Elections anticipées le 8 juin au RU, Theresa May se prendrait-elle pour Erdogan ?

Le premier ministre britannique avait promis que les élections législatives auraient lieu comme prévu en 2020. Changement de cap et dissolution, l'exemple viendrait-il de Turquie ?...

Theresa May devant le 10 Downing Street © Silver Hubb Rex / Shutterstock Theresa May devant le 10 Downing Street © Silver Hubb Rex / Shutterstock
Décidément Theresa May, le premier ministre britannique, n’a pas peur des contradictions. Pendant la campagne sur le Brexit, elle avait, certes très mollement, pris position pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, et c’est elle qui conduit la rupture d’avec l’Union. A plusieurs reprises elle avait dit et répété qu’elle ne voyait pas la nécessité d’appeler à de nouvelles  élections législatives avant le terme maximum prévu, c’est-à-dire 2020. Or voilà que ce matin même, mardi 18 avril 2017, elle annonce que l’actuel parlement est dissous et que des nouvelles élections auront lieu le 8 juin prochain, sans autre justification que cette incroyable phrase qui relève de la méthode Coué et de la platitude la plus extrême  we need a general election and we need one now, nous avons besoin d’élections législatives et nous en avons besoin tout de suite. 

 Ce revirement, dont la décision a fait l’objet d’un secret apparemment bien gardé, a sans doute une explication très terre-à-terre, à savoir les sondages qui sont tous outrageusement favorables aux Tories et qui envisagent une avance de 21 points du parti conservateur par rapport au Labour. Le premier ministre justifie cette orientation par une magnifique contradiction, After the country voted to leave the EU, Britain needed certainty, stability and strong leadership. Since I became prime minister the government has delivered precisely that, Après avoir voté pour quitter l’UE, la Grande-Bretagne avait besoin d’assurance, de stabilité et d’une gouvernance forte. C’est précisément ce que le gouvernement a fait depuis que je suis premier ministre.

A bien regarder la réalité économique, financière et politique, c’est justement le contraire et il est permis de se demander où Theresa May a vu de telles raisons de se convaincre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le Royaume-Uni, cela a déjà été dit, est de plus en plus désuni, puisque l’Irlande du Nord, qui souhaite une réunification avec la république d’Irlande et l’Ecosse, qui rêve plus que jamais d’indépendance, ne se sentent plus concernés par les discours autoritaires qui viennent de Westminster. Sur la scène internationale le Royaume-Uni est isolé et le sera encore davantage, surtout si son unique soutien, l’inepte et imprévisible Trump, continue à s’agiter dangereusement. May a confié à ITN qu’elle avait pris cette décision après une randonnée au Pays de Galles avec son mari. On aurait pensé que c’était plutôt après un exercice de brasse coulée, car, si le parti travailliste ne semble pas, pour l’heure, en capacité de s’opposer au raz-de-marée annoncé, on ne voit guère ce que changera une chambre massivement conservatrice à l’isolement du RU. Pour mémoire, dans l’assemblée sortante les Tories ont 330 sièges, le Labour 229, le SNP 54, les LibDems 8, les petit partis indépendants se partagent les 28 sièges restants. Les observateurs, notamment la journaliste politique du GuardianAnne Perkins, voient dans cette manœuvre une tentative de coup d’état  à la manière d’Erdogan pour avoir les pleins pouvoirs et trouvent cette situation très peu britannique et très inquiétante.

 

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