Ruth Elkrief, gendarme du journalisme de complaisance

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Le club des laquais de l’information, dont les effectifs sont déjà conséquents, aurait-il fait l’objet d’une nouvelle adhésion ? Recevant Louis-Marie Horeau, l’un des deux rédacteurs-en-chef avec Erik Emptaz du Canard Enchaîné, sur BFM-TV le 31 janvier, Ruth Elkrief lui a posé cette question à la fois ahurissante et hallucinante, qui a fait la joie des réseaux sociaux : 

« Avez-vous l’intention de feuilletonner longtemps ce poison lent qui influe sur l’élection ? » 

Vous avez bien lu, nous avons bien lu, vu et entendu. En d’autres termes, Ruth Elkrief, au lieu de saluer le travail d’investigation de ses confrères de l’hebdomadaire et de lui donner écho, s’est érigée en défenseur de l’ordre établi, a adressé une véritable condamnation et a exprimé un jugement sans appel et un authentique reproche. Ainsi ce garnement de Louis-Marie Horeau a été morigéné par la mère supérieure du couvent du journalisme de complaisance.

 Les enquêtes sont donc reléguées au rang de « poison ». La définition littérale du mot « poison » donnée par le Robert, le Littré et le TILF est la suivante : « Toute substance capable de troubler gravement ou d’interrompre les fonctions vitales d’un organisme ». Or ce qu’a fait en l’occurrence Le Canard Enchaîné, et ce que fait Mediapart depuis 2007, avec ses précieuses et irréfutables enquêtes,  c’est précisément d’empêcher que les « fonctions vitales » de la démocratie soient « gravement troublées » ou « interrompues ». Le seul « poison lent qui influe sur l’élection » c’est la corruption et le conflit d’intérêt d’une part et la confiscation de la démocratie et du pouvoir par une infime minorité d’autre part. Aux yeux de Ruth Elkrief la vérité n’a strictement aucun intérêt ni aucune importance, seul compte le contrôle exercé sur l’information. 

Cette question montre que l’intéressée est une descendante directe de Léon Zitrone qui, en 1964, écoutait religieusement Alain Peyrefitte, ministre de l’information (tout un symbole !), venir faire la présentation surréaliste de ce que serait l’information télévisée désormais. Elle est également l’incarnation parfaite de ce que Noam Chomsky dénonçait, en 1997, dans son superbe opuscule qui n’a pas pris une ride, Media Control, à savoir the specialized class, la classe spécialisée. They are the people who analyze, execute, make decisions, and run things in the political, economic and ideological systems. That’s a small percentage of the population (p-12). Littéralement : « Ce sont les gens qui analysent, accomplissent, prennent des décisions, et gèrent des choses dans les systèmes politique, économique et idéologique. C’est un faible pourcentage de la population ». Il serait bon que Ruth Elkrief lise attentivement Chomsky et que tous ceux qui s’égarent en regardant BFM-TV, sachent que ce qu’elle fait n’a aucun rapport avec le journalisme…

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