La grande mascarade

Grand débat national, grande farce monarchique, grand spectacle ou grande mascarade, mais quid du vrai débat ?…

Ainsi donc aurait commencé « Le grand débat national », à grand renfort de trompettes des laquais de l’information qui s’extasient volontiers sur la « performance physique » de Narcisse Ier, actuel monarque. Cependant le fond et la forme de ces annonces aussi fallacieuses que tonitruantes  et de ce débat présumé appellent quelques remarques et autant de réserves. 

Tout d’abord, comme le langage est toujours révélateur d’une pensée, le mot « débat » mérite d’être examinée. « Débat » est le substantif dérivé du verbe « débattre », qui signifie (cf le TLFI et le Grand Robert) « examiner contradictoirement avec un ou plusieurs interlocuteurs », et dont les synonymes et extensions de sens sont « agiter, délibérer, démêler, discuter, disputer, examiner, traiter », ainsi que « marchander, parlementer, négocier ». 

Or force est de constater que le présumé « grand débat national » ne répond absolument pas à cette définition, puisqu’il s’agit d’un monologue forcené, imposé par un individu, qui a déjà défini les sujets qui ne seront pas abordés, notamment le rétablissement de l’ISF ou bien encore la lutte contre la scandaleuse évasion fiscale, ce qui constitue d’ores et déjà la négation pure et simple du mot « débat », et qui a fait un immense étalage de son mépris et de sa condescendance à travers le florilège de petites phrases consternantes que tout le monde connaît désormais. Le co-fondateur de Politis, Bernard Langlois, a fort bien résumé la situation dans un tweet savoureux « La seule personne avec qui Macron est capable de dialoguer, c’est son miroir… ». 

Cette situation est l’illustration parfaite de ce que Noam Chomsky a annoncé et dénoncé*, à savoir spectator democracy, la démocratie du spectateur qui est imposée au plus grande nombre, the bewildered herd (le troupeau égaré), par une infime minorité, the specialized class (la classe spécialisée), composée des élus au pouvoir et des media de connivence. En substance Chomsky démontre que la démocratie est dévoyée et réduite à néant, puisque l’on fait croire à la première catégorie (the bewildered herd) qu’elle a le pouvoir par le biais des élections, mais une fois qu’elle a voté, la deuxième catégorie (the specialized class) l’invite à rentrer chez elle  au plus vite puis elle gère le pouvoir  en servant ses propres intérêts et non pas ceux du plus grand nombre.

Chomsky poursuit en expliquant que la différence entre une démocratie et un état totalitaire est l’élection, différence mince et infime, puisque les électeurs ne sont plus autorisés à participer à l’action politique dont ils deviennent les spectateurs forcément passifs. La phrase-clé de l’analyse de Chomsky pour démontrer que the specialized class n’a qu’un but, confisquer le pouvoir par le biais du mépris et du déni, est la suivante : The compelling moral principle is that the mass of the public are just too stupid to be able to understand things, « Le principe moral incontournable est que le public dans son ensemble est tout simplement trop stupide pour être capable de comprendre les choses ». 

Si, donc, on examine les déclarations intempestives d’Emmanuel Macron depuis son élection, on retrouve toutes les craintes exprimées par Chomsky. L’actuel président de la République a commencé son quinquennat en faisant savoir qu’il ne s’adresserait pas à la presse car «  sa pensée est trop complexe ». Elle n’est pas complexe du tout mais, au contraire ultra lisible, puisqu’elle est au service d’un tout petit nombre. A suivi le déferlement de ses déclarations ineptes, provocatrices et dénuées de toute forme de respect pour l’électorat, de la plus récente à la plus éloignée dans le temps : « je traverse la rue et je vous trouve du travail », « des Gaulois réfractaires au changement », « on met un pognon de dingue dans les minima sociaux », « je ne céderai rien ni aux fainéants ni aux cyniques », « certains au lieu de foutre le bordel feraient mieux d’aller voir s’ils ne peuvent pas avoir des postes », «une gare c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien », « la meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler », « les femmes salariées de Gad (entreprise bretonne) sont pour beaucoup illettrées », « le train est devenu trop onéreux et le bus pourra bénéficier aux pauvres » et enfin « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du comorien ». Un florilège de propos très surprenants dans la bouche d’un quadragénaire qui prouve que « le temps ne fait rien à l’affaire »… Sans oublier l’incroyable prétention du même Macron qui entend responsabiliser les Français, alors qu’il a été totalement incapable de le faire avec son protégé, Alexandre Benalla, petit nervi à l’ascension fulgurante, promu au rang de dignitaire de la République par la grâce du prince et dont l’arrogance n’a d’égale que le sens de l’impunité qu’il véhicule. 

Une chose est désormais pratiquement certaine, quel que soit le niveau d’agitation et de propagande, le quinquennat d’Emmanuel Macron est politiquement terminé.  Par ailleurs il y a une urgence absolue à renommer le « grand débat national », il s’agit de toute évidence de la grande mascarade. D’après les mêmes sources, TLFI et Grand Robert, le sens figuré de « mascarade » est « actions, manifestations hypocrites ; mise en scène fallacieuse, trompeuse ». 

Et en la matière, la référence demeure ce qui suit :

 

Francis Blanche Et Pierre Dac -.Le sar Rabindrana duval - YouTube.3gp © mohamed kachi

* Media Control, Seven Stories press, New York, 1997, p-10-11-12.

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