Jean-Louis Legalery (avatar)

Jean-Louis Legalery

professeur agrégé et docteur en anglais retraité.

Abonné·e de Mediapart

552 Billets

20 Éditions

Billet de blog 17 mars 2011

Jean-Louis Legalery (avatar)

Jean-Louis Legalery

professeur agrégé et docteur en anglais retraité.

Abonné·e de Mediapart

Andrew, prince des ténèbres

Jean-Louis Legalery (avatar)

Jean-Louis Legalery

professeur agrégé et docteur en anglais retraité.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les Japonais peuvent bien lutter contre la fureur de la terre, des flots et l’implacable radioactivité, les Lybiens peuvent bien tenter d’échapper au massacre dans l’indifférence générale, les Egyptiens et les Tunisiens peuvent toujours essayer d’échapper à leur police respective, et qu’importe que Mugabe au Zimbabwe et Gbagbo en Côte d’Ivoire s’accrochent indécemment et violemment à un pouvoir qu’ils n’ont plus, que l’Union Européenne soit inexistante et que la démocratie française n’en finisse plus d’être confisquée par un usurpateur ! Pour la famille royale d’Angleterre c’est business as usual.

Parce que chez ces gens-là, monsieur, on compte et on se montre, mais devrait-on ? C’est une autre paire de manches. Dans la famille Windsor donc, on peut demander la mère, qui, naguère, implorait le fonds de solidarité pour chauffer son humble demeure de Buckingham Palace. On peut aussi demander le fils aîné, Charles, toujours prêt à donner des conseils que nul ne songerait jamais à lui demander et qui n’en finit plus d’attendre une dérisoire couronne qu’il n’aura peut-être jamais et qui, de toute manière, ne lui servira à rien. On peut aussi avoir le plus jeune des petits-fils, Harry, ah ! Un facétieux ce Harry, qui n’hésite pas à se déguiser en nazi pour amuser ses amis, lors de soirées très arrosées, entre gentlemen, bien sûr. Mais ce n’est pas tout !

Il y a aussi Andrew, le jeune frère de Charles, qui est allé un peu tuer le temps dans la Royal Navy, pour s’illustrer, en1982, dans la reconquête du caillou des Falklands, combat si nécessaire à la ré-élection de Margaret Thatcher l’année suivante, alors qu’elle était au plus bas dans les sondages. Depuis, il avait besoin d’une occupation, puisque le retour à la nature est un créneau déjà occupé par son frère aîné. Alors le déjà nommé Andrew, prince de son état, Duke of York, est devenu trade ambassador, ambassadeur du commerce du Royaume Uni. Modeste activité pour laquelle le dit prince, en plus de sa dotation de 236.000 livres sterling accordée généreusement par le contribuable britannique, a reçu, l’an dernier, 439.000 livres sterling pour couvrir les frais liés à sa nouvelle fonction.

Tous ces chiffres qui donnent la nausée ont été relatés dans l’édition du 7 mars 2011 du Guardian. A eux seuls ils constituent une infâmie et le terreau d’une légitime révolution, mais le duc d’York ne s’est pas arrêté là. Il a cultivé, à travers cette fonction des liens que la presse britannique, dans son ensemble, a qualifié très poliment de douteux, puisqu’il a entretenu des relations étroites, entachées de forts soupçons de corruption, tout d’abord dans le cadre d’une vente d’armes au Kyrgyzstan. Puis le même Andrew aurait perçu une somme importante de la part de Timur Kalibayev, gendre du président milliardaire du Kazazhstan, pour l’entretien de sa princière demeure dans le Surrey. Lors de l’anniversaire de Kalibayev, en 2010, c’est Andrew en personne qui s’est occupé de faire venir Elton John, en échange d’une très forte somme. Le nom du prince est cité dans de nombreuses affaires financières plus que douteuses en Arabie Saoudite et en Lybie, avec Saif Khadafi.

Mais la dernière frasque a consterné les royaux sujets de tous bords politiques. Le prince Andrew s’est en effet lié d’amitié avec le milliardaire américain, Jeffrey Epstein, et a séjourné, à plusieurs reprises dans sa coquette demeure de Floride. Jusque là rien d’anormal, seulement Epstein est soupçonné de proxénétisme aux dépens de mineures, qui ont justement séjourné, elles aussi, à plusieurs reprises dans sa propriété de Floride. Du beau monde en vérité ! Mais le mal est-il vraiment récent ? En effet, l’excellent film The King’s speech, sorti et primé récemment, a insisté sur le dramatique bégaiement du souverain britannique, mais ce que le réalisateur n’a pas expliqué, c’est que c’est sur l’insistance de Winston Churchill, simple ministre, en 1936, qu’un bègue, George VI, a été propulsé sur le trône pour éviter de le laisser à un pro-nazi, Edward VIII. Quant au prince Andrew, que croyez-vous qu’il arriva ? David Cameron s’est fendu d’une déclaration qui le rapproche un peu plus chaque jour des Monty Pythons : I have full confidence in him (Prince Andrew)and in the full contribution he has made to UK trade.

Crédit photographique : Facundo Arrizabalaga / EPA.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.