Michael Ashcroft, le «tax-free lord»

A peine une semaine après le sondage d’ICM, paru dans le Guardian, et qui montrait à la fois la perspective d’un parlement bloqué et un net recul des intentions de vote en faveur des conservateurs, le parti de David Cameron vient de subir un nouveau revers,

A peine une semaine après le sondage d’ICM, paru dans le Guardian, et qui montrait à la fois la perspective d’un parlement bloqué et un net recul des intentions de vote en faveur des conservateurs, le parti de David Cameron vient de subir un nouveau revers, dont l’onde de choc va atteindre et affecter la future campagne des législatives au Royaume-Uni. En effet, Lord Ashcroft, vice-président du Parti Conservateur, a admis, hier, en présence de journalistes qu’il ne paie pas d’impôts dans le doux royaume de sa glorieuse majesté Elizabeth II.

 

Michael Ashcroft était voué à un destin quelconque, en tout cas sans relief particulier. Après un cheminement scolaire dépourvu de lumière à Norwich Grammar School, il n’intègre aucune université de renom et obtient un HND, Higher National Diploma, en 1969, à l’âge de vingt-trois ans, au Mid-Essex Technical College, devenu depuis une université à part entière. Après de nombreux métiers et des périodes de chômage, Ashcroft rachète, dans un cheminement à la Tapie fondé sur le même sens aigu de la morale, une entreprise de nettoyage dans laquelle il travaillait.

 

Après avoir revendu, avec profit, cette entreprise, Ashcroft devient un spécialiste du rachat d’entreprises à la dérive et un homme d’affaires connu et incontournable, s’installe à Belize, puis aux îles Caïman. Il se lie d’amitié, au fil du temps, avec des élus et plus particulièrement avec des membres du Parti Conservateur, dont il devient adhérent en 1998, après avoir été un généreux donateur depuis de nombreuses années, non sans que l’origine de ses fonds ne suscite de nombreuses interrogations. Néanmoins, toutes ces zones d’ombre n’empêchent pas William Hague, en 2000, alors qu’il est le leader des Tories, de le proposer pour l’accession au titre de Life Peer - au Royaume-Uni on siège à la Chambre des Lords si l’on a hérité du titre de Lord de son propre père ou si l’on est nommé par la reine, ce qui est aussi le cas de la tristement célèbre Margaret Thatcher, madone des Falklands.

 

Ce qui est très surprenant, c’est qu’en 2000, personne n’a trouvé à redire à cette étrange promotion, ni Tony Blair, qui l’a approuvée, ni William Hague, qui en a eu l’initiative. Ce dernier devait, néanmoins, avoir quelque pressentiment sur la haute valeur morale de son candidat, puisqu’il lui a demandé, en échange de son peerage, de devenir résident britannique permanent, ce qu’il s’est engagé à faire sur-le-champ, la main sur le cœur. Et dix ans plus tard, Lord Ashcroft vient de reconnaître qu’il n’est toujours pas résident britannique et, donc, qu’il ne paie pas d’impôts au Royaume-Uni. Non seulement il n’a pas tenu sa promesse, mais, en outre, en sa qualité de vice-président du Parti Conservateur, il cautionne tous les mâles discours sur les abus de la société britannique.

 

Et voilà donc un parlementaire qui participe, depuis dix ans, à tous les débats, toutes les décisions afférentes au budget, aux impôts donc, sans s’être jamais mis en règle avec le royal trésor, alors que sa fortune, évaluée à 1.500 millions de livres sterling, le place en 34ème position au sein du Royaume-Uni. Dans le langage courant en anglais, il est coutume de dire as drunk as a lord, dont l’équivalent sémantique est 'saoul comme un cochon ou une grive', on pourra dorénavant ajouter as rotten as a lord.

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