Les municipales vues par la presse de langue anglaise

Les résultats des élections municipales françaises n’ont pas fait la « une » des journaux de langue anglaise, ce qui ne surprendra personne. Mais de Londres à New Delhi en passant par Los Angeles, Washington et Melbourne, divers quotidiens de presse écrite ont relaté l’événement, le 17 mars. Les titres révèlent non seulement une diversité sémantique assez révélatrice du fond de l’article et même de l’orientation idéologique sous-jacente, mais également une évaluation du président de la république. Aux Etats-Unis, le Washington Post et le Boston Globe ont opté pour le simple et sobre constat de la victoire de la gauche, en titrant respectivement « 30 Big French Cities Fall to the Opposition »et « Socialists make gains in French elections ». USA Today et le New York Times ont fait un choix rigoureusement identique, pour la bonne et simple raison qu’ils ont repris intégralement le titre et la dépêche d’Associated Press : « Sarkozy’s party lags in local elections ». Le choix sémantique de lag, littéralement être à la traîne, est péjoratif mais pas accablant, et semble plutôt relever de la remontrance qui s’adresserait à un élève. Quant au Los Angeles Times, tout comme ses homologues néo-zélandais et indien, le New Zealand Herald et le Times of India, il a choisi d’articuler son titre autour de setback, un revers, avec dans l’ordre « French president’s party dealt setback », « Sarkozy suffers setback in local elections » et « Sarkozy braces for setback in French local polls ». Dans ce dernier, braces traduit l’idée d’une résistance physique et morale, qui ne prédispose pas à l’écoute. C’est au Royaume-Uni que les flèches sont les plus acérées. Le populaire Daily Mirror évoque la fin de l’état de grâce et la probable nécessité d’un nouveau style présidentiel, « New-style Sarkozy likely after voter romance ends ». Le Daily Telegraph va un peu plus loin en insistant sur l’obligation de remiser l’image de ‘roi du clinquant’, « Nicolas Sarkozy to shed ‘King of Bling’ image ». L’Independent constate que le chef de l’Etat va devoir dégriser, « Sarkozy to ‘sober up’ after local election losses ». Le Guardian est plus abrupt et parle d’un verdict cuisant, « French voters deliver stinging verdict on Sarkozy’s first year ». Le Financial Times reste bienveillant en assurant que Sarkozy va reprendre l’initiative, « Sarkozy moves to regain initiative ». Le Times utilise, sous la signature de Charles Bremner, son correspondant à Paris, une expression qui avait fait florès lorsque John Major était premier ministre, le retour aux fondamentaux, « Sarkozy episode II: back to basics ». C’est le même journaliste qui a couvert l’événement pour le quotidien australien, The Australian, « Sarkozy takes a shine to change », ce qui signifie que le changement voulu par Sarkozy a perdu de son lustre. Que ces deux journaux utilisent les services du même journaliste n’a rien de surprenant, puisque ces deux organes font partie de l’empire de Rupert Murdoch, qui possède aussi le New York Post et la chaîne de télévision américaine Fox News, qui ont brillé par leur soutien à l’invasion de l’Irak et par le concours d’invectives à l’égard de la France, mais qui ne possède encore rien aux Malouines ou aux Galapagos. Enfin, en Afrique du Sud, le plus célèbre quotidien de langue anglaise, le Mail & Guardian, n’a retenu des nouvelles européennes que le coûteux divorce de Sir Paul McCartney, une hiérarchisation de l’information, somme toute assez « bling-bling ».

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