«Vous avez parfaitement raison, Monsieur Plenel»...

De l'art de feindre un accord pour exprimer le contraire, pour mieux clore un débat et exprimer sa suffisance.

Cette formule oratoire, Emmanuel Macron l’a bien utilisée une douzaine de fois, dimanche 15 avril sur Mediapart et BFM, pour dire tantôt « Vous avez parfaitement raison, Monsieur Plenel » ou « Vous avez parfaitement raison, Monsieur Bourdin ». En règle générale, dans le cadre d’une conversation ou d’un débat, lorsque l’un des interlocuteurs a recours à cette concession, c’est pour exprimer ce que Erving Goffman (1922-1982), qui fut professeur d’anthropologie et de sociologie à l’université de Pennsylvanie et auteur de nombreux ouvrages, identifiait comme la déférence due à l’autre dans  le cadre d’un échange (Interaction Ritual, pp-56-57). Et cette déférence conduit logiquement au partage, à la compréhension mutuelle, à la tolérance et à la recherche d’un point de convergence.

Or, force fut de constater que l’actuel président de la République a fait un usage très spécifique, très spécieux et, finalement, très hypocrite de cette concession. Dimanche 15 avril à chaque manifestation de cet accord verbal feint, « vous avez parfaitement raison », on était dans un mélange de figures de style qui va de la prétérition, qui consiste à feindre de ne pas dire ce qu’on dit, au paradoxe, qui consiste à établir des relations logiques qui vont à l’encontre de la logique commune. Dans les deux cas, on était dans la manipulation de l’acte de langage (cf J.L. Austin, How To Do Things With Words), en d’autres termes dans l’assertion totalement déguisée. 

Chaque fois qu’Emmanuel Macron a dit « Vous avez parfaitement raison, Monsieur Plenel », « Vous avez parfaitement raison, Monsieur Bourdin », il fallait entendre, par le biais d’une évaluation de la pragmatique de son discours, « Ce que vous dites n’a aucune valeur, je détiens la vérité et je vais vous le prouver ». Une méthode qui exprime le mépris, le dogmatisme et l’autosatisfaction. En fait, bien que l’intéressé proclame régulièrement le contraire, il appartient à « l’ancien monde », car cette manière de débattre rappelle fâcheusement des méthodes très anciennes, et, notamment une réponse qui était très en vogue, parmi les élus dans les années 1970, et qui consistait à dire aux journalistes « Je vous remercie de me poser cette question », sans jamais y répondre par la suite. On peut même remonter à un « je vous ai compris » de sinistre mémoire pour confirmer d’une part l’ancrage dans « l’ancien monde » de l’actuel président de la République, d’autre part sa condescendance.

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