C'est en octobre 1969 que la BBC a commencé à diffuser la première d'une série d'émissions totalement inclassables sous le nom de Monthy Python's Flying Circus. La désopilante association de John Cleese, Graham Chapman, Terry Gillian, Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin a donc quarante ans. L'excellent mensuel britannique Prospect s'est penché, dans son numéro d'octobre, sur ce véritable phénomène de société, qui a, quand même, mis une bonne vingtaine d'années avant de commencer à intéresser le continent. L'adjectif pythonesque a même fait son apparition, dans le très sérieux Oxford English Dictionary, comme synonyme de strange and funny. L'émergence de cet adjectif fait réagir Terry Jones dans son registre habituel.
"One of the things we tried to do with the show was to try and do something that was so unpredictable that it had no shape and you could never say what the kind of humour was. And I think that the fact that 'pythonesque' is now a word in the OED shows the extent to which we failed." Ce qui signifie, "une des choses que nous avons essayé de faire avec ce spectacle, c'était d'essayer de faire quelque chose qui était tellement imprévisible que cela n'avait aucune forme particulière et l'on ne pouvait pas dire de quel type d'humour il s'agissait. Et je pense que le fait que 'pythonesque' soit maintenant dans l'OED montre à quel point nous avons échoué". On ne saurait mieux dire en matière d'indépendance et inclassable est le mot que Terry Jones aurait sans doute préféré voir en définition de ce néologisme. Inclassable, loufoque, joyeusement absurde et d'un humour corrosif et dévastateur.
Un domaine que Terry Jones et ses complices ne pourront contester, c'est l'énorme influence qu'ils ont engendrée, non seulement sur ceux et celles qui leur ont emboîté le pas, dans la comédie et le divertissement, mais également sur l'ensemble de la société britannique. Les Monty Python ont défriché des terres jamais abordées à la télévision, dans la suite logique de leurs extraordinaires élucubrations radiophoniques, The Goon Show. Hormis le magnifique Ministry of Silly Walks, toujours aussi hilarant quarante plus tard, que l'on peut voir en illustration de cet article, on citera, entre autres, l'inoubliable série Fawlty Towers. Et comment ne pas mentionner l'œuvre cinématographique des Monty, depuis Holy Grail, dans lequel on ne peut oublier Eric Idle entrechoquant deux noix de coco pour imiter le galop du cheval, jusqu'à A fish named Wanda en passant par The life of Brian.
Le temps a passé et l'on parle plus guère d'eux désormais, si ce n'est de Michael Palin, qui a filmé, pour la BBC, ses pérégrinations de globe-trotter, et c'est bien dommage, car rien n'était tabou pour eux, ni la religion, ni le monde politique, ni les prescripteurs en matière d'art et de littérature. A l'heure où l'intégrisme fleurit sous diverses formes, la présence de successeurs éventuels ferait beaucoup de bien.