Marseille : l’Appel du figuier à palabres

La crise de la presse, c’est aussi la maladie sénile du capitalisme et de ceux qui, du haut de leur fortune, affirment que la nouvelle légitimité c’est l’argent. Et lui seul. Surtout s’il est sale et douteux. Marseille bruit de remous, de rumeurs et d’informations contradictoires sur la prise de contrôle du principal quotidien par Bernard Tapie associé au groupe Hersant au passé et à la fortune bien peu glorieux.

La crise de la presse, c’est aussi la maladie sénile du capitalisme et de ceux qui, du haut de leur fortune, affirment que la nouvelle légitimité c’est l’argent. Et lui seul. Surtout s’il est sale et douteux. Marseille bruit de remous, de rumeurs et d’informations contradictoires sur la prise de contrôle du principal quotidien par Bernard Tapie associé au groupe Hersant au passé et à la fortune bien peu glorieux.

Aussi trois citoyens engagés dans la vie démocratique de la ville ont décidé de lancer cet Appel des Trois et du Figuier à palabres pour inciter à l’achat régulier (1, 2 ou 3 fois par semaine) de La Marseillaise, un journal issu de la Résistance communiste et qui, comme l’Histoire, a abandonné son allégeance au soviétisme. Un journal dans le droit fil des recommandations pédagogiques du Conseil National de la Résistance, un journal qui ne met pas systématiquement du sang à la Une pour vendre du papier.

En règle générale, nombre de Marseillais ont une appréciation favorable sur ce quotidien mais trop peu sont ceux qui passent à l’acte d’achat. Cet achat régulier qui entretient le goût sensuel du papier et l’odeur envoûtante de l’encre. Cet achat qui permettra aussi de faire vivre les kiosques et les marchands de journaux, ces lieux de rendez-vous en péril qui fleurent bon la démocratie et la liberté. En un symbole bien sinistre, la Maison de la Presse du Vieux-port, où l’on trouvait les journaux du monde entier, a été remplacée par un glacier sur la seule logique du rapport de plus-value financière dans ce magnifique lieu minéral. Cette zone piétonne est désormais notre nouveau symbole et l’espace de rencontres arc-en-ciel dans la Ville-Monde. Hélas, les autorités municipales ont été sourdes à une reprise, sous forme d’une coopérative à inventer, par le Club de la presse Marseille-Provence qui y aurait eu pignon sur le Quai – si bien nommé – de La Fraternité pour accueillir les journalistes de France et du monde de passage chez nous.

La deuxième ville de France est la seule cité de province où ce type d’appel peut être lancé, car ailleurs, les marchands d’armes, les bétonneurs friands de la mer et de ses reflets d’argent, les affairistes ou autres groupe bancaire en recherche de retour d’influence politique et économique, clament leur amour pour le pluralisme... à condition d’être les seuls à s’exprimer.

C’est un appel à l’incitation à la lecture de tous les titres, persuadés que nous sommes, que plus il y aura d’opinions contradictoires, donc de journaux et de sites internet, mieux la démocratie se portera. Si vous en avez les moyens lisez Le Monde, Libération, l’Huma, La Croix et tous les hebdos aux qualités parfois douteuses comme Le Point qui annonce à son de trompe son allégeance à Tapie. Lisez-les, faites-vous votre opinion, c’est paraît-il facile avec des clics, des téléphones, des tablettes. Informez-vous de façon pluraliste, mais payez un impôt révolutionnaire régulier en achetant La Marseillaise. Plus de moyens à une rédaction sous-payée mais valeureuse et talentueuse, qui perpétue la tradition de garder des photographes, ces journalistes à part entière et qui donnent du sens à leurs images en sortant du sempiternel cliché de la légende de PQR : on reconnaît de gauche à droite... pour flatter élus, élites et décideurs économiques, jamais insensibles à voir leur bobine dans un journal. Bref de la photo d’analyse et pas seulement de description.

Avec des salaires décents et des moyens nouveaux fournis par les ventes, cette rédaction aura plus de possibilités pour écrire sur les luttes sociales, la culture et les arts qui sont notre vecteur d’avenir pour sortir de la crise, les sports populaires, avec une pagination étoffée. Sans pour autant botter en touche ou occulter les hommes aux crampons en or massif, si populaires, qui suscitent tant de passions dans une ville qui joue en permanence OM/PSG dans tous les domaines, y compris culturels. Cette rédaction financièrement renforcée permettra d’offrir aux lecteurs exigeants, des analyses et des interviews portant la signature et la sensibilité de journalistes engagés dans l’action sociale et dans les mouvements culturels et artistiques de nos territoires.

Parce que si « la mondialisation, c’est le local, moins les murs », la richesse d’un localier, plus que tout autre métier, est de porter la mémoire et les exigences d’une ville ou d’un village. Si les vies individuelles ont besoin de paillettes et parfois de champagne pour s’offrir des joies personnelles, l’information, elle, n’a cure ni des frasques des people, comme ils disent, ni d’une quelconque marchandisation de l’émotion. «Du passé nous ne faisons pas table rase», justement parce que c’est la vision du futur qui guide les plumes. Si l’humanité n’a pas encore traduit en justice les génocidaires des peuples amérindiens, arméniens, gitans, tchétchènes et tant d’autres, notre génération a vu le nazisme, ce cancer innommable terrassé, mais aussi il a eu la peau du soviétisme et de l’apartheid grâce à l’engagement d’hommes droits et incorruptibles.

Autant de raisons d’espérer que le nouveau combat révolutionnaire contre les totalitarismes, contre la pensée rampante d’un populisme footeux et unique qui menace notre ville est le combat fondamental du siècle. Il exige la mobilisation des femmes et des hommes de bonne volonté. Le monde a changé. Médiapart, Marsactu et Le Ravi n’ont eu besoin de personne pour remplir La Criée autour de la liberté de la presse et des questions fondamentales que pose à la société, l’arrivée de Bernard Tapie à Marseille. Nous sommes dans le domaine du papier, circonstance qui ne s’apparente en rien à une forme de passéisme. Pour éditer un quotidien on se doit de posséder une rotative aussi sophistiquée qu’un Airbus, alors que pour lancer une information, un téléphone de poche est suffisant.

La faucille et le marteau, aussi emblématiques que le drapeau rouge, en noir et blanc de Charlot dans Les temps modernes, ont été gommés de la Une de l’Huma en signe de modernité. Même Le Figaro, ce petit frère des riches a renoncé à la pourtant si nécessaire injonction de Beaumarchais affirmant que « sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur ». Il est temps que La Marseillaise retrouve son sous-titre d’organe régional de la démocratie. Pour notre part, dans ce soutien commandé par personne, obéissant à nos seules consciences, nous serons toujours vigilants et critiques.

Régulièrement, les lecteurs prosélytes que nous sommes ou serons devenus, se réuniront sous le Figuier à Palabres du Quai du port, libéré de ses barrières. Un nouveau marqueur de vie urbaine avec le laurier rose de la rive opposée. Notre Figuier déchaîné au service du Canard, pour partager sur l’information pluraliste. Si vous le souhaitez, si vous participez activement à ces rencontres informelles avec chaises, pliants et mégaphone, il deviendra l’arbre méditerranéen de la liberté de l’information et nos réunions auront plus de lisibilité nationale que le début de cette année européenne de la culture. Sans encore de Culture. Cette liberté que nous voulons partager et sur laquelle il faut veiller chaque seconde comme à la prunelle de nos yeux. Un euro par jour, ce n’est pas cher payé pour devenir l’actionnaire moral d’un journal engagé. Et plus généralement en incluant dans cette démarche tous les vecteurs qui se jouent par l’intermédiaire des ondes et de l’informatique derrière lesquels le papier ne doit plus courir mais être complémentaire s’il veut survivre. Et cet appel à la vigilance pluraliste concerne aussi La Chaîne Marseille et Sud Radio à Toulouse sur lesquelles l’homme d’affaires a un œil. Il englobe Le Ravi, un mensuel d’arrogance jubilatoire de liberté qui fête ses dix ans d’impertinence, bon pied, bon œil mais à la bourse plate et VMarseille, un jeune mensuel qui se lance sur un créneau difficile. Courage confrères, musclez-vous d’impertinence et n’écoutez pas trop les conseils de prudence de vos commerciaux qui courent derrière les publicités institutionnelles. Disons aux idolâtres qui n’ont que le blé comme seule aune de sens : votre vieux monde est en train d’être dépassé, accrochez-vous au Reborn.

Jean Kéhayan, journaliste et essayiste antitotalitaire.
Christian Poitevin, poète, adjoint à la culture de Robert Vigouroux de février 89 à février 95. Démissionnaire sur l’heure pour cause de tractations de son maire avec Edouard Balladur.
Harald Sylvander, architecte, lecteur de La Marseillaise.

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