Cuba, le nouveau pays du futur?

On ne va pas parler Fidel, ni guérilleros, ni dictature, mais transition énergétique, transition écologique et plein emploi. Donc du calme et pas besoin de s'emballer pour des sujets qui ne seront pas abordés ici.

L'objectif ici, n'est pas de parler de Fidel, ni de s'engager dans une discussion interminable sur le fait de savoir  si c'est un dictateur, si c'est un sauveur ou n'importe quoi d'autre. Franchement, donnez lui l'adjectif qui vous intéresse et poursuivons la discussion en s’intéressant aux cubains dont malheureusement on parle trop peu.

Ce qui m’intéresse ici est un petit documentaire sur le quel je suis tombé par hasard et de la manière suivante:

On nous parle tout le temps de la misère à Cuba, du blocus et que depuis que l'URSS a disparu ils n'ont plus d’appuis, seulement voilà, Cuba n'a toujours pas sombré au fin fond du golfe du Mexique...

Alors, que s'est-il passé?

En cherchant je suis tombé sur ce petit documentaire produit par la Community Solution, une association à but non lucratif liée au Antioch College :

La nouvelle révolution cubaine © Pamela Rodriguez

(lien de la video: https://www.youtube.com/watch?v=Vs6xoKmnYq8)

 

Évidemment, je n'ai pas eu le temps de tout vérifier, j'ai juste regardé dans le grandes lignes les données proposées auxquelles je n'ai pas trouvé grand chose à redire.

Le petit problème est que le documentaire n'est pas disponible en français, uniquement en anglais avec des légendes en espagnol. Pour ceux qui comprennent ces langues, je ne peux que recommander de visionner le documentaire assez surprenant. Pour les autres, je vais aborder quelques points qui m'ont semblé marquants:

Le Peak Oil.

Expliquez ça simplement n'est pas tout à fait la plus aisée des choses. Mais grosso modo, le Peak Oil (le pic de pétrole) est le point culminant de la courbe de production du pétrole dans le monde. Passé ce point la production chute et on se dirige vers la fin inexorable des ressources pétrolifères. Dis comme ça, ça paraît simple, mais évidemment tout se complique lorsqu'il s'agit de savoir quand exactement allons-nous atteindre ce fameux pic et même si nous ne l'avons pas déjà atteint. Je ne vais pas me risquer à m'aventurer dans ce débat, mais ce que l'on peut retenir c'est que la planète terre est un ensemble fini, qui contient l'ensemble des ressources de pétrole et qui sont donc, par voix de conséquence, elles-mêmes finies (donc l'existence du pic est prouvée). Mais, en quoi cela a-t-il à voir avec Cuba? Et bien, l'étude du fameux "Peak Oil" ne se résume pas au pic en soi, mais à ce que l'on fera ensuite et comment nos sociétés pourront réaliser la transition post-pétrole. Et c'est exactement là que Cuba entre en jeu, comme une sorte de laboratoire à ciel ouvert, et ce, à cause do blocus imposé à Cuba et qui a engendré ce que les cubains ont appelé "el período especial".

El período especial

La période spéciale est une crise économique très grave qui a eu lieu à cuba à partir des années 1990-1991 et qui a pris fin progressivement entre les années 1995 et 1997. Cette crise a été due à deux facteurs importants: la chute de l'union soviétique et le renforcement du blocus imposé par les États-Unis à Cuba.
Pour résumer assez grossièrement les choses, on peut dire que avant cette période, l'économie cubaine était soutenue à bout de bras par l'URSS. L'union soviétique envoyait du pétrole, des engrais, des tracteurs, et toute chose manufacturée à Cuba et Cuba en échange exportait sa canne à sucre (principalement) et ses autres ressources première en URSS.
Une fois que le bloc soviétique s'est écroulé, tout ce petit commerce s'est effondré. Rajoutez à cela le blocus américain et il est assez facile de se faire une idée de la situation dans laquelle se sont retrouvés les cubains, une situation que l'on peut qualifier sans trop se risquer de merdique.
Le point assez crucial qui est abordé dans le documentaire est que l'une des choses qui a principalement manqué à Cuba fut le pétrole. Cette pénurie forcée a obligé Cuba et surtout sa population à développer des techniques alternatives et innovantes.


L'agriculture

Suite à cette crise, les cubains ont traversé une situation peut-être pas de famine, mais en tout cas de forte pénurie alimentaire. En effet, toute la nourriture venait de l’extérieur et presque rien n'était produit à Cuba. Donc il a fallut trouver des solutions rapidement.

Dans un premier temps les habitants eux-même se sont mobilisés localement. Ils ont planté des potagers dans les terrains abandonnés.

Ensuite l'état cubain a mis en place une grande réforme agraire en distribuant des terres à des petits producteurs. Aujourd'hui les premiers producteurs, sont les petits producteurs (un propriétaire et sa terre, même s'il n'est pas exactement propriétaire, puisque l'état lui cède l'usage de la terre), viennent ensuite les coopératives, puis les fermes étatiques qui fournissent les hôpitaux, les crèches et les écoles.

La première conséquence est qu'est apparue à marche forcée une nouvelle agriculture locale, car n'ayant plus de pétrole, les producteurs vendent dans la ville même où ils produisent ou dans le voisinage directe. Ainsi, la havane produit sur sa commune, la majeur partie de sa consommation (50% de la consommation de la capitale résulte de l'agriculture urbaine de la Havane même et est distribuée dans 1000 points de ventes éparpillés dans la ville).

N'ayant plus de pétrole, il n'est également plus possible pour Cuba de produire des pesticides chimique et encore moins de les importer "grâce" au blocus américain. Ainsi, Cuba a drastiquement réduit sa consommation de pesticides chimiques et produit à présent des bio-pesticides fruit de sa recherche. Car cuba ayant un système éducatif des plus performant, elle avait sur place une main d’œuvre qualifiée qui a put mettre en place de nouvelles solutions techniques. Je ne fais pas là de la propagande communiste ou castriste, qui bien le veut trouvera les données largement disponibles sur les systèmes éducatifs et de santé de cuba qui sont mondialement reconnus. Je mets quand même en lien ce rapport. Je reviendrai un peu plus loin d'ailleurs sur l'éducation pendant la crise de la période spéciale.

Enfin, le secteur primaire à Cuba est maintenant en extension et les agriculteurs cubains possèdent un niveau de revenu qui leur permet de bien vivre et qui attire de plus en plus de monde. Le secteur primaire cubain, au moment du documentaire employait 20% de la population. Chiffre à rapprocher des chiffres français et de la situation toujours plus précaire des agriculteurs français (ce rapport, ou il suffit de se souvenir de la crise Lactalis...) qui ne vivent plus qu'en parti de leur revenus et qui n'y arriveraient pas sans les aides européennes.

Pendant la crise, une équipe d'australiens est venue aider les cubains à installer un système de production bio et de permaculture qui est aujourd'hui très productif et qui est en voix de garantir l'autonomie alimentaire du pays. La France elle, ne possède que quelques jours de réserves si les importations venaient à cesser brutalement.  De plus, aujourd'hui 80% de la production alimentaire à Cuba est bio.

Les transports

Tout n'est pas réglés, mais on peut observer l'importance qu'on eu les vélos pour subvenir aux besoins des déplacements sur petite distance et des transports en communs. Toutefois, la société a dû être repensée au delà du simple développement de transports en communs car consommateurs de pétrole et donc problématiques. Ainsi, une politique de relocalisation très forte a eu lieu à Cuba de manière à ce que les habitants puissent faire le maximum de choses dans leur voisinage immédiat. Un exemple extrêmement intéressant de l'application de cette politique est l'éducation.

L'éducation

L'éducation a été fortement décentralisée, y compris les universités (voir le documentaire et le même rapport). Même si les taux de scolarisation ont baissé pendant la crise del período especial, ils ont retrouvé leurs niveaux d'avant 1990 dès 1998. Les universités ont été délocalisées en plusieurs petites unités reparties sur l'ile permettant ainsi l'accès au plus grand nombre tout en limitant les déplacements.

La santé

La aussi, c'est assez surprenant et plutôt à contre pied de ce qui se pratique par chez nous lorsque "c'est la crise". Malgré la crise, l'état n'a pas coupé l'investissement dans la santé et a continué par exemple à présenter un taux de mortalité infantile similaire (un peu inférieur en fait) à celui des États-Unis. Même chose pour l'espérance de vie qui est resté sensiblement aux mêmes niveaux durant la crise.

L'énergie

Comme je l'ai expliqué plus haut, il y a eu (et a toujours) une politique urbaine visant à limiter les déplacement en créant des quartiers avec tous les services nécessaires et le développement de production locale). Ils ont commencé à utliser la canne à sucre comme combustible, ainsi que commencé à installer des panneaux solaires.

Une expérience, surtout grandeur nature , c'est toujours un peu le bordel mais toujours interessant.

Évidemment, il y a toujours pleins de problèmes (la fameuse pénurie des savons à cuba), mais cela n'empêche pas que Cuba, par sa situation d'isolement exceptionnelle (du point de vue "scientifique"), constitue une véritable expérience pour l’élaboration in-situ de solutions pour l'après pétrole. Il est dommage que nos politiques ne s'y intéressent pas plus, notamment en ce qui concerne la politique agricole. Cuba, est aujourd'hui un pays qui est autonome sur le point de vue agricole avec une production à 80% bio, le tout, principalement produit par des petits producteurs représentant ainsi un secteur florissant et pourvoyeur d'emplois. Rien que cela, mériterait qu'on s'y intéresse un peu plus.

 

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