Lutte contre l'évasion fiscale, les premières retombées des nouvelles mesures.

La lutte contre l'évasion fiscale est, on le sait, le nouveau credo du gouvernement français. Des questionnaires ont été mis en place, la traque est implacable, j'en ai fait les frais et je publie ce témoignage choc. Une plongée étonnante et impressionnante dans l'arsenal anti-fraude déployé par le fisc français. Apple, la Société Générale, Amazone sont d'ors et déjà sur la sellette.

Depuis de nombreuses années je vis à l'étranger, j'y travaille et j'y paye mes impôts. Ces dernières années de nombreux scandales relatifs à l'évasion et à la fraude fiscale ont éclatés en France. De manière absurde, les français de l'étranger sont devenus des "méchants", associés aux évadés fiscaux, sachant qu'en réalité la plupart des évadés fiscaux résident bien en France expatriant uniquement leur argent dans des paradis où l’impôt n'existe pas ou est réduit à la portion congrue.
Alors, suite à ces scandales (bien réels), il faut s'agiter et les politiques se pressent pour montrer qu'ils seront intraitables. Le résultat de toute cette agitation est que le citoyen lambda qui bosse à l'étranger doit à présent répondre à de nouveaux questionnaires casse-couilles sous peine de quoi le fisc lui tombera dessus. Bien, je m'exécute, je remplis cette nouvelle paperasse en pensant à ces Bernard Arnaud et compagnie, savent-ils seulement qu'il existe ces nouvelles règles? On imagine à quel point cela leur passe par dessus, étant donné qu'une armée d'avocats s'occupera de ces formalités et aura préalablement dûment optimisé tout ceci de manière à ne rien payer et ce, en tout légalité.
Seulement pour le simple manant, il faut s'y coller et avec de surcroît la menace d'être cloué au pilori si d'aventure le questionnaire fatidique était mal rempli.

Je médite la dessus. Une fois de plus, ceux qui ont de la thune à en faire craquer leur baraque fraudent en toute légalité. De là le scandale générant de nouvelles règles qui continueront à n'empêcher en rien ces puissants à frauder mais qui seront autant de règles supplémentaires pour ceux qui n'ont même pas de quoi frauder, mais tout est bien dans le meilleur des mondes, le pouvoir publique et politique a gesticulé, les blablateurs des matinales en ont profité pour aller déverser leurs belles paroles à la radio, magnifique.

Et voilà que deux mois après avoir remplis les papiers, ma banque m'envoie un mail. Je n'aurai pas envoyé les papiers et, grand dieu ! le fisc va me tombé dessus sans plus attendre si je ne renvoie pas la divine paperasse, sésame de ma tranquillité.
Seulement, il y a deux petits détails:
1- je retrouve le mail avec les papiers remplis et scannés que je leur ai envoyé (les papiers ont été envoyés à ma banque où je détiens mon compte français que j'ai choisi de maintenir par simple commodité)
2- ma banque se trouve être la Société Générale, banque, s'il en est, spécialiste en fraude et évasion fiscale en tout genre dont le nom se trouve dans tout ce qui existe de scandale je-ne-sais-quoi-papers.


Que puis-je faire? Rien, je suis obligé de répondre à ces bandits fiscaux qui me menacent des poursuites du fisc. Alors je leur répond, moi-même, n'ayant pas non plus d'avocat fiscaliste qui puisse le faire à ma place, et je me permets une réponse légèrement acide, car c'est bien tout ce qui nous reste, un léger goût acide:

"Bonjour,

J'espère cette fois, avec ces papiers ci (déjà envoyés préalablement), que la société générale sera en mesure d'expliquer au fisc que je n'ai pas de compte dans un paradis fiscal, j'ose espérer que cela sera facile vu la connaissance approfondie de la société générale en ce qui concerne les paradis fiscaux.

Bien cordialement."

Ça ne sert pas à grand chose, mais c'est quand même bon de leur écrire ça.

Fiscalement vôtre.

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