L'impensée

Mediapart vient de nous faire profiter d'une soirée électorale riche en débats et en réfléxions, moment constructif, espèce de lumière ne se voulant pas le train au bout du tunnel. Une telle débâcle n'est pas une fin en soi, elle peut être le point de départ d'un renouveau, d'une autre gauche. Ou plus certainement, comme le tout nouveau gouvernement nous le montrera, cette débacle sera surement et tout simplement la renaissance de la gauche, puisque dire "autre gauche" suposerait que le gouvernement actuel est de gauche, ce qu´'il n'est définitivement plus et, à l'adresse des ceptiques, je fais confiance à notre nouveau premier ministre en com pour s'échiner à nous en faire la démonstration dans les mois à venir.

Mais là n'est pas le sujet de ce post, mais plutôt une nécessité de me libérer du traumatisme lié à l'accident e-navigatoire que je viens de subir. Résidant à l'étranger, je suis l'actualité française via internet, et emballé par les analyses de médiapart je me suis retrouvé entre deux pages du monde à cliquer sur cette vidéo: http://www.lemonde.fr/municipales/video/2014/03/31/pourquoi-hollande-a-t-il-choisi-valls_4393213_1828682.html

Je sais, je sais, lemonde n'est plus ce qu'il était depuis bien longtemps, mais vieux réflèxe oblige ou inaltérable naiveté, c'est selon.

Et soudain, la vérité crue et brute du vide politique. La non-analyse poussée à son paroxysme. S'agit-il d'acteurs venus du théatre de l'absurde se foutant de nous? Apparement non, du moins ont-ils l'air sérieux. 

Alors messieurs les spécialistes, pourquoi Valls?

Et bien parce que le président "nous a compris et nous ne le comprenons pas". Et voilà donc la solution, cette nouvelle équipe, qui va être "énérgique", avec un premier ministre qui a du "charisme", venant d'une "nouvelle génération" et, cerise sur le gâteau, bon en "communication".

Alors, à ce stade évidemment, il ne faut plus chercher à parler sérieusement. Sombrer dans le cynisme est probablement ce qui peut nous permettre d'en rire plutôt que d'en pleurer à mourir. 

Alors donc un grand merci à l'analyse non politique. Merci de nous expliquer que la politique, finalement on s'en fout, ce qui nous intéresse c'est le carrisme de l'ami Valls, et son excellente capacité de communicant qui vont sauver la situation du naufragé Elyséen perdu en mer d'ignorance.

Puis, soudainement, l'aveux, sans s'en rendre compte, l'éclair lucide, le seul, de cette litanie insipide. Que cherche donc à sauver ce gouvernement? Vient cette réponse, si Hollande n'avait pas choisi Valls, "il prenait le risque de perdre ce qui lui restait de crédible, c'est-à-dire, Bruxelles et les marchés financiers".

C'est vrai, on a été un peu con de se dire, "cette fois il va comprendre que si on l'a mis là c'est pour une politique de gauche", ça fait bien longtemps que nous n'avons effectivement plus de crédibilité reciproque. Le président qui n'est plus crédible pour nous, et nous, qui ne sommes plus crédibles pour lui. Alors maintenant, dans ce dialogue de sourd entre gens non crédibles, on aura un bon premier communicant, qui va nous marteler (probablement au figuré comme au sens propre) que c'est celle-là la bonne politique, nous faire comprendre que nous sommes des idiots de ne pas voir que c'est cette politique qui rend les marchés financiers et Bruxelles heureux.

La "finance est mon ennemie" alors, bon sang, faites un peu l'effort de comprendre que faire du bien à notre ennemi c'est bon pour vous. 

On retiendra, en guise de conclusion, la définition de la schizophrénie, lue dans wikipédia:

"La schizophrénie est une maladie mentale se développant généralement au début de la vie adulte. Elle est caractérisée par des difficultés à partager une interprétation du réel avec les autres, ce qui entraîne des comportements et des discours bizarres, parfois délirants."

 

 

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