Drôle de Tour. Etape 4. Deux voltigeurs slovènes, et Guillaume Martin

Comme disait l'autre, le suiveur, qui n’a rien à se mettre sous la dent en salle de presse, dans une étape qui aurait pu finir au sprint (à 1800 m d'altitude) est un crapaud qui se souvient de sa boue.

Sisteron - Orcières-Merlette. 160,5 km.

Coup double mardi de deux brigadiers voltigeurs slovènes. 1er : Primoz Roglic (Jumbo Visma). 2ème : Tadej Pogacar (UAE Team Emirates). Julian Alaphilippe termine 5ème et garde le jaune. La fin d'étape a pu mettre en valeur Guillaume Martin (3èmesur la ligne) dans les 500 m de l'ascension. C'est drôlement beau face à ces deux fusées.

Le grimpeur normand de la Cofidis est diplômé de philosophie. L'Espagnol Pedro Horrillo, avant lui, avait su concilier sport et études. En donna des chroniques à El Pais au milieu des années 2000. Les belles années Rabobank. On pense aussi à Olivier Haralambon, coureur, journaliste, spécialiste de Merleau-Ponty, et qui publia en 2017 l'extraordinaire « Le coureur et  son ombre » (éd. Premier Parallèle) : un trésor commun.

Guillaume Martin Guillaume Martin
Martin est l'auteur d’un mémoire intitulé « Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ? » Le directeur de la faculté de philosophie de Nanterre, spécialiste des penseurs antiques, nous apprend La Croix, fut son directeur de thèse.

Guillaume Martin est déjà auteur d’ouvrages : Platon versus Platoche » (éd L’Harmattan) et plus récemment « Socrate à vélo » (éd. Grasset). Si certains pensent, d'autres pensent à l'étape du lendemain. Guillaume pense aussi au lendemain et aux jours suivants. C'est d'ailleurs ce qui est rassurant : il reste un athlète. Bon, c'est vrai, il lui arrive de descendre parfois dans la grotte de Platon. Comme le peloton, pour trouver de la fraîcheur.

Période étonnante qui déshabille les idées alors que sur le Tour, un homme maigre et en cuissard jongle avec les concepts, et les habille.

A ce propos il est fort possible que Guillaume Martin envoie, enfin s'il a le temps et la force, quelques lignes vers ce Blog. Si par chance il nous écrit nous publierons ces réflexions. A hauteur d'homme. A t-il dit.

Ce n'est pas donc pas ici que nous répondons  la question qui agite depuis 1998 le peloton et que l’immense Jankélévitch, dont la pensée lumineuse serpentait comme dans un lacet. Voici son interrogation qui nous agite depuis que le dopage a été éradiqué : « Le mensonge est-il sincère ? » Immédiatement, vu qu'on a l'esprit mal tourné,  Richard Virenque et Lance Armstrong nous sont venus à l'esprit. La liste n'est pas exhaustive.

Si le poète est perdu dans ses grands songes, le suiveur, lui, cherche souvent ses clefs de voiture.

Toutes les pertes ne sont pas métaphysiques. 

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