un beau discours… C'était lui, c'était cela, le Général de Gaulle. Son discours aurait été empreint d'humanité, il aurait répété son amour pour les Français et la France, il aurait exprimé son regret sincère pour les blessés. Ainsi que son refus de voir le peuple de France prendre le risque de se diviser.

Et il aurait annoncé immédiatement des mesures pratiques et politiques efficaces pour au moins atténuer la crise, et la souffrance des gens.

Après le début des évènements, cela n'aurait pas pris plus de quinze jours !

Je pense aussi à mon grand-père maternel, Jean DEBARGE, que j'ai connu, qui s'est battu à Verdun durant la guerre 1914-1918, il a failli "y rester" à plusieurs reprises…  Au "Chemin des Dames", et ailleurs sur le front.

Il a été décoré de nombreuses fois, et à son enterrement, (je devais avoir environ 14 ans), il y avait beaucoup d'anciens "poilus". C'était un homme juste et bon, courageux.

Je crois que s'il avait vécu la situation actuelle, dans laquelle des Français, des frères, de toutes origines se heurtent, et se battent parfois les uns contre les autres…

Il aurait dit : " On s'est crevé pour ça ! "

Toute politique non humaniste, est vouée à l'échec.

J'ai appris qu'hier, lors de la 19ème manifestation des gilets jaunes, un CRS avait fait un arrêt cardiaque…

Je pense à lui, et à sa famille.

Également qu'une manifestante de 73 ans, personne paisible, qui manifestait sans violence, avait été très gravement blessée…

Je pense aussi à cette pauvre dame, et à sa famille.

Jean Jacques DONY

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