Mhairi Black, une députée écossaise qui n'aime pas Westminster

Vingt ans en 2015, lors de sa première élection, Mhairi était et demeure la plus jeune députée de la chambre des communes. Et elle entend bien ne pas laisser son engagement et la fidélité à son électorat étouffer par le fonctionnement de Westminster.

Mhairi Black en mars 2017 © Dominic Lipinski / PA Mhairi Black en mars 2017 © Dominic Lipinski / PA
Si Mhairi Black est totalement inconnue de ce côté-ci de la Manche, ce n’est pas du tout le cas au Royaume-Uni, et, cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle a fait partie des 54 députés du SNP, Scottish National Party, qui avaient été élus en juin 2015 à la chambre de communes, un record et un véritable raz-de-marée. Ensuite elle s’était permis le luxe de battre — à plate couture, avec une avance de plus de 6000 voix — le député travailliste sortant, Douglas Alexander, ex-ministre des affaires étrangères du cabinet fantôme d’Ed Miliband, dans une circonscription, Paisley and Renfrewshire South, au sud-ouest de Glasgow, que le Labour détenait depuis 1997 — soit trois ans après la naissance de Mhairi. Enfin elle avait vingt ans lorsqu’elle a réalisé cet exploit et elle est devenue la plus jeune députée de Westminster.

Son maiden speech, discours inaugural à la chambre des communes, prononcé brillamment le 14 juillet 2015, avait marqué les esprits, car elle avait rendu hommage à son modèle, Tony Benn, puis avait évoqué la vie de ses concitoyens, c’est-à-dire la dépendance de la banque alimentaire et les sanctions et les humiliations infligées aux demandeurs d’emploi, exactement comme dans le film de Ken Loach récompensé par la palme d’or du festival de Cannes 2016, I Daniel Blake. Une fois entrée dans sa fonction de députée écossaise à la chambre des communes, Mhairi Black n’a jamais cessé d’être ce qu’elle est, en dehors du parlement, une femme engagée au service des plus défavorisés et une oratrice remarquable. Mais Westminster est un cadre un peu étroit pour un tel phénomène. Et, en mars 2017, elle a, de nouveau, défrayé la chronique par le biais d’un entretien tonitruant et dévastateur pour l’image aseptisée du député moyen— véritable coup de pied dans la trop paisible fourmilière de Westminster — accordé à Owen Jones, journaliste du Guardian.

Dans cet entretien Mhairi Black a décrit la chambre des communes comme pompeuse, dépassée, arrogante et inaccessible, un véritable musée. Un monde très particulier, un monde d’hommes, a boys’club, selon ses propres termes. Elle se demandait, à l’époque de cet entretien avec le quotidien britannique, si elle se représenterait tant il lui était pénible d’aller jusqu’à Westminster, où il ne se passe rien, disait-elle. La chambre des communes est un théâtre, où les députés, terriblement misogynes, se laissent aller à des bruits d’animaux pendant les débats, où il ne faut pas applaudir mais dire hear ! hear ! pour exprimer son approbation, et où, tout comme à l’assemblée nationale en France, les questions au gouvernement n’ont rien de spontané et font l’objet d’une distribution aux députés les plus soumis et les plus obséquieux. Elle trouvait singulièrement injuste d’être la seule écossaise de son âge à bénéficier d’une aide matérielle du chancelier de l’échiquier pour se loger à Londres. Bref, the House of Commons, rien d’autre qu’une chambre d’enregistrement où la démocratie ne passe plus, et où elle n’avait pas envie de retourner, tant la distance avec le pays réel lui semblait immense. Depuis Nicola Sturgeon, la chef de file du SNP, a su la convaincre d’être de nouveau candidate, et, de fait, bien que le SNP ait subi une déroute inattendue, elle fait partie des 34 députés écossais du SNP, après avoir battu la candidate travailliste, Alison Dowling, de plus de 2.500 voix. Mhairi Black demeure la plus jeune députée de la nouvelle assemblée en plein tourbillon engendré par l’imprévisible Theresa May, et sa voix va certainement se faire entendre durablement en Écosse ou à Westminster, dans les mois et les années à venir.

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