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Le Club de Mediapart dim. 25 sept. 2016 25/9/2016 Édition du matin

George McGovern (1922-2012) : l'ingratitude de l'histoire

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Photo : Reuters, 1972.

Le 21 octobre, le sénateur démocrate George McGovern est mort, à l’âge de 90 ans dans son fief de Sioux Falls dans le Dakota du Sud, dans une indifférence polie et presque  générale. Seules les nécrologies du New York Times, que l’on peut lire ici,  et du Guardian, , ont été à la hauteur du personnage, et c’est justice, mais si peu. George McGovern était méconnu des jeunes générations et les manuels d’histoire contemporaine ne retiendront de lui que la sévère défaite subie lors de l’élection présidentielle américaine de 1972. Les Etats-Unis vivaient la fin du premier mandat de Nixon, qui recueillait les fruits de sa politique étrangère, avant de sombrer dans les turpitudes de l’affaire du Watergate, et de partir par la toute petite porte de l’histoire pour échapper à l’humiliation de l’impeachment. De fait, lors de ce scrutin de 1972, George McGovern n’obtint que 17 grands électeurs (le Massachussetts et le District of Columbia) contre 520 à Richard Nixon, une déroute qui, outre le bilan du premier mandat de Nixon, peut s’expliquer par le désarroi et la décomposition du camp démocrate depuis l’assassinat de Bob Kennedy, au cours de la campagne de 1968.

 

Mais la vie politique de George McGovern ne se résume pas à cette défaite cuisante et programmée. Inlassablement décrié et moqué par les Républicains comme a liberal, insulte suprême aux Etats-Unis, d’autant qu’il fut un farouche adversaire de la guerre au Vietnam, et qui ne constitue, en aucun cas, un mot transparent — traduisez plutôt gauchiste —, George McGovern a toujours travaillé, pendant ses trois mandats au Sénat, à réduire les inégalités, à venir en aide aux plus défavorisés et à combattre la malnutrition, aux Etats-Unis et en dehors. My dad was a Methodist minister. I went off to war. I have been married to the same woman forever. I’m what a normal, healthy, ideal American should be like. Mon père était pasteur méthodiste. Je suis parti à la guerre. J’ai toujours été marié à la même femme. Je suis ce que devrait être un Américain normal, sain et idéal. C’est ainsi qu’il se définissait, en 2005, lors d’un entretien avec le NYT, tout en regrettant de ne pas avoir développé cette image.

 

Lorsqu’en 1972, il devint le candidat officiel du parti démocrate, en devançant le sénateur du Maine, Edward Muskie, il vit arriver plusieurs volontaires dans son équipe de campagne, dont un certain Bill Clinton et une Hillary Rodham, qui se mirent en congé de leur formation en droit à Yale pour participer activement aux discours et meetings. Néanmoins la convention démocrate, dans une Amérique déjà ancrée à droite, fut un réel désastre, puisque les thèmes de campagne, à rebours de l’Amérique profonde, étaient la fin de la guerre au Vietnam, l’abolition du service militaire obligatoire, le droit à l’avortement et la fin de la discrimination raciale. Son discours d’intronisation à la convention démocrate fut, selon les témoins de l’époque, le meilleur de tous les temps, mais, tenu à trois heures du matin, une heure où tous les téléspectateurs étaient en plein sommeil.

 

Sénateur assidu et travailleur après avoir été un héros de la seconde guerre mondiale dans l’aviation américaine, puis brillant professeur d’histoire et de science politique à l’Université du Dakota, cela ne suffisait pas à l’Américain moyen face à Tricky Dicky, Richard Nixon, l’homme qui, après avoir été un avocat véreux à ses débuts en Californie, puis un acteur de coulisses du maccarthysme, allait faire sombrer l’image de la présidence et de la démocratie américaines deux ans plus tard, par le biais du pitoyable Watergate. Fils d’un républicain, George McGovern réussit le tour de force de se faire une réputation chez les démocrates, notamment parmi des fermiers qui étaient devenus des New Deal Democrats, pendant la Grande Dépression. Son premier mandat commença en 1956, et, en 1960, John Kennedy lui confia une mission d’importance, en le nommant directeur du programme Food for Peace, dont le but était de lutter contre la faim dans les pays pauvres.

 

La période 1968-1972 fut politiquement sévère pour McGovern, car, d’une part il perdit son siège de sénateur en 1968 pour le retrouver très confortablement en 1974, dans le raz-de-marée anti-Nixon et, de fait, anti-républicain ; d’autre part en raison de la cruelle campagne électorale de 1972. Son ex-membre d’équipe de campagne, Bill Clinton, devenu président, n’a pas eu la mémoire courte, puisqu’il le nomma, en 1997, ambassadeur auprès des Nations Unies et du programme de la FAO, Food and Agriculture Organization, mission pour laquelle il passa quatre ans à Rome avant de rejoindre son Dakota natal. En 2002, le président Clinton lui remit officiellement la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile américaine. En 2010, McGovern célébra son 88ème anniversaire par un saut en parachute et avait déjà montré la même vigueur, en politique, en demandant, en 2008, dans un célèbre article écrit pour le Washington Post, la mise en œuvre de la procédure d’impeachment contre George Bush junior et de son vice-président Dick Cheney, en raison de leurs mensonges sur les armes de destruction massive et l’invasion de l’Irak.

 

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