mot de passe oublié
11 euros par mois

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile disponible sur Android et iOS.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Édition du matin

Jack Klugman, le 5ème juré de Douze Hommes en Colère

 Le 24 décembre 2012, l’acteur américain Jack Klugman est mort à son domicile de Woodland Hills à Los Angeles. Il avait 90 ans et sa popularité était immense aux Etats-Unis, alors qu’il était presque un illustre inconnu en France, abstraction faite des cinéphiles.

 

Le 24 décembre 2012, l’acteur américain Jack Klugman est mort à son domicile de Woodland Hills à Los Angeles. Il avait 90 ans et sa popularité était immense aux Etats-Unis, alors qu’il était presque un illustre inconnu en France, abstraction faite des cinéphiles. Il avait acquis une grande partie de sa notoriété à partir du début des années 1970, dans la série télévisée The Odd Couple, diffusée par ABC, où il interprète le rôle d’un divorcé qui partage un appartement newyorkais avec un autre divorcé, interprété par Neil Simon, en attendant que chacun refasse sa vie. Le rôle de Klugman fut interprété par Walter Matthau dans l’adaptation cinématographique de cette sitcom, c’est dire que le monde du cinéma ne croyait cependant guère en lui.

 

KLUGMAN2-obit-articleInline.jpg

Photo United Artists

 

Du reste la nécrologie que le New York Times lui a consacrée est relativement étrange, car elle contenait quelques lignes qui ont habillé Jack Klugman pour l’éternité : Mr. Klugman wasn’t a subtle performer. His features were large and mobile; his voice was a deep, earnest, rough-hewed bleat. Ce qui signifie : Mr. Klugman n’était pas un interprète subtil. Les traits de sa physionomie étaient gros et excessifs ; sa voix était chevrotante, taillée à la serpe, pompeuse et aigüe. Fichtre ! Bruce Weber, le journaliste du NYT auteur de cette nécrologie, n’était donc pas précisément un fan de Jack Klugman, mais il convient de rendre justice à ce dernier. Outre le fait qu’il fut récompensé à de nombreuses reprises pour ses interprétations au théâtre et à la télévision, et que sa carrière cinématographique fut moins importante et moins longue, il convient de ne pas oublier un rôle éminent.

 

Jack Klugman fut le juré n°5 dans le chef d’œuvre de Sidney Lumet, en 1957, Twelve Angry Men, produit par Henry Fonda, ami de longue date qui tira littéralement sa carrière vers le haut en le sortant de l’anonymat. Rappelons que dans Twelve Angry Men Henry Fonda est le juré n°8, qui, au départ seul contre tous, va progressivement faire partager à tous les autres jurés le reasonable doubt, le doute fondé, qu’il a sur la culpabilité de ce jeune portoricain de 18 ans accusé d’avoir tué son père, en le poignardant, et conduire ainsi tout le jury vers un verdict de not guilty. Or le cinquième juré vient des bas-fonds, un rôle sur mesure pour Klugman, dernier des six enfants d’une famille immigrée de juifs russes. Son père était peintre en bâtiment, la mère modiste, Jack a grandi dans un quartier de Philadelphie qualifié de rough-and-tumble, on dirait aujourd’hui une zone de non-droit, où l’intimidation et la bagarre étaient le pain quotidien.

 

Donc, fort logiquement, lorsque le juré n°10 — interprété magistralement par Ed Begley — raciste et impatient d’envoyer le jeune portoricain à la chaise électrique, parce qu’il a hâte d’aller assister à un match de base-ball(le juré n°11, George Voskovec, lui envoie cette phrase magistrale Because this ticket is burning a hole in your pocket, vous brûlez tellement d’impatience que ce billet de base-ball est en train de faire un trou dans votre poche), lance à propos de l’accusé : you know these people, they’re all the same, on les connaît ces gens-là, ils sont tous les mêmes, le juré n°5, Klugman, dans une colère froide, dit : I was born there, maybe you can still smell the filth on me, je viens de là-bas, peut-être sent-on encore la crasse sur moi. Tirade qui va totalement annihiler les interventions d’Ed Begley. Puis Klugman va apporter de nouveau son aide précieuse au juré n°8, Fonda, en expliquant, expérience de jeunesse, qu’un couteau à cran d’arrêt s’utilise de bas en haut, et non le contraire, ce qui innocente un peu plus le jeune portoricain, trop petit pour avoir pu poignardé de haut en bas.

 

Ne serait-ce que pour ce rôle exceptionnel, entouré par une pléiade d’acteurs prodigieux dans un film qui demeure un landmark cinquante-cinq ans plus tard, Jack Klugman mérite le respect pour l’éternité…

 

http://www.nytimes.com/2012/12/25/arts/television/jack-klugman-stage-and-screen-actor-is-dead-at-90.html?pagewanted=all

http://www.nytimes.com/slideshow/2012/12/24/arts/20121225_KLUGMAN_337.html 

http://movies.nytimes.com/person/38728/Jack-Klugman

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Profitant de la qualité de l'article et des commentaires qui le suivent, j'aimerai, si vous ne la connaissez déjà, vous signaler une revue qui aborde le cinéma comme un art (et non comme un simple spectacle de divertissement) - une revue fondée en 1993 par Alain Badiou et Denis Lévy: L'ART DU CINEMA

www.artcinema.org