Comment devenir américaine

Yvonne Abraham est éditorialiste au Boston Globe. Elle est venue aux Etats-Unis depuis son Australie natale, il y a quinze ans, comme simple étudiante. Elle est devenue journaliste et a obtenu un permis de travail. Elle est tombée amoureuse d'un américain, scénario relativement classique et banal, l'a épousé et a donc hérité, en tant que citoyenne australienne, de la célèbre green card qui permet, dans ce cas de figure, de rester sur le sol américain. Elle décide, en 2008, d'opter pour la même nationalité que son mari et son jeune fils et espère pouvoir ainsi voter en novembre, lors des élections présidentielles.

Yvonne Abraham est éditorialiste au Boston Globe. Elle est venue aux Etats-Unis depuis son Australie natale, il y a quinze ans, comme simple étudiante. Elle est devenue journaliste et a obtenu un permis de travail. Elle est tombée amoureuse d'un américain, scénario relativement classique et banal, l'a épousé et a donc hérité, en tant que citoyenne australienne, de la célèbre green card qui permet, dans ce cas de figure, de rester sur le sol américain. Elle décide, en 2008, d'opter pour la même nationalité que son mari et son jeune fils et espère pouvoir ainsi voter en novembre, lors des élections présidentielles.

Dans son éditorial du 13avril, elle raconte, avec un humour dévastateur, le processus qui a fait d'elle une nouvelle citoyenne américaine. Convoquée au JFK Federal Building de Boston elle a été reçue par un fonctionnaire fédéral sympathique et correctement habillé, qu'elle va surnommer Friendly Tweed Jacket tout au long de son article. Elle a dû, tout d'abord,comme des dizaines d'autres candidats à la nationalité, faire la preuve de sa maîtrise de la langue, en lisant, à voix haute, "Je n'ai pas très faim", puis en écrivant la suite, "parce que j'ai fait un déjeuner copieux ce midi". Elle a dû, ensuite, dire quifut le premier président des Etats-Unis, préciser ce qu'est le Congrès, donner l'adresse exacte de la Maison Blanche, indiquer le mois de l'année où un nouveau président est intronisé, et réciter quelques-uns des principes de la Déclaration d'Indépendance. Friendly Tweed Jacket lui a ensuite posé deux questions qu'elle a jugé surréalistes dans le contexte de l'invasion de l'Irak :

- Soutiendriez-vous le renversement par la force de n'importe quel gouvernement à travers le monde ?

- Seriez-vous prête à prendre les armes au nom des Etats-Unis, si la loi l'exige?

Enfin est venu le dernier obstacle, son épreuve d'admissibilité, en quelque sorte. FTJ (Friendly Tweed Jacket) a conclu avec trois interrogations extrêmement révélatrices :

- Avez-vous été membre du Parti Communiste ou associée d'une manière ou d'une autre au Parti Communiste ?

- Avez-vous déjà eu un problème avec l'alcool ?

- Avez-vous eu un lien avec une organisation terroriste ?

On ne s'attardera pas sur la formulation particulièrement simpliste ni sur le caractère farouchement manichéen de ces trois questions abruptes, mais on remarquera qu'à l'heure où les derniers vestiges staliniens ont presque disparu de la planète, l'obsession des Etats-Unis demeure fidèle à l'esprit des "Sorcières de Salem", la si brillante pièce d'Arthur Miller qui n'est nullement démodée. Par ailleurs, la famille de l'actuel président peut se réjouir d'être déjà américaine, car la deuxième question aurait sans doute été un souci pour le fils et la troisième pour le père.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.