Drôle de Tour. Etape 13. Dopage et hérédité

L’amateur de cyclisme propre s'est étouffé alors que les Slovènes grimpaient, eux, quasi bouche fermée.

Châtel-Guyon - Puy Mary. 191,5 km.

On aime mieux souffrir que s'ennuyer, a dit un jour un ami.

L’amateur de cyclisme propre – et il y en a !– est, lui, tombé dans une phase de dépression profonde qui durera jusqu'à la fin du Tour. Il souffre atrocement, ses illusions se sont envolées lors de la 13e étape jugée au Puy Mary et remportée par le Colombien Daniel Martinez, vainqueur du dernier Dauphiné. Ce dernier avait auparavant fait le ménage dans un groupe d'échappés que le peloton des favoris avait regardé foutre le camp sans inquiétude, sachant que Martinez, en professeur de sauts périlleux en haute montagne, allait divertit la course. Il l'a fait de belle manière. Deux Allemands de Bora, Lennard Kämna et Maximilian Schachmann, suivent au classement du jour. Puis trois Français, langue pendante, derrière.

Le vélo de l'amateur de cyclisme propre est au plus mal. Pourquoi ? Car ça va trop vite. Guillaume Martin (3e hier matin) a pris près de 2’50'' dans les 11 derniers kilomètres. Bardet, lui aussi n’a pas tenu le coup dans le col de Néronne face à la cadence imposée par les Dupond et Dupont slovènes du Tour de France : Pogacar et Roglic . Hier soir l'équipe de Bardet déclarait son abandon. Il avait chuté à 30 bornes de l'arrivée. Commotion cérébrale, ont dit les toubibs.

L’amateur de cyclisme propre s'est étouffé alors que les Slovènes grimpaient, eux, quasi bouche fermée. Plus fort qu'Ullrich et Armstrong. C'est dire que la machine à remonter le temps fonctionne admirablement. Tout semble normal puisqu'on parle d’éblouissement.

Les suiveurs sont grisés. Ivres du vin tiré. Certains ont de la peine à en croire leurs yeux. D'autres parlent d’ascension mythologique. Il faut quand même garder du vocabulaire pour la semaine prochaine.

De ce point de vue, les suiveurs ressemblent à leurs pères qui avaient chanté Marco Pantani, Lance Armstrong et ce bon Bjarne Riis. Et Miguel Indurain ? Non pas lui : impossible, il montait les cols en apnée, 80 kilos tout de même, plus rapidement que les Colombiens actuels qui pèsent, allez, dans les 56 kilos tout mouillés. Cet Indurain était un rêve de beatnik. Un jour il faudra quand même lui demander ses références exactes. Quand il saura la vérité il s’étonnera lui-même : « Ah, bon, j’ai avalé tout ça en cinq tours remportés ?  Qui l'eut cru. »

Tout ça pour dire que le suiveur ne va pas facilement contre l’hérédité.

Revenons aux faits. Ces amateurs d'équité sportive ont un slogan surréaliste : « Nous voulons un cyclisme propre. » Ils sont réunis au sein d’un collectif. Il leur arrive de faire des pique-nique. Ils aiment le théâtre de rue. Mais hier le théâtre dans l'avant-dernière difficulté les a douchés, eux qui souhaitaient assister à la grande explosion poétique des Français. Ils voulaient forcer l’événement. Qu'il advienne. Puis surtout que le Tour parte coûte que coûte. Il y en allait de la France, de son histoire, de Clemenceau. Bref quasiment de Verdun (pas nécessairement de son vainqueur). 

Les petits Français allaient se montrer. On verrait ce qu'on verrait ! Ah ça, on a vu : une boucherie. Les Slovènes ont fait monter la course en mayonnaise. Le peloton s'est noyé dedans, y compris Alaphilippe qui s'est distingué un moment mais qui a coulé  à pic. Comme Bernal, dernier vainqueur du Tour, qui a pris 38 secondes dans la vue. Il est troisième. Il a quasi perdu son titre.

Résultat des ours : au général, Roglic 1, Pogacar 2,  Bernal 3 et... trois autres Colombiens, juste derrière, à l'affût. On va se taper encore huit jours de ménagerie.

Le Tour serait bien inspiré de faire payer l'entrée. Ses recettes sont vraiment en péril : le nouveau maire de Lyon a dit dans la presse qu’il n'aimait pas les jeux du cirque. Trop macho, trop polluant. En substance.

Poli, ou pas informé, il n'a pas parlé de dopage.

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