Ma première bouffée de gaz lacrymogène

Comment débuter une carrière de manifestant à 62 ans.

J'ai 62 ans et j'ai longtemps fermé ma g....

ancien militaire, puis cadre dans différents banques et entrepreneur à plusieurs reprises, je n'avais sur la société que le jugement suivant: elle est comme elle est et que chacun essaye de s'en sortir au mieux en respectant la loi. La crise de 2008 fut une interrogation, une prise de conscience que le libéralisme était potentiellement néfaste. Comment s'opposer au contrôle de l'Etat puis réclamer son intervention au seuil de l'apocalypse...cela n'avait pas de sens. 

J'ai commencé à lire, à m'informer au travers des médias alternatifs, à réfléchir et la question sociale, le sens des luttes, sont devenus des évidences. Oui il y a des dominants et des dominés. Les premiers font croire aux seconds qu'ils dirigent en leur nom mais en fait ils cherchent à préserver leurs intérêts. Les dominants tiennent l'argent, le pouvoir, les médias...les dominés ont très peu de moyens d'exprimer leur point de vue. Les notions de tyrannie de la marchandise, et de société du spectacle, sont limpides et expliquent la cohérence factice du système.

Jusqu'à présent ma démarche était intellectuelle, voire électorale, depuis cet après-midi elle est active.

Avec ma compagne américaine nous avons décidé de rejoindre la manifestation d'aujourd'hui contre la réforme des retraites. J'estime en dehors même de toute considération sur le fonds que les citoyens on été pris pour des imbéciles dans la façon dont le gouvernement a mené l'affaire: opacité, duplicité, contradictions permanentes, refus d'un dialogue franc. Il faut lui faire savoir. Je crois que c'est fait, et si tel n'est pas le cas nous nous répèterons...

Nous avons donc rejoint la place de République vers 16H00 pour nous joindre au cortège. La situation était confuse parce qu'il n' y avait pas de cortège et des gens attendaient comme nous en essayant de savoir ce qui se passait sur le boulevard Magenta. Nous avons conversé en toute convivialité avec des personnes qui ont pu nous expliquer qu'à priori la manifestation n'avait pas encore commencé. Les explosions en provenance du boulevard Magenta se rapprochaient, à distance flottait un drapeau rouge et noir brandi par un groupe de jeunes gens, mais ils semblaient reculer.

Soudain un jeune homme perché sur le socle de la statue de la République a crié "ils gazent"...le nôtres reculaient et un nuage blanchâtre vint nous envelopper. .Mon  écharpe de la fête des pères ne fut pas d'un grand secours. Avec ma compagne qui porte des lentilles rigides nous sommes alllés nous mettre à l'abri. Je lui ai rincé les yeux qui lui faisaient mal avec un peu d'eau. En toussant mais pris de fou rire nous nous sommes dits   "Macron ne sauvera pas  nos retraites mais il se pourrait que malgré lui ils rendent nos vies plus intenses" .

Et puis bras dessus, bras dessous nous sommes partis vers la place de la Nation au milieu de milliers d'autres dans ce Paris sympa malgré le froid en échangeant des regards complices et solidaires avec tous ces étrangers devenus des camarades. 

 

 

 

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