Les faits, rien que les faits!

Lorsque la cartuniste Rayma a été "démissionée" de son journal pour avoir critiqué le gouvernement de Chavez, le journaliste Paranagua, un tantinet marqué très à droite, voir, disons le carrément, réactionnaire (il suffit d'aller sur son blog pour se faire une idée) s'est empressé de prendre la défense de la caricaturiste, criant haro sur la dictature sanguinaire Vénézuélienne. Il est évidemment légitime et nécessaire de dénoncer cette censure, pour autant, en conclure que le régime Venezuelien est une dictature semble à tout le moins un raisonnement assez expéditif que Paranagua s'empresse d'expédier.

Hier, le chroniqueur Xico Sá de la Folha de São Paulo a été également "démissionné" car voulant publier une chronique favorable à Dilma. On sait l'orientation très à droite de la Folha et son soutient à peine voilé au candidat Aécio Neves, rival de Dilma.

Evidemment, j'ai beau chercher sur internet, je ne vois toujours pas le moindre billet sur cette censure grave de la presse, rien sur Le Monde et encore moins que rien sur le blog de Monsieur Paranagua. C'est dommage, en ces temps de campagne électorale au Brésil, s'émouvoir d'une telle atteinte à la liberté de la presse ne me semblait pas superflu.

Au delà du parti pris évident dans la manière de couvrir ou non les faits, cela démontre, au mieux une grande méconnaissance de l'histoire de l'Amérique Latine, au pire un grand mépris pour ce continent.

Il faut se rappeler le rôle que la presse réactionnaire, détenue para quelques grandes familles, a eu dans l'avènement des différentes dictatures sud américaines. Ces médias ont largement contribué a créer les climats de violence et de haine qui furent le terreaux des coups d'états successifs. Ces médias, bénéficiant d'énormes fonds privés et pour beaucoup liés aux intérêts américains ont participé activement à l'avènement des régimes tortionnaires de l'Amérique Latine.

Aujourd'hui, au Brésil, cet héritage est toujours présent, nos principaux médias étant tous issus de la dictature (Globo a été créé sous la dictature et si la Folha a appuyé les mouvement en faveur de la démocratie à la fin de la dictature, on le sait aujourd'hui, ce fût par pur opportunisme).

Au Venezuela, l'opposition réclame sans cesse des élections qui ont pourtant lieux régulièrement. L'opposition tue et utilise les mêmes techniques utilisées par l'extrême droite sud américaine des années 70. Paranagua ne s'en émeut pas. 
Au Brésil, la candidature de Aécio Neves est profondément réactionnaire. Le candidat Neves a largement profité du système népotique qui régnait au sein de l'oligarchie en place sous la dictature militaro-civil. Le fait qu'il soit un héritier directe de l'oligarchie en place sous la dictature et que sont ascension ait commencé sous la dictature ne peut pas laisser indifférent. 

Cette droite directement issue des régimes dictatoriaux et bien souvent nostalgique de cette époque est largement présente ici et très active.

Cette complaisance envers ces gens là, cette  manière partisane de couvrir des faits pourtant similaires (en l'occurrence l'atteinte à la liberté de la presse au Venezuela et au Brésil) ne peut qu'alerter le lecteur conscient de ce passé douloureux. Il est fort regrettable que le monde traite ces faits avec tant de légèreté et d'ignorance de l'histoire. 

 

 

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