La guerre idéoloque et médiatique que la gauche devra mener

La France Insoumise a réalisé un score historique pour la gauche solidaire, progressiste et écologiste. Maintenant que cette force s'est montrée crédible et en position d'accéder au pouvoir, le plus dure reste à faire. Et ça va être très violent, soyez en sûrs.

Les sympathisants de cette nouvelle gauche, sont aujourd'hui partagés entre la satisfaction d'avoir réalisé un tel score et le déception de ne pas avoir pu aller au second tour, pour ensuite subir les attaques les plus folles des chiens de gardes.

Les deux dernières semaines ne sont que l'avant goût de ce à quoi il faut se préparer.

1 - Le silence des médias

La FI a fait un score très haut, mais il ne faut pas s'attendre à ce qu'à partir de maintenant, le mouvement bénéficie d'une couverture médiatique normale, bien au contraire. Il suffit pour s'en convaincre d'aller sur la page d’accueil du Monde (08/05/2017). On nous parle d'En Marche, de la droite, du FN et même des cendres du PS et rien sur la FI... Ça n'est que le début, il va falloir s'y habituer et continuer à investir tous les autres espaces disponibles pour pouvoir atteindre les gens. Les meetings, les réunions de groupe, les réseaux sociaux et ainsi de suite.

Rappelons les chiffres du CSA avant le premier tour : 176h de télé pour Mélenchon, 245h pour Macron, 247h pour Le Pen, 274h pour le PS et 318h pour Fillon. Les données sont dans cet article de Marianne.

A la vue de tels chiffres, il n'y a pas grand chose à ajouter, ni de quoi justifier quoi que ce soit, il s'agit d'un très grave problème démocratique.

2 - La caricature, la peur.

On a déjà pu voir la violence de la stratégie à l’œuvre pendant le second tour. "Les FI c'est comme le FN". Cet argument a été rabâché, et beaucoup par des pseudo-socialiste d'ailleurs. Il va falloir parler du programme encore et toujours, car ce martellement laisse des traces, principalement parmi les analphabètes politiques qui sont encore nombreux en France. Cette difficulté est aussi ce qui nous éloigne encore et toujours des grands médias où règne la dictature de l'interview express et de la petite phrase, ne laissant ainsi aucun espace à une réflexion plus mesurée et par la même moins manichéenne. Dans la vision des grands médias, critiquer l’Europe libérale équivaut à être anti-européen. Préparer un plan B pour être en mesure de négocier face à des gens aussi intransigeants que Merkel et Schauble n'est pas du réalisme de ce que sont les négociations internationales qui se font sur une base de rapport de force mais une volonté pure et simple de quitter l’Europe. Il va falloir argumenter encore et toujours.

La peur. Un mal lancinant et nocif. On aura tout entendu durant la dernière ascension de la FI. Les chars soviétiques étaient aux portes de Paris, Che Guverra allait ressuscité, la dictature Bolivarienne menaçait... Tout a été bon. Même si l’ineptie de ces accusations est patente, une sensation, un mauvais sentiment reste. J'ai croisé beaucoup de gens me répétant n'importe quoi sur la FI, que le mouvement voulais sortir de l'Europe, ce qui est faux, que la FI appuyait Assad, ce qui est faux. Donc il faudra continuer à précher dans le désert arride, asséché par la bêtise et l'arrogance des grands médias.

Rappelons la une du figaro annonçant l'avènement de la dictature bolivarienne avec MélenChavez, tout ces articles hallucinants de délire paranoïaque : le Figaro ici, l'express ici, le monde ici,  rappelons cette interview surréaliste d'Alexis Corbière par Martin Weil, où il n'a pas un instant été demandé à Corbière d'expliquer la politique internationale de Mélenchon mais de lui faire dire coûte que coûte que Mélenchon est un admirateur inconditionnel de Chavez, "Avoue!!! Avoue Corbière que tu es un révolutionnaire, chaviste, bolivarien, dictateur rouge", on exagère à peine, l'interview, ou plutôt l'interrogatoire orienté, vaut la peine d'être visionné et d'être comparée à la même interview face à Macron. La comparaison est frappante, Macron a le droit à des questions respectueuses, posées sur un ton calme, on lui demande, il n'est pas invité à répondre ce que le journalise veut qu'il réponde, non, il donne sa réponse sans être coupé, tout le contraire de l'interview de Corbière. Corbière aura eu beau répondre au début de l'interview que ces régimes ne sont pas des exemples, il n'y aura rien à faire, tout sera fait pour lui faire dire qu'en fait si, il admire forcément fidèle Castro et que sais-je encore.

Pour ce qui est des articles, certains ne sont pas complètement à charge, mais le travail est fait quand même, on sait que beaucoup de lecteurs ne lisent plus que les titres. Donc, au final, le travail est fait, on a bien fait tenir dans le même titre Mélenchon et Chavez, ou Venezuela, ou dictateur (accusation d'ailleurs reprise par notre président à qui la démocratie tient si à cœur qu'il a renié pratiquement toutes ses promesses électorales et abusé du 49-3...).

 3 - Anti médias primaire?

 Il ne s'agit pas de tomber dans l'anti journaliste primaire, une fois de plus certains esprits de très courte vue, assimileront la critiques des grands médias et leurs pratiques à une critique des journalistes. Bourdieu a amplement décrit les effets moutonniers qu'ont les formations des journalistes et leur sélection qui s'effectue toujours peu ou prou dans les mêmes classes sociales, rendant ainsi impossible une réelle pluralité des médias.

On pourra également lire la très pertinente analyse du sociologue Alain accardo sur le sujet. Il ne s'agit pas d'être fou furieux et de taper aveuglement sur les journaliste comme ont pu le faire Fillon ou Le Pen. Il s'agit d'être bien conscient de la guerre idéologique pernicieuse qui se joue, à coup de petite phrases, de temps de paroles, d'associations sémantiques, de nouveaux mots dont peu de journaliste seraient bien capable de nous donner une définition ("populisme", qui veut bien me définir ce mot poubelle qui ne leur sert qu'à discréditer les candidats qui ne leur semble pas "sérieux"), d'attitudes condescendantes.

Parlant d'attitudes condescendantes, j'imagine que beaucoup auront relevé hier soir sur France 2 la réponse profondément révélatrice de Bayrou à Corbière: "Nous mènerons notre politique sans vous". Cette phrase n'a évidemment pas été commenté par Pujadas, elle est passée comme une lettre à la poste, elle révèle pourtant la violence profonde de ces gens qui s’accaparent la pouvoir et qui n'ont que faire du reste, quitte à les écraser. Et lorsque je dis qui s'accaparent le pouvoir, je pèse mes mots, il suffit de voir comment les anciens ennemis du PS et des LR étaient déjà en train de faire des ronds de jambes à Macron, pour se préparer une petite place de ministre. Un véritable concours de Jean-Vincent Placé en direct sur le plateau de France 2, une petite court de monarque dans toute sa splendeur grotesque. Comme toutes les convictions sont bien vite rangées au placard quand il y a une petite place à gagner !

 4 - A l'avenir

Ainsi, les gens de gauches qui désirent l'avènement d'un projet solidaire et écologiste doivent être conscients de la véritable guerre idéologique qui se joue, que tout les coups seront permis, surtout les plus insidieux, les plus sournois, histoire de préserver le vernis d'une presse plurielle et démocratique.

Il faudra tout faire pour garder son calme, ne pas déraper, encore et toujours argumenter car la campagne de JLM l'a prouvé, il est encore possible d'expliquer aux gens, de les convaincre par la raison, malgré la peur et les caricatures savamment distillées au gré de titres et d'éditos de gens sérieux et qui savent (quoi, personne ne le sais, mais ils le savent). Garder son calme est essentiel, sinon c'est notre perte, car nous donnerions exactement l'image qu'ils attendent de nous : des énervés avec des yeux rouge de haine bolivarienne. Soyons intelligents, patients et continuons notre travail de fond, la victoire est possible, nous nous en rapprochons chaque fois un peu plus!

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