Quelles priorités pour inverser la courbe de la violence ?

Reconstituer l’autorité morale de l’école, de l’enseignement, de la culture, de la littérature, de l’Histoire prodiguerait des instruments de tolérance non violente, que pourront choisir les nouvelles générations qui préféreront le dialogue à la confrontation. Mais pour cela il convient d'investir dans le secteur éducatif.

Horreur à Nice. Se réveiller à quelques dizaines de kilomètres d’une tragédie dont on entend les échos à la radio, à la télévision. Que faire ? Que proposer ? Comment lutter contre des actes isolés ? Parfois, songeant à mes enfants, je me projette dans un avenir proche à 30-50 ans d’aujourd’hui. J’essaie d’imaginer le monde dans lequel ils vivront. Un état policier ? Un état islamiste ? Le retour aux Etats Nations repliés sur eux-mêmes, gouvernés par des généraux ? Y aura-t-il d’autres options ? N’entrons-nous pas dans le cycle terminal de ce qui avait débuté, après deux guerres mondiales, le jour des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ?

Ne faudra-t-il pas plusieurs générations pour inverser la courbe de la violence ? L’indécrottable utopiste que je suis s’efforce d’encore croire que les investissements publics et laïcs dans l’éducation pourraient devenir cet aiguillage qui pourra diriger les jeunes générations vers une remise en question des intégrismes. Reconstituer l’autorité morale de l’école, de l’enseignement, de la culture, de la littérature, de l’Histoire  prodiguerait des instruments de tolérance non violente, que pourront choisir les nouvelles générations qui préféreront le dialogue à la confrontation. Mais pour cela il conviendra un jour d'accorder priotité absolue et ressources financières au secteur éducatif. 

Je me rends compte, comme après chacun de ces attentats, que l’espoir d’un monde meilleur m’est difficile à envisager si ce n’est par le recours à de naïves illusions. Rien ne vient éclairer, fut-ce faiblement, une piste qu’il ne serait pas trop tard d’emprunter pour envisager une solution pacifiée. La lâcheté de ces actes terroristes me tétanise, autant que l’impossibilité d’ouvrir le moindre dialogue avec des assassins, manipulés et exaltés par des fanatismes obscurantistes pas plus qu'avec ceux qui les inspirent. 

Pourtant, l’attentat de Nice, comme tous les attentats  terroristes qui l’ont précédé, mais aussi les inévitables tentatives de récupération populiste à venir,   me confortent dans mes engagements.

Ainsi, les actions telles que celles menées par PEN pour la liberté d’expression, mais aussi l’éducation, la promotion de la littérature comme instrument de connaissance mutuelle m’apparaissent plus que jamais indispensables, même si elles semblent désespérées.

Jean Jauniaux, Président de PEN Belgique, centre belge francophone de PEN International 

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