Cachez ces seins que Facebook ne saurait voir...

Hypocrisie, censure et stupidité profonde de Facebook.

Les réseaux sociaux n’ont vraiment d’intérêt que pour relayer des informations essentielles ou conseiller la lecture d’un article particulièrement pertinent. Pour prendre le dernier exemple en date qui répond à ces paramètres préalables, hier il semblait naturel et urgent de relayer sur Twitter et sur Facebook l’excellent article du non-moins excellent Antoine Perraud intitulé « Le 11 novembre 2018 ou les funérailles du multilatéralisme », lueur d’espoir et analyse pertinente d’une réalité tragique que l’actuel président utilise jusqu’à la nausée pour forger sa misérable petite gloire personnelle, avec l’aide toujours précieuse de la fraternelle des laquais de l’information. Mais comme l’a souligné Antoine Perraud, à trop vouloir polir et manipuler l’image il advient qu’elle revienne comme un boomerang à la face du ou des manipulateurs.

Donc, en toute logique, il semblait logique d’attirer l’attention des autres et, en ce jour de commémoration, de sonner le rappel. Ce fut chose faite sur Twitter sans aucune difficulté, mais il advint que ce serait une autre paire de manches avec Facebook. En effet, donner le lien de l’article et braquer un projecteur sur le contenu fut impossible sur ce réseau-là, qui a bien assimilé la scène 2 de l’acte III de Tartuffe, et le message fut affublé de cette ridicule sentence « Cette publication ne respecte pas nos standards de la communauté (de toute évidence, avec l’inversion de l'adjectif possessif et de l’article défini Facebook ne respecte pas non plus les standards de la langue française) » et punition suprême « vous êtes la seule personne à la voir ». Fichtre ! Menace finalement fausse, puisque non seulement Antoine Perraud en personne puis plusieurs amis ont répété le message que les censeurs du réseau n’ont, cette fois, pas pu contenir.

Et quel était donc l’objet du délit ? La photo qui accompagnait l’article ! Une militante Femen (ciel ! une femme ! quelle horreur pour Facebook !) seins nus (re-ciel ! et re-quelle horreur !) qui a voulu retarder le convoi de l’idiot du village global pour protester contre les « fake news » (troisième horreur ! C’est la spécialité maison de Facebook ! alors si on ne peut plus travailler tranquille…). 

L'adage chinois dit que quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt. De la même manière quand le journaliste montre la résurgence du nationalisme, Facebook regarde les seins des Femen...

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