Mort de Pierre Péan: l’incroyable aveu de l’Elysée

S’associant à l’émotion de l’éditocratie française ainsi que de tout ce que le pays possède de journalisme de cour, l’Elysée a publié un hommage vibrant à l’écrivain Pierre Péan, mort le 25 juillet 2019. Il y est fait un éloge à peine voilée d’un journalisme connivent du pouvoir, et un plaidoyer à l’un de ses plus fidèles serviteurs.

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/07/26/deces-de-pierre-pean

 

En effet, dans son pamphlet «Noires fureurs et Blancs menteurs », Pierre Péan s’était attaché à défendre le bilan de la politique menée par l’état français au Rwanda, ceci malgré le génocide des Tutsi ayant fait entre 800,000 et 1 million de morts, et surtout malgré le soutien inconditionnel de l’entourage mitterrandien au régime raciste puis génocidaire du président rwandais Juvénal Habyarimana, et de son organe successeur le GIR, gouvernement intérimaire rwandais, qui pilota et encadra l’exécution du génocide après l’assassinat de ce dernier.

Dans la défense de l’inventaire mitterrandien, le journaliste reprenait à son compte sans la moindre distance, les thèses négationnistes véhiculées par les anciens génocidaires lors de leur procés devant le TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) à Arusha ; ainsi que celles de la diaspora rwandaise nostalgique de l’ancien régime (diaspora disséminée dans différents pays à travers le monde, mais principalement en France (fort hospitalière avec les dignitaires suspectés de participation au génocide des Tutsi du Rwanda)). Mais, c’était également un alignement sur les positions de l’entourage du président François Mitterrand, représenté aujourd’hui principalement par le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, Hubert Védrine, prêt à tout pour sauver son honneur et celui de l’ancien président français, quitte à frayer avec le négationnisme le plus crasse.

Car Pierre Péan reprenait également largement les thèses racistes véhiculées durant les 4 années précédant le génocide dans le journal extrémiste Kangura, organe aux mains des extrémistes, qui prépara les esprits à la haine des Tusti, préalable à l’éxécution du génocide.

C’est donc à ce glorieux bilan que l’Elysée rend hommage car le livre «Noires fureurs et Blancs menteurs » est l’un des 3 livres listés.

Par ailleurs, 2 passages du texte élyséen trahissent la connivence du pouvoir avec le journaliste:

« Mais jamais Pierre Péan ne cherchait à s’ériger en procureur, encore moins en moraliste. »

Manifestement, Pierre Péan ne cherchait pas à mettre le pouvoir en difficulté. Sur ce point, on ne peut donner tort au texte de l’Elysée.

« Farouchement libre et indépendant, rétif aux sujets en vogue et aux modes médiatiques, il n’avait jamais peur de soulever les couvercles qui recouvrent parfois les événements du passé, la marche des Etats et la vie des puissants. Mais il avait aussi le respect du secret défense et savait que la transparence absolue pouvait devenir une tyrannie. »

Voilà donc que Pierre Péan avait « le respect du secret défense ». Voilà qui est fort charmant pour les différents pouvoirs en place, … sachant que l’utilisation de cet artifice fort peu démocratique n’est en aucun cas détourné sans vergogne pour assurer l’impunité des gouvernants dans leurs pires turpitudes (comme celle de se rendre possiblement complice du génocide des Tutsi du Rwanda). 

Quand à l’affirmation selon laquelle « la transparence absolue pouvait devenir une tyrannie », antienne répétée avec archarnement par Hubert Védrine, faut-il encore la commenter tellement elle est caricaturale et défendue par ceux qui semblent avoir beaucoup à cacher. 

De  plus cette assertion comme l’ensemble de l’hommage au serviteur de l’état que fût Pierre Péan, comment de pas y voir une critique acerbe du travail de Mediapart, au moment où celui-ci est l’un des seuls et derniers média à avoir le courage de mettre en cause avec persévérance les dérives du pouvoir actuel ? 

Ainsi, l’Elysée, profitant de la mort de Pierre Péan, voudrait redéfinir le « bon » et le « mauvais » journalisme, appointant à qui de droit le qualificatif de « Farouchement libre et indépendant ». Sublime oxymore ! 

Finalement, n’était-ce pas là indirectement le plus bel hommage que Mediapart pouvait recevoir ?

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