Brésil, les dessous du coup d'état mis au grand jour

Des écoutes téléphoniques révèlent que l'objectif de l'impeachment n'était pas la lutte contre la corruption mais bien la protection des corrompus. Dilma a payé pour avoir laissé la justice faire son travail.

Une conversation téléphonique, antérieure à la destition de Dilma, de l'actuel Ministre de la planification, revèle la panique à laquelle ont cédé les principaux responsables du PMDB (ancien allié du PT, aujourd'hui au pouvoir) et du PSDB (ancienne opposition aujourd'hui au pouvoir) à cause de l'enquête sur le sandale de la Lava-Jato.

Au cours de la conversation, le ministre Jucá dresse avec son interlocuteur, l'ex-président de la Transpetro (filiale de la Petrobras), un panorama catastrophé de la situation de l'enquête sur la Lava-Jato. Selon lui, l'unique moyen de mettre un frein à l'enquête est de destituer Dilma Rousseff, sans quoi l'enquête suivra son cours et mouillera ainsi trop de politiques. Une de ses préocupations est notamment la situation d'Aécio Neves, candidat malheureux du PSDB aux dernières élections présidentielles remportées par Dilma Rousseff, de plus en plus menacé par les développements de l'enquête.

Selon les deux hommes, un accord entre le PMDB et le PSDB est urgent afin de destituer Dilma  Rousseff pour ensuite pouvoir trouver un terrain d'entente avec le tribunal suprême fédéral (TSF -organe suprême de la justice brésilienne) afin de poser des limites à l'enquête et préserver ainsi les principaux responsables de ces deux formations qui sont aujourd'hui à la tête du gouvernement intérimaire.

Ces propos prennent une raisonnance particulière aujourd'hui quand on sait le rôle qu'a joué Jucá dans l'articulation d'une entente entre les partis d'oppostions dans le but de faire tomber la présidente élue Dilma Rousseff.

Cette conversation, révélée aujourd'hui par la Folha de São Paulo, ne fait que confirmer les manoeuvres déjà bien perceptibles de l'actuel gouvernement dans la non-lutte contre la corruption. Rappelons que ce gouvernement est arrivé au pouvoir au nom de la lutte contre la corruption...

Aujourd'hui, force est de constater qu'il n'y a jamais eu autant de ministres empêtrés dans des affaire: 5 minsitres du gouvernement intérimaire sont cités dans la Lava-Jato. Michel Temer, actuel président intérimaire, est lui-même cité dans l'affaire
De nombreux autres ministres intérimaires sont impliqués dans l'affaire des financements occultes de l'Odebrecht (grande entreprise de BTP).

Depuis la destitution de Dilma, des négociations ont eu lieu en coulisse avec le principal témoin de l'affaire Lava-Jato pour que le nom d'Aécio Neves n'apparaisse plus dans les dénonciations. 

Parallèlement, la "controladoria geral da união", organe fédéral de lutte contre la corruption est devenu un ministère, dépendant ainsi directement du gouvernement actuel et remettant ainsi gravement en cause son indépendance.

La conversation du ministre intérimaire révélée par la Folha est disponible ici.

 

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