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Le Club de Mediapart dim. 25 sept. 2016 25/9/2016 Dernière édition

Royaume-Uni : licenciement d'un lanceur d'alerte

Seth Freedman est analyste financier. Depuis janvier 2012 il travaillait pour ICIS, Independent Chemical Information Services, une agence britannique qui est la propriété du géant de l’édition Reed Elsevier et qui a pour but de veiller aux prix de l’énergie au Royaume-Uni et d’informer le public sur ces mêmes prix.

Seth Freedman est analyste financier. Depuis janvier 2012 il travaillait pour ICIS, Independent Chemical Information Services, une agence britannique qui est la propriété du géant de l’édition Reed Elsevier et qui a pour but de veiller aux prix de l’énergie au Royaume-Uni et d’informer le public sur ces mêmes prix. Le travail de Freedman consistait à surveiller le marché et notamment le respect des prix du gaz fixés par FSA, Financial Services Authority, par les six grandes entreprises privées chargées de la commercialisation. Consistait, parce Freedman ne travaille plus pour ICIS, car ICIS n’aime pas les whistleblowers, les lanceurs d’alerte.

 

En effet, le 28 septembre 2012 Seth Freedman a, comme d’ordinaire, les yeux rivés sur son écran d’ordinateur et remarque, avec effarement, que, par six fois dans la journée, les entreprises de trading qui achètent le gaz pour le compte des six grands fournisseurs ont forcé à la baisse, une large baisse, le prix plancher fixé par FSA, seuil en dessous duquel non seulement il est interdit mais aussi totalement illégal d’aller. Freedman raconte dans une vidéo au Guardian à regarder ici, comment les acheteurs économisent, par ce biais, des milliards de livres sterling alors que le prix du gaz demeure inchangé pour le sujet lambda de sa gracieuse majesté.

 

Comme Seth Freedman est honnête et consciencieux, à la fin de sa journée du vendredi 28 septembre, il rédige, à l’attention de sa hiérarchie, un rapport détaillé sur les mouvements illicites qu’il a constatés en surveillant le marché, ce qui, somme toute, est son métier. Non seulement sa hiérarchie ne le remercie pas, le félicite encore moins, mais le rabroue en lui conseillant de se mêler de ce qui le regarde. Atterré par ce retour, Freedman décide, le lundi suivant, le 1er octobre, d’informer la FSA des irrégularités constatées.

 

A partir de ce moment, ICIS va entreprendre un lourd harcèlement à l’encontre de Freedman, en lui proposant, de façon insistante des présumées promotions, qui ne correspondent absolument pas à ses compétences — parmi celles-ci un poste de secrétaire au magazine de vulgarisation scientifique New Scientist, propriété du groupe Reed Elsevier — et qui constituent autant de mises au placard. Freedman considère qu’il a fait son devoir et refuse toutes ces propositions. Et le 28 décembre Seth Freedman apprend qu’il est licencié, au motif suivant because he had lost the trust of price reporting agencies (PRAs) and his colleagues, entendez par là parce qu’il avait perdu la confiance des agences de surveillance des prix de l’énergie et de ses collègues.

 

En résumé Seth Freedman a été réduit au silence dans un double but : d’une part permettre aux entreprises privées de continuer leurs pratiques illégales qui consistent à fixer les prix en lieu et place de la FSA et de l’OPGEM, Office of Prices of Gas and Electricity Market, ce qui révèle un haut niveau de corruption ; d’autre part soumettre tous les collègues de Freedman qui seraient tentés d’être aussi honnêtes que lui à un odieux chantage : le silence ou le chômage. Et que croyez-vous que fût la réaction du ministre de l’énergie Ed Davey, alors qu’une agence de trading, Citygroup a reconnu acheter de façon illégale pour le compte d’un des six fournisseurs en gaz ? Il a promis d’en parler à la chambre des communes, une nouvelle qui va certainement soulager Freedman…

 

http://www.guardian.co.uk/business/2013/jan/18/gas-market-whistleblower-sacked

 

http://www.guardian.co.uk/business/2012/nov/12/libor-like-manipulation-gas-markets

 

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Ce sont les mêmes qui font du chantage à l'U.E. pour obtenir plus de libéralisation économique chez eux., la bidouille des marchés devant devenir la règle.