Au rythme où vont les provocations et les gaffes en tout genre de Donald Trump, la procédure d’impeachment (destitution) commence à être suggérée, évoquée et même considérée par la presse américaine — le NYT, le Boston Globe et le Washington Post y ont fait référence dans quelques articles — et par le monde politique. Cependant il y a encore loin de la coupe aux lèvres et si cette éventualité réjouirait une très grande majorité de citoyens américains normalement constitués, qui sont légitimement consternés par l’immaturité et l’inconsistance morale et politique du triste pantin qui leur sert de quarante-cinquième président, le processus de déclenchement de l’impeachment peut être long. Et il serait donc excessif de penser que la scène internationale sera rapidement débarrassée de cet inepte président.

En effet la procédure de destitution doit d’abord être votée, à la majorité simple de la Chambre des Représentants, après transmission à cette même assemblée des conclusions de l’enquête , qui vient d’être confiée à Robert S. Mueller, et débat conformément à l’article II de la constitution des Etats-Unis. A cet stade une première remarque s’impose, à la Chambre des Représentants se trouve sans doute l’un des plus forts soutiens à l’actuel président, étayé par la présence des extrémistes du Tea Party. Donc on serait tenté de penser que, malheureusement sans doute, cette assemblée aura beaucoup de mal à détrôner son héros. Ensuite le Sénat est informé de la décision de la chambre basse et le dossier transmis. Les sénateurs doivent voter par une majorité des deux tiers pour que le président soit destitué. Là également, il convient de tempérer un éventuel engouement pour une sortie rapide du sinistre clown de la Maison Blanche. D’une part l’empressement avec lequel les élus républicains et démocrates ont salué la nomination de Robert S. Mueller pourrait être qualifié de trop beau pour être sinon honnête du moins crédible. Le NYT, dans son édition d’hier, a relaté la volonté de l’état-major démocrate au Sénat de ne pas encourager les appels à l’impeachment venus de ses rangs. Tout ce petit monde a, pour l’heure, les yeux rivés sur les mid-term elections, qui pourraient s’avérer intéressantes pour les démocrates.

Par ailleurs et enfin, il convient d’avoir en mémoire le précédent de Richard Nixon. On se souvient que la résolution de  l’élu démocrate de New-York, William Fitts Ryan, fut déposée à la chambre des représentants, le 9 mai 1972. Votée et transmise au Sénat, elle fut approuvée le 6 février 1974, et Nixon démissionna en août 1974. Il faudra donc de la patience…

 

 

 

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