Jean-Louis Legalery
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Billet de blog 20 janv. 2020

Angola : filiation et corruption

J'avais écrit ce billet sur mon blog en 2013. L'actualité nous permet de constater , hélas !, qu'il n'a pas pris une seule ride et qu'Isabel Dos Santos, à l'instar de l'épouse de Robert Mugabe au Zimbabwe, a toujours considéré que les fonds publics angolais étaient sa cagnotte personnelle. Elle est aujourd'hui considérée par la BBC et le Guardian comme la pemière fortune du continent africain...

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Photo Bruno Fonseca /4See/ Eyevine

Eduardo Dos Santos à gauche, sa fille Isabel au centre.

Isabel Dos Santos est la fille aînée d’Eduardo Dos Santos qui dirige l’Angola depuis 1979, sans jamais avoir été élu démocratiquement. Lorsque cette même Isabel s’est mariée en 2003, avec un collectionneur d’art congolais, un avion a été affrété depuis la Belgique pour amener les choristes chargés de chanter au mariage et deux avions spéciaux sont venus de France pour acheminer les reliefs des agapes. Coût total d’après le Guardian : 4 millions de dollars dans un pays où une très grande majorité de la population ne vit qu’avec 2 dollars par jour et où, par ailleurs, le nombre d’analphabètes est un des plus élevés d’Afrique. Si, vue d’Europe et de France en particulier, Isabel Dos Santos n’est pas très connue, néanmoins le magazine financier américain Forbes l’a consacrée comme la première des milliardaires d’Afrique.

Forbes, dans l’article consacré à la fille aînée du dirigeant angolais, a clairement posé cette question, qui est toujours sans réponse : How did a 40-year-old woman who started out with just one restaurant come into such a vast fortune? Comment une jeune femme de 40 ans a-t-elle atteint une aussi vaste fortune en ayant commencé avec un restaurant ? Un authentique miracle de la gestion ? Déjà il est difficile de saisir la compétence présumée d’Isabel Dos Santos, et le rapport entre ses études, non abouties, d’ingénieur en électricité à Londres et la gestion d’un restaurant quelconque à Luanda, où, selon Rafael Marques de Morais, journaliste angolais spécialisé dans la lutte contre la corruption, l’on attend sa commande deux heures et son addition une heure. Mais là n’est pas le plus grave, d’autant qu’Isabel Dos Santos avait parfaitement le droit de se découvrir une passion pour la restauration. Non, la question première est : avec quel argent a-t-elle acquis ce restaurant à l’âge de 24 ans alors qu’elle n’avait aucune fortune personnelle ?

Avec la fortune de papa ? Mais Eduardo Dos Santos, formé à Bakou dans l’ex-URSS, où il a rencontré la mère d’Isabel, comme ingénieur spécialisé dans le pétrole, n’a, lui non plus, aucune fortune personnelle. Seulement, lorsqu’en 1975, l’Angola se détache de la tutelle portugaise pour devenir un pays indépendant à part entière, Agostinho Neto, dirigeant du MPLA, Mouvement Pour la Libération de l’Angola, sort de la clandestinité et devient le premier président. Et à sa mort, en 1979, Dos Santos lui succède et prend la tête du pays, sans l’ombre d’une élection démocratique. Toutefois, il serait injuste de classer l’Angola dans la même catégorie de dictatures que celle du voisin zimbabwéen Robert Mugabé, d’autant que, la volonté de Dos Santos de tendre vers la démocratie a été enrayée par une terrible guerre civile en 2003 qui a opposé le MPLA et l’UNITA. Il n’en demeure pas moins que les seules traces de consultation démocratique remontent à 2008, année où le MPLA a obtenu des résultats écrasants aux législatives. Mais de présidentielle point. Et depuis 1979, Dos Santos est confirmé à la tête du MPLA, et donc de l’Angola.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Dos Santos est désormais classé parmi les principales fortunes de la planète. Il convient de préciser que le sous-sol de l’Angola regorge de pétrole, de diamants, d’or, de phosphates, entre autres. Pendant 33 ans la famille Dos Santos a fait main basse sur les richesses du pays et possède désormais les entreprises chargées de l’exploitation du pétrole, des diamants, la télévision, l’immobilier. Donc, c’est en toute logique que la fille aînée, surnommée la « princesse », se retrouve à la tête d’une fortune qui ne lui appartient pas plus qu’à son dictateur de père. Dans son évaluation des efforts pour lutter contre la corruption, l’organisation anti-corruption Transparency a classé l’Angola au 168ème rang sur 178.

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