Au Brésil, manifestion des professeurs, 200 bléssés.

Les derniers rassemblements anti-PT et anti-Dilma ont largement été relayés par Le Monde et son correspondant Paranagua. Evidemment, descendre dans la rue pour simplement gueuler "Fora Dilma" est très réduit comme message politique, alors il a bien fallu trouver des prétextes pour construir un vague discourt politique et si possible consensuel. Rien de plus facile: "Stop à la corruption" et "plus d'éducation".

Pour la corruption, nul besoin de s'attarder sur ce point pour rapidement se faire une idée de la réelle bonne volonté des manifestants à éradiquer la corruption. Je l'ai déjà montré dans différents billets précédents, le PSDB (parti d'opposition de droite largement derrière les manifestations) est le plus corrompus selon divers classifications que ceux qui le désir pourront trouver dans les billets susmentionnés. Or, lors des manifestations seuls les scandales liés au PT (parti de Dilma, centre gauche) ont été dénoncés et nous fût proposé comme solution de simplement remplacer le PT par le PSDB. On aura déjà vu mieux et moins naïf. Qui a suivi un peu ces manifestations n'aura d'ailleurs pu que s'étonner du tri parmi les scandales effectué par les manifestants: rien sur le trensalão, rien sur le mensalão mineiro (tucano), rien... Apparemment la corruption n'intéresse que si elle touche un parti. 

Pour les lusophone, cette interview de Ricardo Semler, à consulter ici, présente la vision d'un Brésil moins corrompu qu'il ne l'a jamais été. On retrouve là un thème cher à Médiapart, en effet, si la justice fait mieux son travail, on découvre plus de scandales, mathématique. Ce n'est pas pour autant que la corruption a augmenté. Et à long terme, pour éradiquer la corruption, il faut en passer par cette phase difficile qui est de mettre au grand jour toutes ces pratiques, c'est bien dans cette phase que s'est engagé le Brésil.

Pour l'éducation. On pouvait encore avoir des doutes sur les bonnes intentions de ces nouveaux justiciers, du moins jusqu'à ce lundi 27 Avril. Les professeurs du Paraná sont allés manifester dans la rue pour dénoncer la gestion catastrophique du gouverneur (PSDB) Beto Richa qui, en conséquence, a décidé de modifier le système des pensions de retraites et de précariser un peu plus les professeurs déjà dans une situation peu enviable au Brésil. Plusieurs vidéos montrent clairement la police attaquer les manifestants. Rappelons en plus que la plupart des professeurs au Brésil sont des femmes plutôt quarantenaires ou cinquantenaires compte tenu du blocage des concours publiques, nous sommes donc loin des "Black Blocs" décrit par le canal Globo, canal du "Citizen Kane". Bilan, 200 bléssés. Des scènes de guerre en plein Curitiba, capital du Paraná.

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Cette fois, pas de mobilisation des "Rovoltados on-line" ("Révoltés on-line") ceux-là même qui soit-disant étaient apolitiques et voulaient un "Brésil meilleur" n'ont pas levé le petit doigt pour dénoncer l'extrême violence des policiers envers les professeurs. Même chose dans l'état de São Paulo où plus de 60 000 professeurs ont manifesté contre le gouverneur Geraldo Alckmin (PSDB). 

L'enseignement secondaire dépend des états et non de l'état fédéral. Peut-être que ceci explique le silence de Globo sur ces manifestations, le silence des prétendus "Révoltés" qui veulent une meilleur éducation, et le silence des grands médias en général.

Amnisty International a dénoncé la violence disproportionnée de la police ainsi qu'une atteinte grave à la liberté d'expression et de manifester pacifiquement.

L'enseignement au Brésil est dans une situation critique, les professeurs sont mal payés au regards des salaires qu'ils pourraient espérer dans d'autres filières. Il serait bon que les grands médias si préoccupés par le progrès du Brésil ainsi que les justiciers et chevaliers blancs se mobilisent pour défendre les professeurs qui chaque jours font face à des classes nombreuses et des situations difficiles.

Durant la dernière manifestation, beaucoup de professeurs ont été blessés, il y avait de quoi faire du sensationnel, dommage que Paranagua et Le Monde n'est pas relayé l'information comme ils ont pu relayer les informations fausses sur les prétendus un million de manifestants anti-Dilma. On ne se refait pas, visiblement.

 

 

 

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