Drôle de Tour. Etapes 18 et 19. Fourbi cosmique et mante religieuse

Avec Ineos on était sans illusions, mais au moins on pouvait parler. Avec la Jumbo-Visma, c’est vraiment autre chose.

Méribel - La Roche-sur-Foron. 175 k.
Bourg-en-Bresse - Champagnole. 166.5 km.

L'auberge folklorique du Tour, avec des trous dans le plancher, sera à Paris dimanche. Sans Egan Bernal (Ineos), vainqueur l'an dernier, qui a mis un terme à son martyr mercredi : abandon. Jeudi, à La Roche-sur-Foron, deux de ses coéquipiers se distinguaient  (Kwiatkowski et Carapaz, avec deux minutes d'avance). Ou que la Jumbo-Visma a laissé se distinguer ?

L'équipe britannique Ineos fait meuble sur cette édition. Une plante verte a été déposée sur un napperon. Dans la vitrine Ineos, derrière le verre dépoli, faiblement éclairée , les bras et les jambes sans épaisseur de Chris Froome. A côté de lui, Geraint Thomas, qui, lui, paraît bien plus grand. Ils n'ont pas l'air bien féroces. Presque sympathiques. Le patron du Tour, de retour de sa «septaine» pour cause de Covid, est revenu donner un coup de chiffon avant que les déménageurs l'emportent pour la remiser au grenier.

Avec Ineos ont était sans illusions, mais au moins on pouvait parler. De la pluie et du beau temps. Voire des moyennes. Arguments contre arguments. Watts contre watts. L’arrogance était britannique mais le tyran était assez intelligent pour se rendre aimable.

Avec la Jumbo Visma, c’est vraiment autre chose.

Premièrement, nos observations les plus sûres se sont révélés assez exactes.

Deuxièmement, la Jumbo à tendance à dévorer n'importe quoi. Ça doit être un problème de vue? Ou alors ils n'obéissent plus à aucune règle?

Toujours est-il que l'équipe néerlandaise laisse rouler un temps. Puis se rapproche en meute, guidée par le Belge Wout Van Aert qui fait ça très bien. L'équipe attend alors comme chez le dentiste. Une fois refermée la revue (Trente millions d'amis ou Le Point), et au moment où l'équipe qui mène s'y attend le moins (par exemple Bahreïn-Merida jeudi), elle lui arrache la tête qui roule dans le fossé.

La meute Jumbo-Visma La meute Jumbo-Visma

Cette équipe néerlandaise a des mœurs de mante religieuse. Les travaux récents sur la mante n'ont pas permis d'éclairer ce point : pourquoi aussi s'attaquer à l'abdomen de la course, comme jeudi, en roulant comme des mabouls, notamment ce Van Aert qui est un barbare, en développant autant de watts en montée qu'une centrale à charbon?

Les plus grands professeurs de cyclisme, qui portent souvent des patronymes hollandais, se sont cassés les dents sur la mante. Il faut que croire l’éthologie est une science balbutiante.

Ineos avait atteint une sorte de maturité politique. C'était voyant, mais pas trop préoccupant. Ou du moins, on faisait en sorte que ça ne le soit pas. Il y avait comme une sorte de contrat social tacite avec le Tour : je vois bien que vous déconnez, mais ça ne dépasse pas les bornes.

Pour ne pas éclairer sous un jour trop cru les véritables performances, on parlait de lois naturelles à la faveur de nouvelles découvertes sur le comportement du mammifère cycliste : les gains marginaux.

Pourquoi pas ? On connaissait précisément les mœurs des chiens de prairie (US Postal) autour de Lance A. Des études ont été menées. Des dictionnaires publiés. Il suffit juste de l'ouvrir à la lettre D, comme dopage : tout y est, et même en latin de cuisine. 

Une question qu’il faudrait poser au patron du Tour : avez-vous des doutes sur les performance irréelles de Jumbo ? Pouvez-vous les exprimer ?

C'est un exercice dangereux de répondre à ces deux questions. C'est comme glisser sur le dos d'une baleine.

Depuis trois semaines, tout n'est que fourbi cosmique: le patron du Tour a foutu le camp une semaine pour Covid et Emmanuel Macron, en visite sur le Tour, il y a trois jours, nous a dit que les coureurs français (décapités par la fameuse mante) «ont du cœur». On se demande parfois qui lui fournit ses notes.

C'était sans compter les mantes religieuses, les ours slovènes et les lapins géants. Le Tour s'effrite sous nos yeux, mais des confrères vigilants écrivent que le Tour est «indestructible». Le journalisme c’est aussi de compter les tonneaux que fait le Tour. De gros travaux de carrosserie sont à prévoir dès lundi.

Après avoir triomphé à Lyon la semaine passée, le Danois Soren Kragh Andersen s'est offert une deuxième victoire d'étape, vendredi, à Champagnole, devant un autre Slovène, Luka Mezgec. Décidément !

Le classement général est toujours dominé par Roglic. On verra aujourd'hui, à l'issue du contre-la-montre entre Lure et la Planche des Belles Filles. Un prono: Roglic, Dumoulin, Van Aert, Kuss (tous de la Jumbo-Visma). On vous donne le quadruplé dans le désordre.

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