Drôle de Tour. Etape 1. La roue de l'infortune.

Ce fut hier une étape de changement d’époque, de terreur de solstice en quelque sorte.

Nice-Nice. 156 km.

La côte d'Azur serait-elle devenue hivernale et pluvieuse ? Aujourd'hui, dimanche, elle sera montagnarde. Ce fut hier une étape de changement d’époque, de terreur de solstice en quelque sorte. On a vu le peloton se regrouper comme des moutons derrière les chefs berger George Bennett et Tony Martin, de la Jumbo Visma. Halte au feu, semblaient-ils dire sous le déluge.

L'étape a été «émaillée» par des chutes, selon la fameuse expression que la profession de suiveur privilégie dans les comptes rendus.

La première étape a déjà fait éclater l'émail de pas mal d'équipes dont Ineos-Grenadier avec la chute de Pavel Sivakov (la fameuse pépite franco-russe de l'équipe anglaise, qui parle de plus en plus espagnol d'ailleurs) dont le père courait sous les couleurs d’Aubervilliers. C'était il y a un siècle.

Mais chutes aussi de Groupama-FDJ à la toute fin de l'étape, mais sous les trois derniers kilomètres : ça ne compte pas même si on finit avec trois minutes de retard. Pinot, maillot déchiré, a coupé la ligne dépité et furieux, accompagné notamment des bretons Valentin Madouas et David Gaudu. Ce dernier est son fidèle chevrier qui abat pour le leader de la formation de Madiot un boulot de titan en montagne.

Julian Alaphilippe lui aussi est tombé (Deceuninck-Quick Step). Tout comme Richie Porte (Trek-Segafredo). Le sprint a été lancé, privé d’un sacré paquet de grosses cuisses laissé sur le carreau par la chute sous la bannière des trois kilomètres, et a été remporté facilement par le vétéran norvégien Aleksander Kristoff (UAE-Team Emirates).

Premier maillot jaune du Tour sacrifié sur l'autel du bénéfice commercial. 

En d'autres termes : était-il raisonnable de faire partir cette édition sachant la situation sanitaire et surtout la probabilité, que l’on ne peut écarter, qu'une vague de contamination foute tout par terre. Le Tour, se drapant dans sa toge, répondit, les sandales encore humides : oui et à nouveau re-oui. Est-ce bien clair ?

Sans nous, ajoute le Tour, le cyclisme serait six-pieds sous terre. C'est un propos rappelé à chaque fois que cette hypothèse a été soulevée. On le sait le Tour a deux capitales : Boulogne Billancourt, son siège, et l'agence bancaire où sont logés ses comptes.

Ce midi, départ de l'étape 2 vers le Turini et le Col d’Eze. Arrivée à nouveau à Nice. Les coureurs seront 173 (176 sur la liste départ du Tour samedi).

Philippe Gilbert (rotule rouge) et John Degenkolb (genoux blancs à pois rouge). Philippe Gilbert (rotule rouge) et John Degenkolb (genoux blancs à pois rouge).
Déjà trois de chutes. Dont deux pour l'équipe belge Lotto-Soudal. L'Allemand John Degenkolb avait annoncé cette nuit la fin de son Tour 2020 :  «Je suis anéanti». Hors délais hier, pris dans une chute, il avait attendu son leader Caleb Ewan (six minutes de retard).

Le Wallon Philippe Gilbert, ancien champion du monde, lui, souffre d'une fracture de la rotule gauche, Même blessure qu’en 2018 après un accident dans la descente du Portet d'Aspet.

Une vraie canaille sympathique ce Gilbert, comme le cyclisme n'en fait plus de nos jours. Tous les chemins du doute ont souvent mené vers lui. Le gars est toujours plus blanc que blanc. On n’a jamais su exactement où, et par quels procédés, ses victoires se fabriquaient. Il répondait ironique et souriant invariablement : le travail. De toute façon, dans les sous-sols climatisés de sa banque monégasque  (il habite la Principauté), on ne trouvera que des croûtes de fromages.

L'Espagnol Rafael Valls de l'équipe Bahrain-McLaren, tombé lourdement hier, a lui aussi abandonné. Voilà l'équipe belge déjà réduite à 6 ce matin et le plus difficile est devant : l’enfer.   

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