Triste presse écrite

L'absence, en été, même brève engendre toujours, au retour, des découvertes pittoresques dans la boîte aux lettres. L'été 2008, en ce domaine, ne dérogera pas à la norme en la matière, avec une offre d'abonnement au Nouvel Observateur, dont on peut se demander, après une lecture attentive de la présentation, quel lien existe avec l'objet de la presse écrite. Bien que j'aie peu d'abonnements à des publications françaises, je dois, apparemment, figurer sur quelque liste, puisque la proposition, plus désopilante qu'attrayante, et qui ressemble furieusement à un envoi de groupe, est personnalisée.

L'absence, en été, même brève engendre toujours, au retour, des découvertes pittoresques dans la boîte aux lettres. L'été 2008, en ce domaine, ne dérogera pas à la norme en la matière, avec une offre d'abonnement au Nouvel Observateur, dont on peut se demander, après une lecture attentive de la présentation, quel lien existe avec l'objet de la presse écrite. Bien que j'aie peu d'abonnements à des publications françaises, je dois, apparemment, figurer sur quelque liste, puisque la proposition, plus désopilante qu'attrayante, et qui ressemble furieusement à un envoi de groupe, est personnalisée.

 

J'apprends donc que le Nouvel Observateur a "près de 3 millions de lecteurs chaque semaine", fichtre ! Qu'il est " le premier magazine d'actualité en France", re-fichtre ! Et "qu'ils aimeraient me le faire découvrir", c'est trop aimable ! Et pour faciliter cette "découverte", que me propose-t-on ? Un "caméscope-appareil photo numérique" qualifié sans ambages de "superbe" et dont la marque et les caractéristiques techniques n'apparaissent nulle part ; "le dictionnaire historique et géopolitique du 20ème siècle", l'usage de l'article défini suggère qu'il n'y en a pas d'autre possible et, du reste, il fait tellement foi que ni l'auteur ni l'éditeur ne sont mentionnés ; et enfin, suprême provocation pour un bisontin d'adoption depuis trente-neuf ans, "une montre Lip chocolat avec dateur", dont on apprend qu'elle est "performante, précise (c'est quand même un minimum !) et élégante". Ce dernier adjectif prend une saveur toute particulière, parce qu'on n'a pas vraiment le souvenir que les valeureux et courageux ouvriers de l'usine Lip aient été traités de façon élégante par le gouvernement Mesmer, en 1973.

 

Me sentirait-on hésitant du côté du Nouvel Obs ? Qu'à cela ne tienne ! On avait prévu de me convaincre. En effet, un encart publicitaire supplémentaire me vante les nombreux mérites du Nouvel Obs ciné, radio, musiques, dvd, internet, avec tout d'abord une photo des héroïnes du monstrueusement consternant feuilleton américain Desperate Housewives. Diable qu'ils me connaissent bien au Nouvel Obs ! Et ils ont ajouté deux "unes" révélatrices : "cet inconnu nommé Bouddha", or ma devise est ni dieu ni maître, et une photo de Keira Knightley, ravissante et jeune actrice britannique, dont la consistance du jeu d'interprétation se rapproche singulièrement de celui du plat de lentilles au longeron de porc.

 

Je n'ai plus lu un exemplaire du Nouvel Observateur depuis au moins cinq ou six années. Je n'ai plus été abonné depuis 1973, année du sinistre accident de Chappaquiddick, lieu magique que fréquentait Hopper mais qui sonna le glas de la carrière politique de Ted Kennedy. Ce n'est pas ce type de littérature promotionnelle de bas étage qui va me réconcilier avec la bourgeoisie élégante de gauche. J'allais oublier l'essentiel. Que me demande-t-on en échange de cette offre mirifique ?

 

La coquette somme de 126 € ! Soit, me dit-on, une économie de 190 € ! Quelle aubaine ! On ajoute que, si je veux payer par prélèvement automatique, il m'en coûterait 9 € par mois. A ce prix, il est possible d'opter pour un abonnement mensuel ordinaire à Mediapart, sans avoir une photo dédicacée de Sophie Dufau, Maguy Day ou Martine Orange ni un poil de la moustache d'Edwy Plenel, mais avec la garantie d'un journalisme indépendant par une équipe de grande qualité, qui honore sa profession.

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