Drôle de Tour. Etape 2. Alaphilippe et le «dernier des parrains»

Julian Alaphilippe gagne l’étape d’une demi roue sur la ligne devant le suisse Marc Hirschi. La formation belge du coureur français est aux anges. Son manager Patrick Lefevere également.

Nice-Nice. 186 km.

Julian Alaphilippe gagne l’étape d’une demi roue sur la ligne devant le suisse Marc Hirschi, qui se consolera avec le maillot blanc de meilleur jeune. Adam Yates est 3ème. Le peloton composé d'une grosse cinquantaine de coureurs est revenu fort dans le dernier kilomètre. Alaphilippe prend aussi le maillot jaune. Nous voilà prosternés, à plat ventre, face au sol tant la surprise est grande.

En fait non. Le leader de la Deceuninck-Quick Step l'avait claironné : cette étape je l'avais cochée. Il dédie son étape a son père décédé.

Le Français a attaqué dans les dernières difficultés du col des Quatre Chemins. Un vrai coup de fusil. L’expression est de Raphaël Geminiani (vainqueur du Premier Pas Dunlop 1943 et du grand prix de la montagne 1951) qui, à 95 ans, a suivi l'étape de sa maison de retraite en Auvergne.

Comment tout ça s'est passé ? Le Suisse Hirschi a pris la roue du champion français dans l'ascension des Quatre Chemins. Adam Yates a immédiatement giclé du peloton. C’était limpide et beau. 20 secondes à 6 km de l'arrivée. C’était joué.

La selle de Romain Bardet, dans le paddock des coureurs (interdit à la presse). La selle de Romain Bardet, dans le paddock des coureurs (interdit à la presse).
Derrière les Jumbo Visma, qui avaient mis en avant leur puissance dans le Col d’Eze, se sont un peu désunis. Robert Gesink a lâché peu à peu du mou et Tom Dumoulin, étourdi, a fait une touchette dans l’ascension, chutant mais revenant avec beaucoup d'aisance. Le soleil est revenu. Et Alaphilippe est donc en jaune.

La formation belge est aux anges. Son manager également. Patrick Lefevere, dans le milieu, passe pour le dernier des parrains. On vient lui baiser la main. Il dit : ah non, c'est trop, en minaudant. Le Flamand a toujours prétendu qu’il nourrissait ses formations successives à base de plantes aromatiques, de cœurs d’artichaut vinaigrette et de viande d’ours. Ce sont des recettes que l'on peut découper dans les magazines consacrés au vélo.

Le bon docteur Yvan Van Mol, fidèle au poste au sein de l'équipe, depuis, allez, la guerre de Troie, pose des ventouses en enflammant du coton hydrophile pour soulager les affections des bronches en cas de rhume. Rien de plus, dit le divin chauve qu'il est difficile d'approcher.

Lefevere dit qu’on lui en veut et que les autres directeurs sportifs sont jaloux de ses succès, comme les sœurs de Cendrillon. Surtout les Français qui sont bouchés et qui ne comprennent rien au vélo. 

Parfois Lefevere se fâche tout rouge Il est toujours assez sujet à l’apoplexie. Mais surtout il est procédurier. Il a fait rendre gorge il y a quelques années à un quotidien flamand qui l'avait accusé de doper ses coureurs. Depuis qu'il a fait condamner le quotidien, on lui fout une paix royale.

Avec l'âge, l'homme s'est moins indigné. Il se faisait aussi plus discret. A tel point qu'on ne l'aurait ne l'aurait pas reconnu au tabac du coin : avec le masque c'est délicat de mettre un nom sur un visage.

Sauf depuis trois jours. Lefevere a retrouvé tout son mordant. En effet il ne décolère pas contre Antoine Vayer, ancien entraîneur chez Festina devenu chroniqueur vélo pour l'Humanité, Libération, Le Monde et aujourd'hui à nouveau l'Huma.

Antoine Vayer c'est le chiffon rouge du taureau. Ce zébulon de la lutte anti-dopage a mis la main sur un document assez troublant. Mi-août le nouveau cannibale belge, Remco Evenepoel, 19 ans, qui n'était pas prévu sur le Tour, chute lourdement dans la descente du Tour de Lombardie.

Vayer, qui a des antennes partout, met en ligne sur twitter, jeudi dernier, les images de la Rai où l'on voit un directeur de l'équipe belge (Davide Bramati) ramasser ce qui ressemble à un boitier, un peu comme un transmetteur. Tout cela alors que le jeune prodige belge est vraiment dans un sale état (fracture du bassin) et entouré des services médicaux de la course. Et que fait Bramati ? Il ramasse ce qui traine suite à la chute. 

What Davide Bramati takes from Remco Evenepoel pocket? (after crash at Lombardia 2020) © VideoNew

Aujourd'hui conseiller de jeunes coureurs notamment, l'ancien entraîneur de Festina a toujours cultivé de solides inimitiés dans le milieu, mais aussi d’excellentes et fructueuses relations avec les acteurs de la lutte antidopage, y compris dans les instances du vélo. Il demande benoîtement sur twitter : c’est quoi cet objet, Davide ? (Davide Bramati). Nom d'oiseaux adressés à Vayer. Qui a une force : il répond toujours poliment. 

L'UCI a exigé des explications car la rumeur est tenace. Il s’agirait d’une boitier de transmissions de données Data. Et c'est interdit. Ou alors l’objet aurait une autre fonction ? Contrôle de la glycémie ?

L'équipe belge a réagi en racontant des carabistouilles dès le départ de l'affaire. Non il s’agissait de barres énergétiques, puis ensuite d’un bidon (rectangulaire, le bidon), avec une boisson énergisante qui donne des ailes.

Ces déclarations n'ont pas semblé convaincre David Lappartient, le président de l'UCI : «Nous avons saisi la CADF (la fondation antidopage) sur les images qu'on a pu voir à la télévision pour qu'elle mène son enquête, auditionne les personnes impliquées et qu'on en sache plus sur ce qui a pu être sorti de la poche de Remco Evenepoel», avait-t-il indiqué lors d'un point presse tenu à la veille du départ du Tour à Nice.

La presse belge, gonflant le buste, est indignée. Comment ? On salit sans preuves le futur grand que nous attendions depuis 46 ans ? Elle aurait bien harponné Vayer en salle de presse avec un fusil de pêche sous-marine. Elle ne la pas fait. On ne peut pourtant pas le louper, Antoine.

Il parle toute la journée à tout le monde. Une vraie pie borgne.  Il porte un pantacourt orange, comme les bouées que l'on trouve à bord des paquebots, avec des poches marsupiales.

De son côté le jeune belge, nous apprend twitter, a beaucoup pleuré dans les bras de son père à l'hôpital lorsqu'il a appris qu’un certain Antoine lui faisait des ennuis. Que le successeur d’Eddy Merckx pleure parce qu’un homme habillé comme un patrouilleur d’autoroute, doute raisonnablement de ses performances surnaturelles est tout à fait normal. Car Antoine Vayer est vraiment effrayant. Certains d'ailleurs n’en dorment pas, car Antoine twitte même au lit en poussant des rires sataniques. C'est surtout ça qui fout la trouille.

***

Lire aussi dans le Journal : Un Tour à La Trinité, que «Nice ne veut plus avoir sous les yeux»

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.